SOLI DEU IIO.NUR ET GLORIA
« A Dieu seul Ihonncur et la gloire. »
Nous ne pûmes quitter le vieux palais de la république sans jeter un coup d'oeil sur le fameux pont des soupirs, i[ui sépare cet édifice des prisons. L'arc hardi, qui fait cette jonction, est suspendu sur le canal à plus de dix mètres de hauteur. C'est proprement une galerie couverte et parfaitement close. L'intérieur est divisé en deux corridors parallèles, séparés par un mur, ayant chacun sa porte d'entrée et de sortie. G est par ce passage que les criminels étaient conduits d(.'\ ant les juges, siégeant au palais ducal et qu'ils étaient ramenés ensuite dans la prison.
Nous teiniinâmes cette première journée à Venise en faisant une |)romena(le en gondole. L'air était doux, la mer calme. C'(''tiiit I heure oii la brise, s'élevant plus forte, jette sur le môle la fraîcheur des eaux. Des groupes animés, accourus sur les (juais, se promenaient, causaient, chantaient, respirant avec bonheur l'air vif .souillant sur la i>lag(\ Les gondoles, attach(''es à la rive, ."^e .soulevaient légèreiiH'iit |t;ii' les flot .s (le la mer, dont le doux bruif se mél.iil :ui\ causeries, iiiix chansons, aux cils joyeux Sur les quais les improvisa-
PIUJMENADE EN GONDOLE. 349
tours commençaient et polichinelle annonçait ses représentations. Tout Venise était là sous nos yeux. En contemplant ce tableau charmant, on se fait une idée du caractère italien : gai, mobile, agité, insouciant, plein de gnke et de douceur. Bientôt notre gondole légère et gracieuse vogua sur le grand canal entre deux files de palais dentelés. Ces superbes demeures, portant de si beaux noms, rappellent encore la puissance et la gloire de ses anciens habitants. Ici s'élève le palais Trévisan couvert de marbres grecs et égyptiens, d'une élégante architectuie. Là celui de Mocenigo étale la magnificence de ses seigneurs. Lord Byrony passa plusieurs années de sa vie. Venise était ses délices et les riches bibliothèques fournissaient une ample ressource à son génie poétique. Le palais Vendramini ne le cède, pour le goût, la richesse et la magnificence, à aucun des palais les plus vantés de la belle Venise. Le palais Labia. sur le Canareggio, immense édifice de Cominelli et ses fresques de Tiepoletto, le palais Manfrin, avec ses galeries de tableaux, dhistoire naturelle et sa bibliothèque, celui de Pruili, celui de Malipieri, à santa Maria Formosa, brillant par son élégance, font à juste titre la gloire de la noble cité.
Continuant à glisser sur les lagunes nous saluâmes de loin les riches sanctuaires dé saint Georges, du saint Rédempteur, chefs-d'œuvre de Paladio, dont les nobles coupoles, couvertes de plomb, produisent dans le lointain le plus imposant effet. Oh qu'il est doux de faire halte dans chacune des îles paisibles et pleines de souvenii-, que la piété et l'art ont à l'cnvi enrichies, parées de leurs merveilleux dons ! Qu'on aime à contempler dans chacune d'elles, les images vénérées de la Vierge ou des saints, décorées par le pinceau des Vivarini, de Bellini, de Cima da Conegliano, de Catana et d autres grands artistes chrétiens de l'admirable école Vénitienne du quinzième et du seizième siècle ! En présence de tant de beautés réunies, Venise est vraiment selon la na'ive expression de Pétrarque la ville fl'or : la rittà d'oro.
C'est surtout par \cs monuments religieux, les églises et leurs
dépendances, que Venise, ainsi que Rome, se distingue parmi toutes les villes de l'Italie et du monde. Les Vénitiens ont montré dans tous les temps des sentiments de piété et un vif attachement aux pratiques de notre sainte religion. Au dixième siècle, on comptait déjà cent églises dans l'enceinte de Venise. Au moment de la domination française, il y avait deux cent quatre-vingt-huit édifices consacrés au culte ou à la vie religieuse. Sur ce nombre, cent soixantesix furent démolis ou affectés à d'autres destinations. Il en reste encore cent-vingl-deux.
Ce qui frappe le plus dans lensemble des églises de cette cité, c'est la variété des types, bien plus marquée là qu'ailleurs. Les conquêtes des Vénitiens, leurs voyages, leurs rapports avec toutes les contrées civilisées du monde, leur apportaient. avec les produits du commerce et de 1 industrie des autres nations, des artistes, des modèles et des matériaux et c'est de la réunion de ces diverses sources que naquit et se maintint longtemps ce goût mélangé de grec, de byzantin et d'arabe qui distingue la plupart des monuments jusqu'il la fin du quinzième siècle. Vers cette époque, l'école Toscane, renouvelée par Donatello, passa de Pise à Florence et de là continua à étendre son influence dans toute l'Italie. Venise compte de cette époque des chefs-d'œuvre qui excitent l'admiration universelle.
Sous le superbe pont de Rialto, nous saluâmes la duchesse de Hcrry et le duc de Bordeaux, gracieux jeune homme, digne d'un meilleur sort. Images vivantes de linconstance des grandeurs terrestres !
Nous voici arrivés au pont do Rialto, si souvent chanté par les |)Oètcs. Son unique arcade, hardiment jetée dune rive à l'autre du gr.'ind canal, a quatre-vingt-trois pieds vénitiens à sa base. Il est entièrement construit en marbre d'Isfrie et plus remarquable par la solidité que par l'élégance. Deux langs de boutiques également ('Il marbre, tl'une architecture unifoinif. le |xirtag(Mit en trois rues dont iiiH^ ronlr;ilt'. i|ui est iii plus hni;!' cl dnix |iitci;ilf's plus etroi-