‹ Souvenirs d'un Aide de Camp du roi JérômeChapitre 15 sur 27 · I GO · texte numérisé non relu

I GO

SOUVENIRS lVuN AIDE DE CAMP

M. Cuvillier Fleury m’écrivit cette curieuse lettre, à propos du désir que je manifestai de lui voir consacrer un nouvel article critique dans le Journal des Débats à trois volumes faisant en quelque sorte suite aux Mémoires du roi Joseph et intitulés : Histoire des négociations relatives aux traités d'Amiens, de Lunéville et de Morte fontaine, traités négociés et signés par Joseph.

Voici la lettre du critique :

« Paris, 6 avril 1856, vendredi.

« Non, Monsieur, je ne rirai pas de votre opinion sur la valeur (vie ou mort!) que peut avoir un article de moi sur votre ouvrage dans le Journal des Débats , d’abord parce que j’en reporte l’honneur au Journal lui-même, véritable tribune de publicité qui donne à votre voix la valeur qu’elle a, quelle n’aurait peut-être pas sans lui. Mais laissez-moi vous parler bien franchement. J’ai fait pour les Mémoires du roi Joseph ce que je n'ai jamais fait pour aucun

autre livre, quatre articles à très peu d’intervalle les uns des autres ; je l’ai fait, je l’avoue parce que le sujet m’a paru ■porter un tel commentaire, et que le public y a pris goût; je l'ai fait aussi parce que le premier succès de mon compte rendu, rejaillissant sur l’œuvre ellemême, m’avait en quelque sorte lié à elle ; et aussi parce qu’il me semblait qu’un aussi remarquable coup de collier que celui que vous aviez donné, avec autant de talent que de vigueur, méritait d’être signalé. Entre la publication de votre premier ouvrage et celle du second, j’ai pris un assez grand nombre d’engagements qui ne me laissent pas libre de mettre tout de suite la main au travail que vous attendez ; et, vous le dirai-je, quelque soit l’intérêt de votre nouvelle publication, elle n'a pas ce caractère qui saisit et entraîne la curiosité comme le premier ; il n’y a pas là l'urgence qu’il y avait quand vos deux premiers volumes du Roi Joseph ont paru de dire au public : « Mais, absurde public que vous êtes, hàtez-vous donc, au lieu de lire de mauvais romans et d’aller voir de mauvais vaude-

villes, hâtez-vous donc de lire cette inappréciable correspondance qui vous fait connaître par le côté le plus saisissant, le plus vrai, et le moins connu le plus grand homme des temps modernes !... « Quand on peut dire cela au public, il faut se presser; c’est ce que j’ai fait, mais on ne recommence pas cela tous les jours; je suis donc obligé d’attendre un peu que le tour de voire livre arrive, non pas son tour rigoureux, mais celui qui le met après deux ou trois livres dont les auteurs m’avaient prévenu par leur insistance avant que votre premier volume n’eut paru.

« Toute cette longue lettre vous prouve, Monsieur, si vous avez pu lire mon griffonnage, le prix que j'attache à votre confiance et le désir que j’ai de vous obliger. Dites à votre éditeur de m’envoyer, en attendant, une réclame que je ferai passer; j’y mettrai du mien, peutêtre la signerai-je? et j’espère que je ne quitterai pas Paris (après mon retour en juin, car j’irai en mai en Angleterre) sans avoir satisfait au vœu que vous exprimez, comme au vif désir

que j'éprouve. Croyez en attendant, Monsieur, à ma bien sincère considération comme à mon parfait dévoûment,

« Cuvillier Fleury. »

En 1864, un de mes amis, M. Bourdon de Vatry, ancien aide de camp du roi Jérôme à Waterloo, ayant reçu, pendant son séjour à Paris, le maréchal Narvaës, duc de Valencia, lui parla des Mémoires du roi Joseph et le pria de faire obtenir une croix espagnole à l’auteur du livre, ce à quoi se prêta de fort bonne grâce Narvaës et, à son retour en Espagne, j’ai reçu, avec la croix de commandeur d’Isabelle la Catholique, la lettre suivante :

« Monsieur le Baron,

« Quand j’ai eu l’honneur de vous remettre le brevet de commandeur d’Isabelle la Catholique, je me suis félicité non seulement d’envoyer à M. et à Mme de Vatry un nouveau témoignage de ma vieille et sincère amitié et

de l’intérêt que je porte àses recommandations mais j’ai été heureux de vous proportionner une décoration dont vous êtes entièrement digne.

« Je vous remercie des senLiments que vous m'exprimez à cette occasion, dans votre agréable lettre du 21 dernier, et j’ai l’honneur de vous dire que vous partagez ceux de mes meilleures sympathies.

« En vous priant de faire mes compliments à M. et à Mme de Vatry, je vous prie aussi, monsieur le Baron, d’agréer l’expression de mes sentiments distingués.

« Le duc de Yalencia.

« Madrid, le 3 mars 1863. »

Je fais suivre ces lettres de quelques autres relatives à mon ouvrage sur le roi Joseph. Je les donne à leurs dates.

« Saintes, 8 janvier 54.

« Monsieur,

J’ai appris par les journaux que vous vous occupiez de la publication des Mémoires du roi Joseph.

« Voulez-vous biennie permettre, Monsieur, de vous demander si vous avez trouvé dans les papiers du Prince quelques notes relatives à son passage à Rochefort en 1815, à son séjour dans l'arrondissement de Marennes et à son départ de France pour les Etats-Unis. Ce n’est point, Monsieur, un sentiment d’indiscrétion qui m’inspire; mais je serai heureux, si vous le désirez, de vous fournir quelques renseignement précis sur les derniers jours passés par le roi Joseph sur le sol de la patrie.

« Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance des sentiments distingués, avec lesquels j’ai l’honneur d’être votre très humble et obéissant serviteur.

« Th. de Beaucorps.

« A Saintes (Charente-Inférieure). »

2 d, Visio™, taire a Rouen, le 26 janvier 1S54.

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