BIBLIOTHÈQUE. 37.J
Nous devons au père Auchei- lu chroniquo d'Eusèbe publiée avec le texte arménien, accompagné de la traduction hitine.
Le tableau complot de la littérature arménienne du père Sukias Somal, archevêque de Méchitar, est un des ouvrages ou l'on trouve les enseignements les plus utiles sur cette matière.
Nous passons sous silence plusieurs ouvrages d'illustres écrivains dont les manuscrits déposés dans la bibliothèque du couvent seront successivement publiés. Chaque jour, de nouvelles acquisitions viennent enrichir ce trésor littéraire, et si la dissidence religieuse ne formait pas aux religieux l'entrée des monastères de l'Arménie, il est à présumer qu'ils seraient bientôt en possession d'un grand nombre d'autres écrits précieux, que l'on croit perdus. (*)
En voyant le bien immense que ces cénobites produisent par la publication des ouvrages religieux et scientifiques, ne doit-on pas convenir que sans les ordres religieux on n'aurait jamais acquis les vastes connaissances qu'on possède de nos jours? En effet où aurait-on trouvé, en dehors des couvents, ces réunions d'hommes instruits, liés par la religion aux mêmes devoirs et dirigés vers le même but. celui d'éclairer la société sans la pervertir? Jamais le même nombre de savants, éparpillés dans le monde, divisés souvent d'opinions, de systèmes, gouvernés par l'amour-propre, l'ambition, la cupidité ou les passions^ n'auraient pu faire autant do bien.
Un ordre religieux est un atelier de sciences dirigé par l'amour du bien; semblable à une ruche chacun y a ses fonctions. Les uns composent, d'autres transcrivent ou traduisent et la communauté entière paie les frais de ces travaux -, ce qu'une foule dauteurs ne peuvent faire. Voilà pourquoi tant d ouvrages précieux sont sortis des monastères, tandis qu'il paraît à peine de temps à autre dans le monde quelques livres précieux et dignes d'être transmis à la
{*) Voir Ilislon-c de l'ordre des Méchilarislcs arméniens, par Eug. Bore, Paris 1837.
376 SOIVEMRS D ITALIE
postérité. Daillours il n'y a pas de couvent qui n ait une bibliothèque plus ou moins considérable, où sans cesse on peut puiser et compiler, sans compter l'avantage de n'être pas distrait de ses études et de ses travaux par les affaires mondaines. Combien d'auteurs sont pri\ es de ces avantages ! Aussi beaucoup d amis des sciences sont obligés par nécessité de sacrifier leur savoir et d arrêter ainsi l'essor de leur génie ou de leur talent.
Nous quittâmes, non sans regret, cet asile des sciences et du vrai bonheur, où ces saintes âmes nont d'autre désir que de se rendre utiles à la société et de se préparer pour une vie meilleure.
Venise. jnuU 1 1 juin
Seiuiiir apuiJ Venelos »liiiliiini sapii<nli»> el nmiii; in jirdioilndiina fuit.
Si"\i;mili.
Venise se vante d avoir vu sortir de ses presses le premier livre qui ait été publié en Italie. Aussitôt que limprimerie eut été découverte,le gouvernement Vénitien attira dans sa capitale Jean de Spire, qui constata son droit à l'honneur d avoir importé cet art à Venise, par ces vers, qu'il plaça à la tête de son édition des Epitres familières de Cicéron, publiée en 1 469 :
Primus in Adriaca formis impressit acutis Urbc libros Spirœ genitus de stirpc Joannes.
Jean de Spire fut bientôt secondé par Wandelin son frère. Celuici fut tellement reconnaissant des honneurs quil recevait dans sa patrie adopti\e. qu il déclai-a dans plusieurs de ses éditions sa ferme résolution de ne plus la quitter et ajouta à .'îon nom cette devise :
Hiidiiacà niorabitui nrbe.
378 SOLVE.MIIS blTALlK.
Vers ce même temp.^ François Nicolas Jenson, (*) graveur de la monnaie de Paris, fut envoyé à Mayence par ordre de Louis XI pour s'instruire secrètement dans lart do limprimerie, qui venait d"y être inventé par Guttemberg. Jenson porta à Venise les fruits de son industrie, au lieu d'en enrichir son pays. Il s'y lit une grande réputation dans les trois branches de la typographie, c'est-à-dire dans la taille des poinçons, dans la fonte des caractères et dans limpression -. talents que peu d'artistes ont réunis. C'est lui qui, le premier, imagina et détermina la forme et les proportions du caractère romain, tel qu il existe encore aujourd'hui dans les imprimeries. Malgré les progrès de l'art, on admire encore à présent l'élégance et la propreté de ses caractères, et ses éditions sont lecherchées avec empressement par tous les amateurs d'éditions anciennes. La plus connue qui soit sortie des presses de Jenson est celle du rare ouvrage intitulé Décor puellarum . 1471.
