PESARO
la ville. Ce temple magnifique fut bâti par Clément XI, natif de Pesaro. Parmi les tableaux dont il est orné, on distingue surtout la Circoncision de Barocchio et un saint Jérôme de Guido Réni.
La bibliothèque, le musée et le médaillier de la ville proviennent d'un legs fait par le savant Olivieri ; on y remarque plusieurs manuscrits précieux, entre autres : des variantes sur les Stanze de Pollitien ; les poésies du Tasse, avec des variantes en marge, de la propre main du poète ; des vers du célèbre improvisateur Séraphin Dell' Aquila, qui mourut au quinzième siècle. On n'y trouve plus l'exemplaire du Dante, où le Tasse a fait quelques annotations.
Pesaro a une jolie promenade du belvédère appelé saint Benoît, réunissant le jardin botanique et le musée lapidaire. Rien de si charmant que les coteaux qui entourent Pesaro : c'est un mélange de prairies, de vergers, de vignobles, de toutes sortes d arbres à fruits qui, en même temps qu'il embellit la nature, fait la richesse du pays ; les figues de Pesaro sont très renommées ; elles surpassent en bonté tous les autres fruits. Les meilleures figues viennent de saint Angelo, village situé sur une montagne à huit milles de Pesaro.
Le pont de cette ville est construit avec une pierre blanche, apportée d'Istrie et qui se polit comme le marbre.
Le grand salon du palais des anciens ducs d Urbin, occupé par le légat, annonce encore la magnificence presque royale des seigneurs de la Rovère. Ce palais devint, au seizième siècle, un de ces foyers littéraires et poétiques qui brillaient alors partout en Italie.
Pesaro est la patrie d'un grand nombre d'hommes célèbres parmi lesquels on distingue surtout : le comte Jules Perticari, savant distingué qu'une moit prématurée a enlevé à ses amis et aux lettres dont il était l'ornement ; le marquis Petrucci naturaliste très instruit ; le comte Paoli, un des premiers chimistes de l'Italie.
Joachim Rossini, le plus célèbre, le plus populaire des compositeurs dramatiques du dix-neuvième siècle, y naquit le 29 février 1792. Son père. Josoj)h Rnssini, jounif du cor et allait do foire en
foire faire sa partie dans les orchestres impro\ isés des opéras de circonstance qii on y organise chaque année. De retour à Pesaro, après la récolte de la saison, la famille Rossini \ivait le reste de l'année du mince produit de ces excursions dramatiques. Ce fut au sein de cette existence obscure et pauvre que se passèrent les premières années de celui qui, plus tard, a donné tant de lustre à son nom.
Comme tous les hommes de génie, Rossini a exercé une active influence sur l'art de son temps. Cette influence ne se fait pas seulement apercevoir dans le nombre de ses imitateurs, mais dans la transformation complète de l'organisation musicale de sa nation. Outre ses opéras, Rossini a composé une messe qui a été exécutée, près de Paris, en 1832, et un stabat mater a^ec orchestre. On lui doit aussi douze mélodies charmantes à une et deux voix, sous le titre de : Soirées musicales.
Les rois des Français et des Belges, ont décoré l'artiste des ordres de la Légion d'Honneur et de Léopold (*).
Rossini est l'homme du monde le plus spirituel. On raconte de lui une anecdote que le vetturino ne manque pas de vous répéter quand il vous montre dans le lontain les tours de Pesaro. Des artistes de Bologne s'étaient cotisés pour élever une statue au célèbre compositeur. La ville aurait contribué dans leur entreprise. Ils se rendent donc chez le Maestro et l'un d'eux lui demande s'il agréerait leur proposition. Quelle proposition dit l'artiste? Des vivats rédoublés répondirent à cette demande et ils lui expo.sèrent le sujet de leur visite. Rossini paraissait refléchir : il ne refléchissait pourtant pas, car il avait son bon mot tout prêt ; mais il voulait mystifier ses visiteurs. Kh ! combien cette statue \ouseoùtei'a-t-elle? demaiida-t-il, — pour indiquer qu il prenait inU'Mvt à lein- entrepri.sc — Soixante mille francs. — C'est fort, rcitailit le compositeur, je
(*) Voir le sav.iiii miM-.ii;»' de M. !•'. .1. l'élis; niii;;r;i|)lii(' iiiiivcrsclh- • les iniisioioiis. \\v\\\. ISII.
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vous trouverai un célèbre artiste qui {Dour la moitié de la somme vous fera une belle statue qui aura de plus une ressemblance parfaite ; donnez-moi trente mille francs et chaque année, le jour du patron de la ville, j'irai me placer sur la grand'place et les curieux pourront venir admirer Rossini à leur aise !
