PONTE-MOLLE
Ravenne, l'ile de Corso, les provinces de Parme, de Mantoue, de Venise et distrie, avec les duchés deSpolette et de Bénévent. Le roi signa de sa propre main cette donation, et la fit signer aussi par les évéques, abbés, ducs et comtes qui l'accompagnaient ; après quoi il la mit sur l'autel de Saint-Pierre et fit serment, avec tous les chefs français, de conserver au Saint-Siège les états qui lui étaient solennellement restitués.
C'est ainsi que la Providence elle-même consomma l'établissement de la souveraineté temporelle du Saint-Siège.
L'édifice de la puissance temporelle des Papes avait été élevé par la main de Dieu, pour abriter la liberté des peuples , et garantir en même temps l'indépendance de leur foi. Jamais le dessein du Ciel ne fut plus manifeste ! Malheur donc à la témérité sacrilège, qui oserait attenter à l'œuvre de la sagesse divine, et, selon le langage de la foi antique, porter la main sur le patrimoine de Saint-Pierre !
Le patrimoine de Saint-Pierre est le bien commun de la grande famille catholique ; les fils dénaturés qui tentèrent de l'usurper ou de le dilapider à leur profit, y ont toujours trouvé leur ruine.
Depuis la donation de Charlemagne, l'affluence des étrangers a été la ressource des habitants de Rome; au moyen-âge, des milliers de pèlerins y venaient de toutes les parties de la chrétienté et y apportaient leurs richesses. Cette source de prospérité ne fut tarie momentanément qu'à l'époque de triste mémoire, où la translation de la cour pontificale à Avignon livra les Romains à la démocratie et à la misère. Lorsque, après son long séjour en France, la papauté retourna enfin dans la ville éternelle, elle retrouva la population diminuée de plus de moitié de ce qu'elle était sous Innocent IIL Pendant cette époque douloureuse, que Rome appela la captivité de Babylone, nul monument nouveau ne l'a^ ait embellie, et c'est par ce motif que l'architecture gothique, si florissante à cette époque, n'a laissé aucune trace dans Rome. La splendeur de Rome revint avec les Papes. L'année du Jubilé, on vit aflluer dans la capitale de la chrétienté une multitude innombrable de fidèles .
24 SOUVENIRS DITALIE.
leurs pieuses largesses contribuèrent à élever à Dieu les plus riches temples. Le commerce, l'industrie et les arts reçurent une heureuse impulsion.
Les Papes n'ont pas une seule fois quitté Rome, que la ville ne se soit appauvrie et que la population n'ait décru. Ces variations ont été encore étonnamment sensibles pendant l'absence de Pie VII, laquelle n'a pourtant duré que quatre ans.
Lorsque, au départ de Pie YII, Rome devint simplement le cheflieu du département du Tibre, la population s'abaissa graduellement et en 1813 elle n'était plus que de 1 17,000 âmes. Le Pape revenu, elle remonta bientôt et sous Grégoire XVI elle était de 170,000 ; c'est-à-dire, en quelques années, une différence de plus de 50,000 âmes.
Mais que ce soit le sentiment de la dévotion ou l'intérêt des arts qui attire les étrangers à Rome, il est de fait que l'existence sociale des Romains dépend en grande partie de la présence de cette autorité spirituelle et temporelle, réunie sur la tête d'un seul homme, qui appelle le pieux respect du catholique et assure, en même temps, la tranquillité des visiteurs, qui n'y viennent qu'attirés par la curiosité. (*)
A peine a-t-on traversé le Ponte-Molle qu'on voit s'ouvrir devant soi deux belles routes: l'une, au nord-ouest, la via cassia des anciens, se dirige sur Florence par Viterbe; lautre au noid, la via
(*) De nos jours, ce beau pays est miné par les manœuvres des sociélés secrètes et des clubs démocratiques. Quelques misérables anarchistes semblent faire croire au peuple romain, qu'il peut se pnsser du Pape, et que sous une autre forme de ^gouvernement, sa prospérité temporelle serait plus assurée. Aveuglé par de vaines promesses, ce pauvre peuple oublie les bienfaits immenses du plus doux el du plus généreux des princes, et creuse, sous ses pieds, un aliime de niallieurs. Il a toujours été plus facile au Pape de se passer des Romains, qu"à ceux-ci, de se passer du Pape. l/é(at actuel des choses est là, pour prouver cette Nérité. Espérons qu'il ne dépendra pas d'une poi;,née de démagogues, dont toute la force réside dans la lâcheté des indifférents, que les intéréis temporels et spirituels de la ville éternelle soient méprisés !
