‹ Souvenirs d'ItalieChapitre 84 sur 134 · SALLE DU GRAND CONSEIL · texte numérisé non relu

SALLE DU GRAND CONSEIL

(le Voniso, mais encore aux autres nations de l'Europe. Enentranton voit un grand tableau représentant la gloire du paradis par Tintoletto. Los trois autres côtés de lu salle sont décorés de tableaux de grands maîtres. Ces chofs-d'a'uvre du Titien, de Paul Yeronè.se, de Tintoretto, représentent les doges à genoux rendant grâces à Dieu et à la sainte Vierge des victoires remportées. Que cette noble et tendre union de la foi, du patriotisme et du génie est admirable ! Partout dans les tableaux de ce beau palais on retrouve la grande, l'universelle patrie à laquelle la patrie passagère de ce monde rend foi et hommage ! Epoques de foi et de gloire qu'êtes vous devenues ? La frise qui fait le tour de la salle au-dessous du plafond, contient la série des doges de Venise, dont les portraits ont été peints par Tintoretto, Bassano et Jacques Palma. Cette soi ie présente les portraits de cent quatorze doges : ceux-ci furent au nombre de cent vingt, de sorte qu'il en manque six, pour qu'elle soit complète. Dans l'endroit où devait-étre placé le portrait de Marine Faliero. on remarque un espace noir avec cette inscription :

IIIC EST LOCLS MARIM FALIERI DECAPn ATI PRO CRIMI.MBUS.

«1 Ceci est la place de Marino Faliero décapité pour crimes. » La bibliothèque compte soixante-dix mille volumes et environ cinq mille manuscrits. Pétrarque en a posé les premiers fondements comme il l'exprime lui-même dans sa lettre sur la donation de manuscrits qu'il fit à Venise. Le cardinal et patriarche de Constantinople Bessarion l'a enrichie des manuscrits les plus curieux et les plus intéressants pour l'histoire et les belles lettres.

Ces donations n'ont pas été stériles -. depuis plus de trois siècles, tous les savants de l'Europe sont venus consulter ce précieux dépôt et y puiser d'utiles renseignements; depuis trois siècles aussi un grand nombre d'hommes illustres se sont plù à enrichir de leurs (Ions la bibliothèipu^ do Venise, En 1;)8Î) le profi^sseur Melchior

:Jii SOIVEMUS DITAllK.

Wieland, natif tlu Marienbourg.lui légua tous ses li\ ros ; les Giustiniani, les Contarini. les Moroslni^ le patricien Ascanio Molino, le médecin Nicolas Manuzzi, Antoine Janetfi et Jacques Moielli. imitèrent successi\ cment ce généreux exemple. A\ant la fin du dixhuitième siècle, on y voyait des manuscrits arabes sur papier de soie et un exemplaire de la Bible dite Mangontina. Transportés en France après la conquête, ces livres furent, en 1815, retirés de la bibliothècpie royale de Paris, sans être rendus à leurs véritables maîtres.

Parmi la riche collection de manuscrits que Ion y \oit encore on distingue surtout :

Des lettres et fragments douN-rages du Dante, de Fia Paolo, du Tasse, de Guido et de Benvenuto Cellini.

Le célèbre manuscrit des lois Lombardes, dit de Trévise . un des plus curieux que l'on connaisse.

Li\ canzone du Dante sur la mort de 1 empereur Henri VU. Ce manuscrit fut découvert en 182(5 par im sa\ant prussien, le |trofe.sseur Chailes Witte.

Les noces de la Philologie et de Mercure de Marcian Capella. auteur africain, offrant de brillantes miniatures représentant des divinités et les divers attiibuts des sciences et des arts.

Le concile de Calcédoine^ manuscrit in-folio du quatorzième siècle, provenant du cardinal Bessarion.

L'histoire du concile de Trente, manuscrit corrigé de la main de .son auteur.

Douze lettres du Tasse, intéressantes parce ipi il y parle dans (jueUiues unes, de sa Jérusalem délivrée.

Le Paslor fidn, chargé d'augmentations et p:ufois très corrigé.

Le manuscrit des deuv traites de lorfèvrerie et di* la sctdplurc par- |{en\cnuto Cellini. très curieux.

Parmi les inqiiimcs on adinin' li'supeil xcniplaiic <rilnmèrc

exécute en li8S

Bini.IOTIIKQLE. 345

La iluHoriquc de Guillaume Fichet, édition raro ot uniquo. un des premiers livres imprimés à Paris en 1 471 .

