‹ Souvenirs d'un Aide de Camp du roi JérômeChapitre 16 sur 27 · GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL

« Mon cher Capitaine,

« Je vous envoie ci-joint copie entière de la lettre écrite par M. de Presle à ma belle-mère la maréchale duchesse de Trévise. Elle est un titre précieux pour la famille puisqu’elle témoigne hautement de l’attachement que le roi Joseph daignait porter au maréchal et de son opinion sur celui qui vainquit pour lui à Ocana. Vous me rendrez un véritable service en faisant insérer cette lettre dans votre si intéressant ouvrage sur la vie du digne et excellent frère de l’Empereur,

« Elle rendra au maréchal Mortier sa part de gloire pour une affaire dans laquelle il commandait les troupes (5e et 4e corps) et dont un camarade, le maréchal Soult, qui remplissait alors les fonctions de major général, voulait s’attribuer tout le mérite.

« Recevez, mon cher Capitaine, la nouvelle assurance de mon bien sincère attachement.

« Général C. Gudin. »

Par une lettre en date du 6 août 1835, à M. de Presle, le comte de Survilliers s’exprimait ainsi :

« Si vous pouvez voir de ma part Mme la « maréchale duchesse de Trévise, priez -la « d’agréer aussi mon hommage et ma dou- « leur. Dites-lui que son mari fut mon ami, « que le maréchal Mortier vainquit pour moi à « Ocana, que sa mémoire m’est chère et reste pectable. Je me plairai toujours à manifester « mes sentiments pour lui, et pour Mme la « maréchale, dont l’aimable et vertueux carac- « tère a souvent été comparé, par l'Empereur x et par moi, à celui de l’adorable femme dont « je suis séparé depuis si longtemps. »

« Rome, 2 mars 1854.

« Monsieur le Baron,

« J’ai déjà, depuis longtemps, votre bonne lettre du 16 décembre passé, dont je vous remercie beaucoup ; elle m’a fait grand plaisir.

« J’ai tardé jusqu’à présent à vous envoyer les autres papiers, que vous désiriez, parce que j’espérais toujours en trouver un plus grand nombre et pouvoir vous envoyer plus de matériaux pour votre ouvrage. J’ai revu de nouveau tous les papiers qui me viennent de mon grand-père, et quoique j’en aie une bien grande quantité, après ce que je vous ai déjà envoyé et qui sont vraiment très intéressants, il ne me reste, dans ces papiers politiques et militaires, que des choses de peu ou de nulle valeur, et dans ces papiers de famille, des choses de nul intérêt, ou sinon des choses de famille exclusivement, intéressantes seulement pour la famille, et qui, par conséquent, ne peuvent pas être publiées ; car elles ne seraient

d’aucun intérêt et ne serviraient qu’à faire des ennemis.

« Il y a dix jours cependant, par le moyen de M. le colonel Damas, je vous ai envoyé un petit paquet, qui, j’espère, vous sera très utile, les lettres surtout de mon grand’père à mon oncle Louis et à ma grand’mère pourront vous servir beaucoup, et rendre toujours plus intéressant votre ouvrage : qui, du reste, ici à Rome aussi, est lu avec beaucoup d'intérêt et est très recherché. La Note du baron de Menneval pourra aussi vous servir beaucoup : elle traite du départ de Marie-Louise de Paris en 1815; c’est aussi une époque où il est bien nécessaire de défendre mon grand-père, et de montrer ce qu’il a faiL, à cette époque-là ; il était obligé, malheureusement, de le faire, car il obéissait à des ordres donnés par un plus puissant que lui.

« J’attends avec grande impatience que vous ayez la bonté de m'envoyer ma dernière note du dernier envoi que je n’ai pas encore reçue, et à laquelle je vous prie de vouloir bien avoir

la bonté de joindre celle du paquet que je vous ai envoyé il y a dixjours. J’ai reçu bien exactement tous les volumes que vous m’avez envoyés par l’ambassade de France, et les volumes par le colonel Damas, dont je vous remercie un million de fois bien sincèrement. J’attends avec une grande impatience le cinquième volume, et j’espère que vous voudrez bien me l’envoyer très incessamment.

« Je voudrais bien que vous ayez l’extrême amabilité et m’envoyer encore un troisième et quatrième volume dont j’aurai besoin pour compléter un exemplaire des Mémoires.

« Je crois que, si vous finissiez l’ouvrage au mois de mai, on pourra dire que vous avez travaillé bien vite.

« Je suis réellement bien fâché de ne pas avoir d’autres papiers à vous envoyer. Maman lit avec beaucoup d’intérêt votre ouvrage et il lui plaît infiniment.

« Je suis bien aise que M. Thiers se trouve embarrassé après les Mémoires; ça lui sera une

leçon pour avoir débité tant de mensonges sur mon grand-père.

« Je suis bien heureux que les Mémoires plaisent à l’Empereur et aient son suffrage : c’est un grand bonheur ; il est bien sûr que mon grand-père était tout dévoué à son frère l’empereur Napoléon Ier.

« Toutes les personnes ici qui oui lu l’ouvrage le trouvent très intéressant et parfaitement bien fait.

« Veuillez, je vous prie, présenter mes hommages à Mrae la baronne du Casse ; maman me charge de vous dire de sa part mille choses aimables.

« Agréez, monsieur le Baron, la nouvelle assurance de tous mes sentiments de parfaite estime et sincère amitié ; veuillez me croire, pour toujours, votre bien affectionné,

« Joseph-Napoléon Bonaparte. »

« P. -S. — Dans quelques jours, je vous enverrai, par moyen de M. le colonel Damas, des

lettres très intéressantes de ma grand’mère à mon grand-père.