Il ne paraîtra pas hors de propos de consacrer ici quelques mots à lecole musicale italienne. Dans un pays, où le climat n'a cessé d'échauffer l'art de son influence, il va sans dire que l'inspiration des maëstri italiens n'a point été inférieure à celle qui a privilégié les peintres par la chaleur de l'expression. Nous ne nous imposons point 5a tâche difficile de trancher en maître la valeur fondamentale des productions italiennes. Nous entendons bien moins établir des proportions ou nous lancer dans une étude comparative de l'école italienne avec la savante école allemande, ni a^ec l'école française, si brillante par la science de l'instrumentation. Nous nous bornons à constater que le beau ciel de l'Italie n'a cessé d'inspirer aux hommes qu'il couvre, ces mélodies larges et entraînantes qui vont droit à l'àme et qui font tressaillir tout cœur pour peu qu'il soit accessible au sentiment du beau. Ce sont tantôt des chants grandioses comme le pays qui leur sert d'écho et comme le langage naturel d'hommes que le continuel aspect des merveilles de la nature fait grandir et qui ont peu de peine à retracer les grandes idées qui remplissent leurs cœurs. Ces idées musicales sont fraîches , et rarement altérées par la recherche. D'autres fois l'on rencontre dans les compositions italiennes ces mélodies douces et toujours coulantes, émanées d'une âme émue et qui se transportent avec facilité aux cœurs, comme une parole sincère et vraie n'a point de peine à s'infiltrer dans toute oreille sensible à la vérité. Mais nous entendons la remarque du spécialiste musicien et le juste reproche adressé aux compositeurs italiens par les critiques de lart. Si l'idée est d'ordinaire grande, nous disent-ils, elle est rarement assaisonnée par une instrumentation intelligente: la monotonie des accompagnements paralyse souvent des mélodies, les
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rend uniformes et les fait toutes se ressembler les unes aux autres.
Nous voulons bien leur accorder la justesse de leurs observations. Mais en plaçant la question sur son vrai terrain nous remontons à l'origine de l'art musical et nous disons que la musique est le langage du sentiment comme la parole est l'expression de la pensée, et il sera facile de se convaincre que l'idée constitue le mérite principal de toute œuvre ; que puisqu'il faut d'abord sentir avant de produire, les compositeurs Italiens de quelque importance sont rarement tombés dans le défaut contraire qui consiste à écrire avant d'éprouver. Au reste la musique est née pour toucher 1 àme et pour lui imprimer des sensations très opposées et c'est sous ce point de vue que nous ne pouvons trop sympathiser avec l'art musical italien.
Pesaro, vendredi 29 mai.
Tecum consumerer aevo.
ViRG. Georg.
En sortant de Pesaro, on s'éloigne de la mer. Le pays qu'on traverse est partout semé de jolies maisons ; de distance en distance, on voit sur le sommet des montagnes des groupes de bourgs ou de villages, dans le lointain le beau Poggio Impériale, dont Frédéric III a posé la première pierre et où les ducs d'Urbin venaient jadis passer une partie de l'année. Bientôt ce palais magnifique dégénéra en une grande métairie qui aujourd'hui appartient au cardinal Albani. La route de Pesaro jusqu'à Rimini est toute plantée de mûriers très fertiles.
Bientôt on s'engage dans une belle et vaste plaine qui s'étend depuis les Alpes cottiennes jusqu'il Cattolica, beau village, qui a reçu son nom des évéques orthodoxes qui, pendant le conciliabule des évéques Ariens, tenu ;\ Rimini en 359, se retirèrent dans ce
bourg, se séparant ainsi des hérétiques. C'est ce qu'on voit par l'inscription suivante placée au-dessus du portail de l'église.
ANNO REPARAT^ SALUTIS CCCLIX. LIBERIO PONTIFICE MAXIMO, CON- STANTIO IMPERATORE, CUM H.ERETICORUM FRAUDIBUS INGEMISCENS ORBIS TERR.\RUM SE ARRIANUM ESSE MIRATUS EST, EX QU.\DRINGENTIS EPISCOPIS AD SVNODUM ARIMINENSEM CO.NVOCATIS : PERPAUCI ORTHODOXI IN HUJiC LOCUM VENTITANTES, UT SEORSIM AB ARRIANIS SACRA FACERENT, ET CATHOLICA COMMUNIONE CATHOLICOS IMPERTIRENT, OCCASIONEM PR-E- BUERUNT, UT VICUS IPSE CATHOLICA NUNCUPARETUR ; CUJUS NOMIiMS RATIONEM, AC TOTIUS REI GEST-t: MEMORIAM CESAR CARDIiNALlS BARONIUS ANNALIBUS ECCLESIASTICIS INSERUIT.
BERNARDIXUS CARDINALIS SPADO, AD PEREGRINANTIUM PIETATEM ERU- DIENDAM, AMOREMQUE SUUM ERG A PATRIAM PROVINCIAM TESTA.NDAM. HOC POSITO MARMORE INDICAVIT, ANNO DOMINI MDCXXXVII.
Saluons en passant les illustres champions dont il fut l'asile. Phébade d'Agen , Gervais de Tongres, chefs de la courageuse cohorte, conservez-nous la foi pour laquelle vous avez si noblement combattu ! C'est le premier de ces saints évéques qui en apprenant la chute du plus ancien de ses collègues, le centenaire Osius de Gordoue, écrivit une lettre qu'il faut lire à la chute de toutes les grandes colonnes de l'Eglise : « Je ne doute pas, dit le nouvel Athanase, « qu'après avoir examiné et exposé toutes ces vérités à la lumière de l'intelligence publique, on ne nous oppose, comme une puissante machine, le nom d'Osius, le plus ancien de tous les évéques et dont la foi a été toujours si sûre, mais je réponds en peu de mots, que l'on ne peut employer l'autorité d'un homme qui se trompe à présent, ou qui s'est toujours trompé. Tout le monde sait quels ont été ses sentiments jusqu'à ce grand i\gc; avec quelle fermeté il a reçu la doctrine catholique à Sardique et ù Nicéc, et condamné les Ariens. S'il a maintenant d'autres sentiments, s'il soutient ce qu'il a condamné et condamne ce qu'il a soutenu, je lo