La célèbre mappemonde de Fra Mauro, religieux des Camaldules de saint Michel in Murano, dessinée en 1460 et qui décrit la surface du globe telle qu'elle était connue à cette époque. On y obserAC entre autres choses l'indication du rap de bonne espérance, bien qu'alors il ne fut point encore décou\ crt par ies peuples modernes. Seulement l'auteur en fait une île, séparée du continent d'Afrique par un canal. Qui peut lui avoir donné l'idée de ce cap? Sans doute l'histoire des Phéniciens, peuple le plus hardi et le plus commerçant de l'antiquité et qui parait l'avoir connu et avoir même fait des établissements sur la côte de Malabar après que ses navigateurs l'eurent doublé.

Dans cette même bibliothèque se voit encore une riche collection de médailles, de statues, de bustes, et de bas-reliefs. Parmi les statues antiques on remarque le groupe de Léda et de Jupiter ; — l'enlèvement de Ganymède ; — deux gladiateurs blessés ; — un Lacédémonien mort sur son bouclier. Le superbe camée de Jupiter OEgiochus, trouvé à Ephèse en 1793 est digne d'attention.

Parmi les médailles, il en est une très belle qui représente le cardinal Dominique Grimani ; sur le revers sont gravées la philosophie et la théologie ; elle date de 1493.

En sortant de la bibliothèque on entre dans lancionne salle du scrutin, où l'on voit un arc triomphal éiigéen 1694 en Ihonneur de François Morosini, conquérant de la Morée et nommé pour cette raison le Péloponésien. Il est orné de six tableaux allégoriques par Lazzarini, ouvrage magnifique du meilleur peintre de Venise au dix-septième siècle. Cette salle possède aussi le jugement universel, chef-d'œuvre du jeune Palma.

La salle des inquisiteurs d'Etat, récemment peinte à litalienne, contraste avec la terrible réputation des inquisiteurs. En remontant au principe de l'établissement de l'inquisition, en étudiant le motif qui l'a fait naître, on est aisément convaincu que cette institution

nïi pu a^■oi^ la persécution pour but. car elle eut révolté au premier abord et n'aurait pu s'établir. Loin donc de persécuter, elle dut être utile, bienfaisante, protectrice et tel fut en effet le but de l'inquisition. Depuis on a pu en abuser ; un zèle inconsidéré a pu faire tourner contre 1 humanité ce qui devait la protéger ; mais alors même il faut plutôt s'en prendre aux mauvaises passions qu'à l'institution même.

L'inquisition à Venise fut un tribunal politique et religieux : politique en ce qu'il veillait à ce que l'aristocratie ne cherchât pas ii renverser le gouvernement ou à dominer le reste de la nation, et religieux puisqu'il s'attachait à ce que l'esprit religieux ne \ int i)as à se corrompre dans cette république par les rapports continuels de son commerce avec les nations infidèles ou schismatiques. Or l'inquisition à cette époque pouvait être comparée à des précepteurs qui veillaient sans cesse sur les mœurs et la conduite de leurs élèves, qui châtiaient les mauvais sujets pour préserver les bons de leurs pernicieux exemples et qui cherchaient en même temps cl prévenir les dangers de leur contact.

Ainsi il ne serait point dillicile de démontrer les intentions puies de ses fondateurs, même dans un siècle comme le nôtre^ plein de prévention et de notions superficielles, où l'on compare tout à l'époque présente, sans même songer à remonter au temps où cette institution fut regardée comme utile et indispensable. Les limites que notre ouvrage comporte, ne nous permettent pas de traiter cette matière ex-profcsso. Nous continuons notre narration.

Les prisons de Venise, sujet dotant de déclamations, connues sous le nom de plombs, n'étaient que la partie la plus élevée du palais ducal, dont la couverture est de plomb et dans laquelle les détenus faisaient leur temps sans que jamais la santé d'un seul ait été le iMoiu.s du inonde alt(''n''0, in(''nio apivs une détention de dix ans. Il y a\ait un courant il'aii- sullisant pour tcnipérei' l'excès des chaleurs. Aucun piisonnier n y fut jamais (■luui,'('' de chaînes, sorte de privilège peut-être unique dans Ihistoire des prisonniers. Si plusieurs furent condamnés pour la vie, c'est que la peine de mort était

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