AN. M.D. LXXVI
Il serait difficile de rendre la vive sensation produite pai la vue de ce beau sanctuaire. L'élégance, la légèreté, la pureté de l'édifice est unie à la solidité, et après plus de deux siècles, il est inébranlable et jeune encore au milieu des flots.
Le maître-autel est surtout remarquable par le Crucifix et les deux statues de saint François et de saint Marc^ beaux ouvrages en bronze de Campagna.
Dans la sacristie on remarque un merveilleux chcf-d œuvre de Jean Bellini : la sainte Vierge, les mains jointes, protégeant le sommeil de lEnfant Jésus, endormi sur ses genoux. En présence de cette ravissante miniature où le charme du coloris est joint à l'expression la plus pure (pi il soit possible de concevoir, limagination la plus exigeante reste satisfaite ; non seulement la critique est
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désarmée, mais encore elle se refuse à l'analyse de cet ordre de beautés qui n'est plus du domaine du goût et qui appartient à une sphère bien plus élevée. (*)
La gracieuse et splendide église de l ancien couvent des Jésuites est revêtue à l'intérieur d une marqueterie éclatante de marbre blanc et vert à dessin de damas. Les chapitaux des pilastres, les corniches, les balustrades, de même que tous les ornements saillants d architecture, sont en beaux marbres.
Huit colonnes torses, d'une hauteur considérable, supportent une gloire dorée sous laquelle est placé le maitre-autel : le tabernacle est en lapislazzuli.
De^ant ce sanctuaire une inscription mise sur une pierre rappelle que là fut inhumé le dernier doge Louis Manini. Les Français ayant évacué Venise, le 18 janvier 1798, les Autrichiens y arrivèrent le même jour. Ce fut entre leurs mains que les anciens souverains de Venise eurent à prêter le serment d'obéissance. Aussi l'ex-doge Manini, en paraissant devant les autorités autrichiennes, fut-il saisi d une telle émotion, qu'il tomba sans connais.sance. Malheureux d'avoir vu périr sa patrie sans pouvoir la secourir, il s'honora du moins par une noble douleur.
Le monument érigé au doge Pascal Cicogno est très estinjé. La statue en marbre blanc couchée sur le sarcopaghe est due au ciseau distingué de Campagna. Le grand pont de Hialto^ le beau ipiai /on- (lamenta nuorc, qui s'étend de san Francesco délia ri(/na ju,s(|u à ce beau temple, l'église du divin Rédempteur et les prociimzzie miove furent construits sous le règne paisible de ce doge vertueux.
Parmi les tableaux on admire surtout le martyre de .saint Laurent, du Titien, admirable par le triple elTet de la liuiiière : les fiançailles de sainte (latlu'rine, ouvrage distingue de Paul Véronè.se , la prédication de saint François Xavier, pai" Sebastien Hicci (le Uihleau fait honneur à I école \cnilieniie Sui\ant le |u.i;en»ent de Za-
(*) Kio, lit' |;i poésie ehrclieiiiie, eli.ip. I\.
KCI.ISE DE SAINT PIEHIIE A CASTELLO 3S0
netti, il n'est point sorti de cette célèbre école, depuis le seizième siècle, de meilleur peintre que Ricci. Le tableau, dont nous parlons, prou\ e combien il était irrand dans ses conceptions et avec quelle babileté il les savait mettre à exécution. Notre ville natale possède un des meilleurs ouvrages de ce grand maître, représentant la dernière Cène.
Le beau couvent des Jésuites, jadis asile paisible des sciences, sert aujourd'hui de caserne d'infanterie.
L'ancienne et vaste église de saint Pierre a Castello fut depuis les premiers siècles de la république, la cathédrale de Venise, jusqu'au moment où le siège patriarchal fut tranféré, en 1807, à la Basilique de saint Marc. Une chaire très antique de marbre passe vulgairement pour avoir servi à saint Pierre à Antioche. Des personnes instruites la croient un siège de quelque prince africain On a eu des opinions très différentes à ce sujet ; mais les doutes existent encore. Cette chaire porte une inscription en caractères arabes, qui, d'après quelques savants, expriment deux versets du coran.
Le maître-autel en marbre est un vœu fait par le sénat dans la guerre contre les Turcs en 1649. Huit statues d'anges suppoitent la châsse qui contient le corps de saint Laurent Justinien, premier patriarche de Venise. Ce grand bienfaiteur des pauvres, le saint Charles Borromée de son siècle, y est représenté à genoux. Les tableaux qui décorent cette église racontent quelques traits de la vie de ce saint évéque.Un des plus remarquables est le chef-d'œuvre de Grégoire Lazzarini : saint Laurent Justinien distribuant des aumônes pendant la terrible famine qui désolait les provinces vénitiennes en 1527.
Pendant que la peste ravageait tout Venise, on implora la puissante intercession du saint évèque et ce terrible fléau cessa. Depuis ce temps le .sénat se rendait en corps à la messe solennelle qui se célébrait chaque année le jour de sa fête dans cette église en action de grâces des bienfaits reçus. Pour perpétuer ce sou\onir un
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des cardinaux fit graver cette inscription qu'on voit sur la porte dtla sacristie :
BEATO LAl'REMIO JUSTINI.VNO, PRIMO VENETIARIM
PATRIARCH.E, STIRPIS CLARITUDINE AUGUSTO,
SANCTIMOM.E GLORIA LONGE AIGISTIORI.
TITELARI MMINI DE.NEFICE.NTISSI.MO. AD
SACROS CUJUS CINERESTEMPLUM HOC ILLUSTRANTES,
CIVITATE IN PESTILENTIA TANTl CIVIS AIXILIUM
EXPERTA, QLOTANNIS EJUS DIE PERPETUA FESTI-
VITATE CELEBRANDO, SENATUS RELIGIOSISSIMUS
VENERATIONS ERGO EX VOTO ACCEDIT. FREDERI-