Jenson partagea avec Wandelin plusieurs pris iléges accordés par les doges, protecteurs des arts. Ces privilèges n'empêchèrent cependant pas qu'un grand nombre d'imprimeurs étrangers n'accourussent dans cette capitale, attirés i)ar les manusciits précieux qui existaient dans la bibliothèque de saint Marc, par la rcMiommée des savants qui s'occupaient à éclaircir ou à épurer les textes et par la munificence d'une noblesse éclairée. On en compte jusiju'à cent soixante-quatre entre Jean de Spire et Aide Manuce, dans un intervalle de vingt-cinq ans. Les plus dignes d'être cités sont Jacques de Kubeis, français, Jean de Cologne, Jean Menthen, François Uenwvv de Heilbiun, OctaM' Scolti de M(in/,a, et Jean llerbeloldc Silingenstadt. (**)
Cet activité de l'imprimerie naissante fit jouir le monde savant d'un grand nombr<! d ouvrages. On \ il .'Sortir de ces pnvsses : la sainte lîiblc, les histoires de César, de Justin, de Suétone, de Ta-
{') \('' cil l'raiiro vois I ItJO.
(**) llaiu, llisluirc (le N fiiisc, Iuiim- \.
IMI'lll.MKlili: DAI.DI. MAMCK. .'{70
cite; les vies (le l'liilai(|ii('. liiidiiitcs çii hiliii : |iliisic'iirs oii\iages de Cicéron, les Institutions de Oniiitilien et les meilleurs poètes italiens.
L'époque la j)lus brillanli; de liiiiprinieiie vénitienne fut celle d'Aide Manuce. (*) Avant lui, on n'avait encore livré à l'impression (|uedes ouvrages écrits en latin ou dans les langues modernes. Ce savant laborieux conçut le projet dou\ lir au public les trésors de la littérature grecque. Sa fortune, son .savoir, sa .santé, sa vie tout entière, furent consacrés à cette vaste entreprise. Entouié de tout ce qu'il y avait d'hommes érudits dans sa patrie, en correspondance avec tous ceux qui, dans l'Europe, s'intéressaient au progrès des sciences, il parvint à publier un grand nombre d'auteurs grecs. Avant que ces ouvrages fussent livrés à l'impression, ils étaient soigneusement revus par Bembo, André Navagero, Daniel Riniere, Maiin Sanuto, Benoît Ramberti, Jean Egnazio, Jean Ramusio, Marc Musurus et autres savants littérateurs.
Comme Aide Manuce craignait d'être détourné de ses travaux ]xir les oisifs, dont les grandes villes abondent, il avait mis à la porte de son cabinet un avis à ceux qui venaient l'interrompre :
Quisquis es, rogat te Aldus etiam atque etiam :
ut siquidest, quod a se velis, peipaucis
agas, deinde actutum abeas; nisi faniquam
Hercules, defesso atlante, Acneris suppositurus
humeros, semper enim erit quod et tu agas,
et quotquot hue attulerint pedes.
<■■ Qui que tu sois, Aide te prie que, si tu as à lui parler, " tu finisses en peu de mots, et t'en ailles promptemcnt à moins '< que lu ne \iennes, comme Hercule. pnMei- lépaule à Atlas fafi-
(•) Il iiiiqiiil on n 'iT ;i llassiaiio, li(tin};atl(' du (Inriic (je î^oniionola dans rKlal Uomain cl nionnil à Veniso en I!>l!).
380 SOUVENIRS DITALIE.
i> gué. Alors toi ut tous ceux qui viendront ici, auront toujours » quelque chose à faire. "
Venise n'eut pas seulement la gloire de donner à l'Europe les jîremières éditions grecques ; on vit aussi sortir des presses de Daniel van Bomberge, (*) Anversois, la première Bible complète imprimée en hébreu. C'est à lui qu'on doit l'édition du Tahnud, (**) en onze volumes in folio. Quatre imprimeries hébraïques y fleurirent en même temps ; aussi les historiens de l'art typographique ont-ils calculé que cette ville a répandu plus de livres écrits dans la langue sacrée, que tout le reste de l'Europe réuni.
Après la mort d'Aide Manuce, Paul son fils et ensuite Aide, son petit-fils, continuèrent ses utiles travaux.
On prétend que le premier journal qui parut à Venise date du commencement du dix-septième siècle. Les affaires d'Italie^les guerres avec les Turcs intéressaient toute la chrétienté et Venise était le point où arrivaient les nouvelles du Levant. Un de ses habitants imagina de mettre à contribution la curiosité publique en distribuant des feuilles imprimées que l'on se procurait moyennant une gazetta, petite pièce de monnaie qui a\ait cours alors. Cette monnaie donna son nom à ces feuilles.
Depuis 1716 que les religieux Méchitaristes s'établirent à saint Lazare, leurs presses n'ont cessé de donner au public les ouvrages les plus utiles et les plus intéressants. Ces savants pères font revivre de nos jours l'ancienne gloire de la typographie \énitienne.
Venise s'est aussi rendue célèbre par son école de peinture dont la gloire remonte au quinzième siècle, épo(|ue où florissaient Andié Murano, Antoine Vivarini de Murano, Victor Gorpaccia, Jean et Oentilc Bellini. Cette école devint l'émule et la rivale
(') il iiioiii'iil en l'.'i'tU. (In .'issiirc (|ii(> ccl liniiiiiir (rlrbri' iiii|M'iiii<i des livres [loiir (|ua(ro iiiillioiis d'ocus.
(**i Livre qui rdiiliciil l.i loi (ir,il<', la ilocli iiic, l,i iiiinali' (M los Ir.iililioiis (les jiiils.