CÉRKMOMES DES ÉPOUSAILLES UF. 1. A ME
cortège. Avant le chef de l'Etat marchait d'abord huit porte-drapeaux^ rangés sur deux files, avecles étendards de la république, rouges, bleus,bUincs et violets ; puis venaient six hommes portant des trompettes d'argent. Les gens de la suite des ambassadeurs, vêtus de leurs plus belles livrées, défilaint ensuite, escortés par les écuyers du doge. Derrière eux se présentaient le .secrétaire du doge, un diacre portant un cierge et le chapelain du palais , suivis de deux hommes portant le fauteuil du doge. Puis venaient les plus grands personnages de l'Etat : dabord le grand capitaine de la ville, vêtu d'une rol)e écarlate, ornée de cordons de soie à glands et d'une soutane de velours cramoisi, serrée à la taille par une ceinture de même étoffe, attachée par des boucles d'argent el à laquelle pendait un long sabre qui traînait à terre. Après le grand capitaine marchait le grand chancelicren costume de sénateur. Enfin paraissait le doge lui-même avec un long manteau d'hoi mine, retenu par des boutons d'or, une soutane bleue et une simarre de drap d'or. Il portait le bonnet ducaL également de drap d'or, coiffure conique, dont la pointe arrondie est légèrement recourbée à la phrygienne et qui est entourée d'une couronne dor étincelantc de pierreries. Ses sandales étaient, comme le bonnet, d'une étoffe tissue d'or. A la droite du doge s'avançait le légat du Pape et à sa gauche l'ambassadeur impérial, vêtu d'un manteau à collet droit et coiffé d'une toque de velours. Les autres ambassadeurs, parés suivant la mode de leurs cours, marchaient à la suite. Après eux deux officiers portaient, l'un l'ombreille du doge, lautre le glaive royal, la pointe tournée en haut. La seigneurie el les membres du grand Conseil fermaient la marche.
Le cortège s'avançait lentement vers lextrémité de la^jm^rcZ/rr L'embarquement commençait et chacun prenait la place qui lui était assignée.
L'ancre le\ée, 'toutes les cloches de la ville sonnaient à pleine voilée ; les bâtiments de guerre, l'arsenal et les forts leur répondaient par des .salves d'artillerie, cl des musiciens, placés sur le Bnccntainr
et sur les barques qui I entouraient, mêlaient à ces bruits de tonnerre les sons de leurs joyeux concerts. Arrivé près du Lido, le Bucentaure franchissant la passe au bruit de l'artillerie des forts s'avançait à quelque distance dans la mer. Là le Bucentaure TQce\A\t le patriarche de Venise, qui venait à sa rencontre avec tout son clergé, sur une grande barque dorée. Alors le doge se présentait sur le pont et épousait la mer en y jetant un anneau d'or et en disant : ^Desponsamus te, mare, in signum veri peipetuique dominii. » «Mer, nous t'épousons en signe de perpétuelle et réelle souveraineté ! " Des acclamations unanimes saluaient le renouvellement de l'alliance.
Après une messe solennelle que tout le cortège, le doge en tôte, allait entendre à l'église de saint Nicolas au Lido, la flotille revenait à Venise dans le même ordre. Les grands dignitaires, les ambassadeurs, les membres du gou^ ernement se lendaiont au palais ducal où les attendait un magnifique banquet présidé i)ar le doge, tandis que la foule se précipitait sur la place saint Marc dont la vaste enceinte offrait ce jour-là le spectacle le plus animé.
Venise, mercredi 10 Juin.
Ecco, soi'gtT lîair acque io vcggo altéra I^a caniita de) inar s^aggia reina.
Alfieri.
Parmi les îles gracieuses situées au sein des lagunes de Venise et occupées autrefois par d'humbles religieux, dévouant leur vie à la gloire de Dieu et au soulagement des maux de rhumanité, il en est une surtout, peu distante du Lido, dont les cloîtres aux murs rougeâtres, dominés par un élégant clocher et environnés de jardins verdoyants, flattent merveilleusement la vue. Au commencement du dernier siècle, cette petite île était déserte. Son église elles murs délabrés de la maison, qui y attenait. rappollaicnt seulement qu'autrefois elle avait servi d'asile aux lépreux et plus tard d hôpital aux pauvres de la ville. Le nom de Lazare lui convenait parfaitement ; car elle était nue et délaissée comme le pauvre Lazare de l'évangile. Aujourd'hui ce nom est connu dans le monde savant r[ sa juste célébrité y attire les hommes les plus distingues de IKurope.