VOIE FLAMIMENNE. 25
flaminia, {*) passant par Civita-Castellana et Spolette, conduit à Foligno, où elle se partage en deux branches dont l'une traverse Arezzo, pour se rendre à Florence, la seconde, s'écartant vers la mer, passe par Lorette et se termine à Ancône.
Près du village de Regnano, on rencontre encore quelques restes de cette célèbre voie (**) Flaminia qui, sous la vieille république romaine, retentit tant de fois des cris de guerre ou des chants de triomphe; elle est pavée de grandes pierres, tellement unies que les chevaux courent risque à tout moment de s'abattre.
Les champs, que nous traversâmes successivement, offrent par leur position pittoresque un paysage très-varié. Le sol, bien que naturellement bon, est dans quelques endroits mal cultivé. Beaucoup de ruines bordent la route en cet endroit, on y distingue surtout le sarcophage (***) dePubliusYibius Marianus, proconsul, natif de Tortone et de sa femme Virginia Maxima, érigé par Vibia Martia Maxima, leur fille. Quelques-uns pensent, mais à tort, que ce mausolée est celui du cruel Néron ; le premier des persécuteurs n'eut pas de tombeau. Les restes mortels du parricide couronné furent déposés sur le mont Pincio, près de la Porte-du-Peuple, dans les tombeaux de la famille Domitia. Le Pape Pascal II fit en 1099 bâtir au même endroit une magnifique église pour délivrer les Romains des fantômes et des visions nocturnes, attribuées aux cendres impures de ce tyran.
Non loin de ce sarcophage apparaissent les débris de la Villa Giustiniana, donjon isolé et tombant de vétusté. On y voit un bas-relief oli sont représentés des Toscans avec cet embonpoint que Virgile
(*) Cette route fut construite par le consul Flamiuius après la soumission de la Ligurie, pendant que Rome était en paix avec les nations voisines. Ce général voulait par ce travail cuipèclier linaclion d"énerver le courage de ses soldats.
(**) Voyez note D.
(***) Voyez noie E.
leur attribue, en les appelant les Toscans corpulents. (*) Ce peuple était fameux pour sa gloutonnerie.
Le Monte-Mario, qui se déroule devant vous, rappelle un fait historique par rapport au siècle d'Innocent III. Ce fut liiqu'OthonlV, la veille de son entrée à Rome où il allait être couronné empereur, renouvela le serment de respecter l'inviolabilité de l'Eglise romaine. Son armée était alors campée sur cette montagne qui s'appelait Mont-Malo. (**) Mais cette forêt de lances brille moins aux yeux de la postérité qu'une pauvre petite image, peinte sur la porte d'un hôpital, fondé au moyen-âge, au pied de ce mont. Un lépreux, d'origine française, n'ayant pas voulu employer pour son propre usage les deniers qu'il avait reçus de la charité publique, les avait entassés petit à petit, afin de procurer un asile à ses frères en Dieu et en infortune -. singulière maison, dont chaque pierre pourrait être le don de quelque riche, tandis que la maison toute entière est le résultat de l'aumône d'un mendiant. L'enseigne de cet hospice représente le lépreux Lazare, avec deux chiens qui lui lèchent les plaies de ses jambes. (***)
Ce fut sur cette colline qu'apparurent d'abord les bandes venues des différents points de l'Allemagne ou de l'Italie, pour ravager Rome, ou lui donner des lois. Depuis Alaric jusqu'à Berthier, les Romains virent se déployer douze fois, sur le mont Mario, les légions conquérantes des Goths et des Vandales, et ce qui fut plus douloureux, celles des Frédéric, des Henri IV d'Allemagne, des Ladislas, des Charles-Quint, plus cruelles que les barbares de Totila et de Luitprand .
Au-delà du mont Mario et du Tibre, près de Quincio, est le champ qu'à cultivé Cincinnatus, mais rien ne rappelle les soldats laboureurs de la république, dont les premiers dictateurs shonorèrent d'avoir manié la charrue.
(*) rinj^'uls Tyrrliciius. Geor^. lib. II, v. 205.
(**) Gcritcl, Ùomc clirolicmie, pa;;. 3î).
(***) l'iazza, Eusovoloi^io roiiKiiio, lib. 1, cai». IV.