ACADÉMIE. 3SI
de celle de Florence, giïices aux Titien, aux (iioigoni, aux Bassono, aux Tintoietlo, aux Paul Véronèse, renommés surtout comme grands coloi istcs. Lt' pinceau de ces altistes célMji-es décorait le palais dut:al de chefs-d œuvre, qui rappelaient aux vénitiens les faits les plus glorieux de leur histoire et racontaient dans les églises les mystères les plus ineiïahles de notre sainte religion.
L'académie des beaux-arts, presque entièrement composée de chefsd'œuvre desgrands maîtres de l'école vénitienne, contient une riche collection de plus de quatre cents tableaux, parmi lesquels on remarque :
L'Assomption de la sainte Vierge chef-d'œuvre du Titien. Ce ta bleau est peut-être le plus extraordinaire jjour Icn'ct, la merveilleuse opposition des ombres et de la lumière et 1 imagination de l'ensemble. La douceur céleste de la sainte Vierge et les trente petits anges qui l'entourent, sont d'une grâce si parfaite, qu'il est impossible d'en rendre le mérite.
Saint Marc délivrant un esclave, une des merveilles de Tintoretto. Quelle vie, quelle variété d'expression dans la physionomie des bourreaux qui voient se rompre les liens de leur captif étendu nu sur la terre!
Les noces de Cana, tableau riche, élégant et animé, le meilleur de Padovanino.
Des pécheurs remettant au doge l'anneau qu'ils ont retiré de l'eau le jour qu'il épousait la mer Adriatique : composition immense et d'une parfaite exécution par Pordenone.
Saint Laurent Giustiniani, premier patriaiche de Venise, au milieu de quelques saints, le chef-d'œuvre de Pordenone. Les figures de saint Augustin et de saint Jean Baptiste sont admirables.
Sainte Catherine en prière devant les instruments de son martyrC;, par Paul Véronèse. La tète de cette sainte est d'une beauté admirable et d'un fini extraordinaire.
Le tableau de Gentile Bellini, repr(\sentant la placi^ saint .Maïc à la fin du quinzième siècle, au mnmoni du passage dune proci^ssion
382 sorvENiRS ditalie.
plein de naïveté et de \ ie et très curieux pour les costumes de ce temps.
Saint Jean dans le désert par le Titien^ toile noble et ins[)iree par un grand génie.
La Purification, chef-d'œuvre de Carpaccio, digne par sa grâce et son pathétique, des plus grands maîtres.
Le mauvais riche de rE\angile, scène bien conçue, rendue avec beaucoup de talents, par Bonifazio.
Le château d'Emmaus de grandeur naturelle par Jean Bellini : ce tableau mérite tout éloge.
Des portraits de notre célèbre Van Dyck excitent ladmiration de tous les artistes. Quoique ce grand génie réussit dans les tableaux d'histoire, il faut convenir qu'il excellait surtout dans les portraits et aucun peintre ne l'a surpassé dans la connaissance intime du clair obscur. Il choisissait ses poses avec art, donnait aux tètes une grâce inexprimable et variait les expressions avec un rare bonheur. Dans quelques-uns de ses portraits il a porté jusqu'au sublime la vérité du caractère et il est resté sans rival quant à l'expression de la physionomie : on dirait quil a dû faire passer làiue même de son modèle dans les traits qu'il reproduisait sur la toile. Il est fidèle, correct et gracieux dans les détails, les mains surtout sont parfaites pour le dessin, les formes et les proportions. Ses draperies sont dessinées d'un style large . une grande simplicité se fait remarquer dans les plis, la disposition est naturelle et le coloris magnifique.
Un bas-relief de marbre doré, au-dessus d une des portes, repn*sentant la sainte Vierge avec l'enfant Jésus est un ouvrage étonnant de 134.') et atteste l'ancienneté et l'habilité de l'art ti Venise. Une petite porte de tabernacle en bronze, autrefois à l'église des Serriol que l'on croit de Donatello,est du goût le |iltis pur.riiisiciirs autres bronzes ne .sont pas moins pn'-cifiiv ; tels .sont les éh'gants has-relicfs <\rs anciens mau.solccs des liaibaiigD.dim auteur inconnu et reiix du lomlwMii r|(> lîriamonfe, pai' le Vénitien N'ictor (lamelio.
t(;iJSK DKS I IIAUI. iH'i
La main droite de Canova (*) est conservée dans une urne de porphyre dont les anses sont dorées, ainsi que le bord du couvercle. Cette urne est placée sur une table en marbre de Carrare. Canova le plus célèbre artiste de l'école moderne, a su faire sortir du marbre des statues, dignes rivales des chefs-d'œuvre de l'antiquité.
Les salles de modèles de cet académie passent })our les plus belles de l'Europe ■. là sont les modèles des marbres du Paithénon et d'Egine, présents généreux de Gicognara qui les avait reçus des rois d'Angleterre et de Bavière. Ce musée possède aussi la célèbre collection des dessins originaux des anciennes écoles, formée par le chevalier Bossi, parmi lesquels on en distingue soixante-dix de Léonard de Yinci^ plusieurs de Michel-Ange et jusqu'à cent de Raphaël.
La vaste église des Fraii conserve les cendres du célèbre Titien. Le monument en marbre de ce grand artiste était presque achevé lorsque nous visitâmes ce sanctuaire. Devant le tombeau on voit une pierre avec cette inscription :
yll CI.VCE H. GRAND TITIANO.
