CORRESPONDANCE RELATIVE AUX « MÉMOIRES » DE JOSEPH
Les Mémoires du roi Joseph me valurent un grand nombre de lettres de félicitations. Toutefois, ils ne furent pas du goût de tout le monde, il se trouva un Anglais assez original pour écrire au roi Jérôme une lettre dans laquelle il blâmait la mise au jour de ces dix volumes, accusant l'auteur de chercher par ses écrits à dénigrer l’Empire J'ai dit que la princesse
* Voici la note anonyme qui fut envoyée au prince Jérôme en février 1854, qui me fut remise par lui et cà laquelle il ne fit nulle attention : c’était tout ce qu'elle méritait.
Note pour S. A. I. le Prince Jérôme Napoléon :
« Le numéro 187 dela.ÇurtWe/’t?/ Review, de décembre 1853, contient un article sur les deux premiers volumes des Mémoires durai Joseph . D’après les citations qui sont faites de
Mathilde, alors brouillée avec son père, à laquelle on parlait clans son salon de l’ouvrage du baron du Casse, déclara que j’axmis eu grand tort de le rédiger. D’autres membres de la famille impériale pensaient comme elle : ils trouvaient cet ouvrage beaucoup trop indépendant et il ne leur paraissait nullement à la gloire de l’épopée impériale.
On comprend si ces blâmes me touchèrent peu, après les éloges que j’avais reçus de toute part et des plus hauts personnages.
Mon ouvrage me valut la croix, fort peu prodiguée, de la couronne de Wurtemberg, une médaille de savant de première classe du même
ces volumes, il paraît malheureusement certain que l’éditeur M. du Casse, est un homme de peu de sens et de discrétion, puisqu’il a cru pouvoir publier certaines lettres qui sont aussi fâcheuses pour la mémoire de Napoléon I" que pour celle du roi Joseph. Comme on dit dans le public que ces Mémoires sont publiés par l’ordre de S. A. 1. le Prince Jérôme, un vieil ami de sa famille croit devoir lui signaler l'article de la Revue anglaise, et la nécessité de choisir un autre éditeur plus prudent afin d’éviter des critiques aussi cruelles que celle de la Quarterly.
<• Paris, 23 février 1854.
pays, la croix de commandeur d’Isabelle la Catholique, d'Espagne, et plusieurs lettres.
La première est de la princesse de Canino, femme du fds de Lucien et fille de Joseph, dont le mari intriguait alors près du Prince-président, pour obtenir qu’on fit venir à Paris son fils, le prince de Musignano, et qu’on le séparât de sa mère.
Je remis la lettre au roi Jérôme. Déjà, le 14 mars 1852, la malheureuse Princesse avait écrit au duc de Padoue, son cousin, ce qui suit, pour réclamer sa protection :
« Rome, 14 mars 1852.
« Monsieur le Duc, je n’ignore pasles obligations que vous a eues ma famille et le dévouement que vous lui avez témoigné dans un temps où elle était proscrite ; j'ai bien souvent entendu mon père parler de vous, et en des termes tels que je n’hésite pas, dans la fâcheuse circonstance où je me trouve, à avoir recours à vous et à en appeler à votre générosité et à tous les
SOUVENIRS ü’uN AIDE DE CAMP
loyaux sentiments qui font de vous le plus parfait modèle du chevalier français. Je viens implorer votre appui contre des gens perhdes 1 qui, abusant de la crédulité du Président, lui ont fait faire contre moi la démarche la plus cruelle et la plus inqualifiable : il me demande d’aller à Paris, ou du moins d’y envoyer mes enfants. Ceux qui me connaissent savent que me séparer d’eux serait me donner le coup de la mort. Ils savent aussi que, confiés à mes soins, on peut être sûr qu’ils recevront une éducation etdes principes dontle présidentn’aura pas à rougir. Soyez mou défenseur, monsieur le Duc, reportez sur moi l’intérêt que vous avez témoigné si souvent à mes parents et obtenez du Président de me laisser vivre tranquille ici avec mes enfants. Nous ne désirons pas les grandeurs, et la seule protection que nous implorions de notre cousin, c’est de nous oublier.
« Excusez cette démarche, aidez-moi de votre
Allusion à son mari, le prince Charles de Canino.
Dl1 1501 JÉROME
appui et de votre intercession et veuillez recevoir d’avance l’expression de ma reconnaissance
« Votre affectionnée cousine. »
On comprendra mieux maintenant la lettre adressée à moi par la Princesse :
« Monsieur le Baron,
« Ayant eu l'occasion, d’après votre correspondance avec mon fils, d’apprécier vos excellents sentiments et l’intérêt que vous nous portez, je ne crains pas de vous prier de vouloir bien remettre en main propre à mon oncle, la lettre ci-incluse qui est d’une extrême importance pour moi. Je vous en fais d’avance tous mes remercîments, et profite avec plaisir de cette occasion pour vous assurer, monsieur le Baron, de mes sentiments de parfaite estime et de haute considération,
« Zénaide Bonaparte, Princesse de Canino.
« Naples, 18 août 1853.
Les démarches faites par le roi Jérôme et par le duc de Padoue eurent un plein succès. Les enfants de la princesse Zénaïde de Canino lui furent laissés et ses filles ne vinrent en France qu’après la mort de leur mère. L’Empereur leur donna à chacune, sur sa cassette, une pension de 30,000 francs et un hôtel dans la rue de Grenelle-Saint-Germain.
Quant au prince de Canino, leur triste père, je ferai connaître ailleurs sa conduite au Coup d’Etat et sa haine pour le prince Louis. 11 venait quelquefois l’été, sous la présidence, passer la journée du dimanche au petit château de Gourdès, près Chartres, loué par l’exroi Jérôme. Le prince Napoléon et lui restaient là vingt-quatre heures à jouer, puis retournaient à Paris.
Je me rappelle qu’un jour, à table, Canino dit à son cousin :
— Qu’est-ce que c’est donc que ce colonel de lanciers, le marquis Guy de La Villette, qui est venu voir mon oncle? Encore quelque carliste?
— Demande cela à du Casse, répondit le
mi ROI JÉROME
prince Napoléon. C'est un carliste, n’est-ce pas, du Casse?
— Je l’ignore, répondis-je, mais le colonel est d’assez bonne maison pour cela.
Les deux princes se mordirent les lèvres et le vieux roi se prit à rire.
J’en reviens à mes lettres relatives aux Mémoires du roi Joseph.
La seconde est du maréchal Magnan, que mon ouvrage avait d’autant plus intéressé qu’il avait débuté dans la carrière des armes par les guerres de la Péninsule ; la voici :
armée « Paris, le 29 Août 1854.