ASPECT DE LA MEU
du soleil. Qui, dans ce moment, croirait que, peut-être dans un jour, cette surface si unie inspirera l'effroi, que ces flots si paisibles maintenant s'élèveront en montagnes, se creuseront en précipices, retentiront d'un cri, d'un rùle de mort et puis se fermeront sur des cadavres entraînant dans leur fougue les débris des navires qu'ils auront mis en pièces. C'est ainsi que mon esprit allait de pensées en pensées. Ils sont bien doux ces moments où 1 âme, perdant de vue la terre, se crée pour ainsi dire un bonheur idéal ; mais quelquefois aussi de tristes souvenirs viennent alors la poursuivre avec leur cortège de malheurs déjà soufferts.... Hélas ! je me reportais en esprit aux dernières années, que je venais de traverser et qui étaient marquées par une bien rude épreuve! Un jour aussi, lorsque je me trouvais entre les mains de mon Créateur et que je n'avais encore ni nom, ni existence, j'attendais sur le rivage de la vie, le moment où Dieu m'ordonnerait de commencer ma course sur la mer de ce monde. Pendant un court espace, mais hélas trop tôt passé, mon fragile esquif y vogua sans crainte : alors tout était joie pure ; cependant à l'horizon se préparait l'orage ; les vents des douleurs assaillirent ma nef, les tempêtes grondèrent autour de moi, faible et sans secours, je tremblai, mais je levai les yeux au ciel ; là était mon appui et mon espérance ; l'étoile de la mer brilla à mes yeux et je m'attachai avec courage au gouvernail.... 0 brillante étoile, ne disparaissez plus jamais pour moi du milieu des cieux ! Guidez-moi dans ma course ; guidez-moi jusqu'au port de l'éternité !
Ancone, jeudi 4 juin.
Ecco fra le temnestc c i fieri venti Di queslo praniJc e spayioso mare, 0 sauta Stella, il tiio spleiidur m'ha srorto. ToRQi'ATu Tasso, canione III.
Un voyage sur mer!... Il y a quelque chose de solennel dans cette idée, surtout quand on se livre pour la première fois de sa vie à la vaste étendue d'un océan souvent pcrfuio. Dans ces nHes si doux et si fantastiques de notre enfance, qui do nous ne s'est pas cru parfois plongé dans cette immense solitude, où l'on ne voit rien excepté le ciel au-dessus de la tôte, les ondes ù ses pieds et rarement une voile ù l'horizon lointain disparaissant bientôt à la vue ; où l'on n'entend que la vague gémis.sante brisant sourdement et avec uniformité contre le navire, et la voix du capitaine doiuiant désordres au milieu des chants des mariniers; oiienlin. ù tra\ers l'immensité. Dieu est tout présent à l'homme. Ce doux songe allait se réaliser pour nous ! Oui nous allons passer la mer. Vaisseau à qui nous nous confions, déposes nous heureusement îi Trieste !
Il était midi lorsque nous montâmes le beau steamer le fp'and- (luc Jean; on lève les cAbles . des ondi^s de fumée obscurcissent le ciel ; les roues nianœu\ lent et nous partons. Bienl"'»i Aiicônc