<' Ci-gît le grand Titien. »
En 1 576, une peste affreuse étendit ses ravages sur toutes les provinces de la république et enleva à la capitale plus de quarante mille habitants : comme toujours, le fléau sévit plus rigoureusement sur les familles patriciennes, car elles tenaient à honneur de rester à Venise, dans ces moments calamiteux. Mais un homme plus illustre que tous ces nobles succomba aussi à ce mal affreux. Ce fut le Titien, qui, plein de vigueur, quoique centenaire, produisait encore des chefs-d'œuvre ! Le sénat, dérogeant au règlement qui ordonnait la destruction des cadavres des pestiférés, permit, par
(*) Anldinedannva naquit en ITM dans le village do Possagno, près Asolo.
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une exception expresse, que les restes de ce grand peintre fussent embaumés. On les transporta solennellement dans léglise des Frari.
Charles-Quint parlant de ce grand artiste disait qu'il avait reçu trois fois l'immortalité des mains du Titien : car il avait trois fois fait son portrait. Ce même prince disait à ses courtisans, qui affectaient de traiter cet artiste comme un plébéien : •; Je puis créer des ;> centaines de ducs, de barons et de comtes tels que vous : !> mais hélas ! il n'est pas en ma puissance de créer un seul » Titien ! "
Ce peintre lauréat des rois, dédaigna la protection royale de tous les souverains de l'Europe. L'ami de Sansovino. de Michel-Ange. deBembo. du Tasse, de lArioste et de Cellini. dont les cardinaux recherchaient la société, à qui les empereurs accordaient leur confiance, unissait lïndépendance du génie au travail constant et assidu. Comme artiste, sa vie et ses ouvrages sont des modèles : peu de ses émules lont surpassé dans les uns et bien moins l'ont imit<> dans l'autre. Après avoir fait les portraits de tous les princes, il refusa les offres par lesquels ils voulaient lattirer dans leurs cours et il mourut maître de lui-même dans sa propre maison, en dépit des sollicitations successives de Charles-Quint. François I. Henri VIII et Philippe II.
En face du tombeau du Titien, s'éUne le monument colossal de Canova: cette large pyramide de marbre de Carrare représente an milieu un tombeau en bronze, dont la porte est entre-ouverte: à droite, une femme voilée tenant une urne parait vouloir y entrer pour déposer les cendres -. à côté d'elle, un jeune homme porte une torche funèbre ; après lui marchent la |ieinture et la sculpture éplorées: à gauche de la porte du tombeau est un énorme lion endormi ; derrière lui, l'ange du génie parait ('ns(''V('li dans le sommeil. Audessus de ce tombeau deux génies soutifuncnt le buste de Canova On ?)(' |)(Mit se faire une idi'c de la liciiulc ri du u'iandiosc de celle compnsilioii
ÉGLISE DES FIIAIU. 38;i
L'Angleterre, l'Amérique du Sud, rAlleniijgne, ki Funeeet principalement les villes vénitiennes, ont contribué à élever ce monument qui coûta 102,000 francs. L'inscription porte :
KX CONSOLATIONF. KIROP/K UMVF,HS/E "M. 1) C. C. C. WVII.
Le grand nombre de tombeaux superbes qui ornent cette église lui donnent un air imposant mais sombre et peu en rapport avec la Maison du Seigneur. On y distingue entre autres : le tombeau du doge Nicolas Trono, élevé et décoré par Antoine Brengo. C'est un véritable édifice par la grandeur de sa masse. Les statues, au nombre de dix-neuf et plus grandes que nature, sont remarquables par le beau style des draperies, à plis très fins, comme ceux de beaucoup d'ou\Tages grecs.
Le mausolée de Jean Pesaro, doge en 1658, est un des plus beaux qui soient à Venise. Il y est représenté en habits ducaux. Quatre figures de Maures soutiennent l'estrade sur laquelle est un trône entouré de différentes figures allégoriques. Ce monument . fait du plus beau marbre, a été exécuté par Longhena, architecte et sculpteur connu à Venise par plusieurs belles constructions.
Le monument de la famille Orsini, qu'on croit avoir été érigé vers la fin du quinzième siècle, est digne dètre remarqué par son élégante simplicité et la beauté du travail.
Le mausolée du doge François Foscari, mort en 1 i")7, est un des ouvrages les plus estimés d'Antoine et de Paul Brengo. Voici l'inscription, où Ton fait parler le doge comme s'il faisait lui-même son éloge :
.\C(;iPITE, CIVES, FRANCISCI FOSCARI VESTRI DUCIS IMAGINEM. INGENIO. ME.MORIA, ELOQLEMIA : AD II.EC, Jl STITIA, lOUTITl DINE AMMI. ^M MHH. AMPLUS, CERTE Sl'M.MORUM PRINCIPIM (.I.OIUAM EMU.ARI COMENni
IMETATlEIUiA PATRIAM, ME.E SÂTISFECI NUNQllAM.MAXlMA liELLA PUO VES- TRA SALUTE ET DIGNITATE, TERRA MARIQUE PER ANNOS PLUS QUAM TRI- GINTA GESSl . SUMMA FELICITATE CONFECI. LABENTEM SUFFl'LSI ITALL« LIBERTATEM. TURBATORES QUIETIS COMPESCUI. BRIXIAM. BERGAMUM. RA- VENNAM, CREMAM, IMPERIO ADJUNXI VESTRO. OMNIBUS ORNAMENIIS PA- TRIAM AUXI. PAGE VOBIS PARTA. ITALIA, IN TRANQUILLUM, FOEDERE REDACTA. POST TOT LABORES EXHAUSTOS, /ETATIS AN. LXXXIV. DUCATUS QUARTO SUPRA TRIGESIMUM : SALUTIS MCCCC. LVII. KAL. NOV. \D /F.TER- NAM REQUIEM COMMIGRAYI