C'est là que s'élèvi' le cou\ ont arménien de saint Lazare. Cet ordre fut institué par Méchitar de l\'lro. né à Sebasle dans l'Arménie mineure. Ce prêtre pieux jeta en 1700 les premieis fondements de son institut dans la ville de Conslantinoplc où de nombreux disc'u-
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pies se rangèrent sous sa bannière. Mais bientôt éclata dans toute l'Arménie une terrible persécution qui menaça d'éteindre, dans la patrie de saint Grégoire le Thaumaturge, la dernière étincelle de la foi. Forcés d abandonner Constantinople, ces zélés missionnaires s'adressèrent au sénat de Venise qui leur accorda un asile à Modon dans la Morée. Mais Venise perdit ses possessions doutre-mer. Ce fut alors que la république leur accorda généreusement et à perpétuité l'ile de saint Lazare pour retraite. Dans cette aimable solitude ils prient pour leur patrie, ils transmettent la foi aux jeunes compatriotes confiés à leurs soins et qui repartent ensuite pour la communiquer à d'autres ; ils [misent ainsi la science aux sources de l'Occident pour 1 envoyer à l'Orient. En échange ils nous donnent les monuments de la science orientale qu'ils rendent accessibles en les traduisant dans les diverses langues de l'Europe.
Nous fumes désireux de voir ce célèbie couvent ou 1 on retioux e l'hospitalité antique et oii l'on admire le génie chrétien de l'Orient soufflant au cœur de ces laborieux cénobites. Une légère gondole, cinglant sur les lagunes, nous conduisit vers cette ile savante.
La gondole s arrêta contre l'escalier de marbre du couvent. Là nous vimes arriver un homme d'environ soixante ans, d'une ligure noble et belle, à la barbe blanche qui donnait à ses traits quelque chose de vénérable. Ce père nous reçut avec une bonté et une politesse parfaites. Il nous mena d'abord à réglise, ijui. quoiipie petite, est ornée de bonnes peintures et de scul[)tures.
A la sacristie il nous fit soir le tombeau du comte Etienne .\con/. Kover, noble Hongrois, archevêque de Sinnia, troisième abb('^ général qui résida pendant soi\ante-sei)t ans dans ce monastère et v mourut en 1824. Cet illustie prélat a public on/e \olumes de gcograpiiie universelle. On prcicnd ijuc deux noIuuks non publiés ont été la proie des llanunes à Constanlinople
Après a\()ir \isil('' IV-glisc on nous inonlia la hihliolluMpic (pu (Mnnpte en\irnn 10,000 vdlunics cl 'lOO nianu.scrils (tricnlaux dciii
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plusieurs datent du huitième siècle. Mais au lieu de n'en faire aucun usage, comme la plupart des possesseurs de manuscrits, ces savants relii^icuv les traduisent en diveises langues et les communiquent au monde sa\ ant par limpression. Lord Byron s'y rendit pendant un hiver tous les matins pour étudier lidiome de l'Orient que ces Pères enseignent encore de nos jours à trente deux élèves.
Le cabinet de physique expérimentale et la collection d'histoire naturelle sont très intéressants. On y remarque une momie égyptienne et un ancien papyrus bien conservé. Bien que l'art typographique soit porté à un haut degré de perfection dans notre patrie, l'imprimerie de ces religieux fixa toute notre attention. La beauté des types, la correction et 1 élégance de tous les ouvrages qui en sortent, la mettent, non seulement à la tête des autres presses arméniennes que l'on trouve à Constantinople, à Smyrne, à Madras, à Vienne, à saint Pétersbourg, ou à Londres, mais encore lui valent l'honneur d'être classée parmi les premières imprimeries de l'Europe.
Pour se convaincre de ce fait, il suffit de jeter les yeux sur le livie de prières de saint Nersès, imprimé en vingt-quatre langues, tant orientales qu européennes et reproduisant l'écriture de chacune de ces langues avec une rare perfection. Comme la plupart des types étaient venus d'Amsterdam, les religieux de saint Lazare ont fait hommage d'un exemplaire au roi Guillaume I, en 1834, qui pour leur témoigner sa gratitude fit frapper une médaille d'argent. On y \'oit d'un côté son effigie avec ces mots :
^VII.!^ NASS. BELG. UEX. I.LXEM». .M DIX.
Le re\ers porte cette inscription :
vEN. pp.
.MONAST. .\HMEN1CI IN INS. s. L.\/Ai;i. VEiNET
PRO. OBLATO. LIBRO.
PRECUM. S. MERSISCLAR.