« A M. A. du Casse à Paris.

« Monsieur,

« Comme vous vous occupez de la publication des Mémoires du roi Joseph-Napoléon, et que les documents que je possède peuvent vous être d’une grande utilité, je prends la liberté de vous adresser une proposition.

« Ces documents sont les Mémoires du général Ballesteros, chef des armées espagnoles, lors de la guerre avec la France, avec tous les documents originaux du classement des cadres avec les autorités françaises, le tout original écrit et signé de la propre main de Ballesteros. Les Mémoires comprennent toute la vie du général, depuis sa naissance jusqu’à 1830.

« Ma position de fortune me dispense de les vendre, quoique j’aie déjà eu des propositions très avantageuses, mais je vous les céderai si

vous voulez m’obtenir la croix de la Légion d’honneur

« Je ne crois pas être indigne de cette haute faveur, ayant déjà rendu quelques services à la France, pour les établissements que j’ai fondés et publications que j’ai faites à mes frais, comme vous pourrez voir, Monsieur, par les ouvrages que j’ai l’honneur de vous soumettre si vous y daignez jeter les yeux.

« J’habite la France depuis plus de vingtcinq ans ; je suis correspondant à Paris de la Direction générale des mines d'Espagne, membre de plusieurs sociétés et commandeur de l’ordre d’Isabelle la Catholique.

« Si vous ne trouvez pas de l'indiscrétion dans mes prétentions ; si ma demande peut vous être agréable, veuillez bien, Monsieur, m’indiquer le jour que je pourrais avoir l’honneur de vous voir et de vous soumettre ces pièces.

« Agréez, Monsieur, je vous prie, avec mes

' On pense bien que je ne répondis rien ;'i la proposition de ce singulier marché a la Wilson.

excuses, l’assurance de tout mon respect et de ma considération la plus distinguée.

« Votre très humble serviteur,

« B. -R. de Mon fort.

« Paris, le 1er avril 1854. »

« Paris, le 6 avril 1854, 24 bis, rue de Rivoli.

« Monsieur le Général,

« On me conseille de faire parvenir à M. le commandant du Casse la lettre que le roi Joseph-Napoléon a bien voulu m’écrire de Londres en juin 1834, en recevant mon ouvrage intitulé : La vieille Pologne. Je n’ai certainement pas l'amour-propre de croire qu’une lettre tirée de mon portefeuille, puisse figurer dans les Mémoires du roi Joseph ; mais cette lettre a une signification toute particulière et qui intéresse la nation polonaise en général. Elle exprime la plus vive sympathie du roi Joseph pour les Polonais et certifie de la manière la

plus honorable le dévouement des Polonais à la France et au nom de Napoléon.

« En la considérant de ce point de vue, je dois en désirer vivement la publication.

« Comme je n’ai pas l’honneur de connaître M. le commandant du Casse, j’ose prendre la liberté de prier Votre Excellence de vouloir bien lui faire parvenir la copie ci-jointe de la lettre du roi Joseph.

« En cas où le commandant ne la jugerait pas assez importante pour la comprendre dans le texte du livre, peut-être voudra-t-il lui accorder une place comme Note , au bas d'une page où il serait question des Polonais et de leur dévouemnt à la France.

« Je serais infiniment reconnaissant à Votre Excellence si elle voulait bien faire mention de cette lettre au roi Jérôme et me recommander à la bienveillance de Sa Majesté. Je serais bien heureux d’apprendre que mon dernier livre intitulé : Du Royaume à l'Empire , a obtenu la haute approbation de Sa Majesté.

« J’ai l’honneur d’être avec un profond res-

pect, de Votre Excellence, le très humble et très dévoué serviteur,

« Ch. de Forsler1. »

« Si le commandant du Casse désirait voir l’original de la lettre du roi Joseph, je suis prêt à le lui montrer, mais je tiens trop à cette lettre pour m’en défaire. »

« Paris, le 28 avril 1854 .

« Mon cher Commandant,

« Soyez assez bon pour ne pas donner votre résumé sur l’Espagne, sur le roi Joseph à l’imprimerie avant de me le communiquer. Je crois que dans cet article, qui demande toute votre attention, vous pourriez répondre indirectement très bien à l’article Fleury et à la critique d’autres politiques, qui ne veulent pas se mettre franchement dans la position d'un frère , d’un

1 Cette lettre adressée au général de Ricard, premier aide da camp de Jérôme me fut remise par lui.

ami dévoué à sa famille, qui était conseillé par son bon sens, son honnêteté, la douce reine Julie (terme de Fleury), de rester en Espagne, de patienter, d’obéir à son impérieux frère, plutôt que de revenir en France faire le 3 “ tonie de Lucien et Louis contre leur propre dynastie.

«Joseph ne pouvait, d’ailleurs, vivre en France (comme il le dit bien) sans la volonté, sans l’amitié de Napoléon ; se sauver à l’étranger, c’était aider les étrangers, les ennemis à détruire Napoléon et sa famille ; il a préféré se sacrifier aux vues de son frère, au bien-être de tous, Français et Espagnols; vous ne prétendez pas en faire un héros en publiant ses actions par sa propre correspondance, mais du moins montrer l'homme tel qu'il a été ; beaucoup d’autres à sa place auraient peut-être fini plus mal.

« Tout à vous,

« L. Mailliaru. »

SOUVENIRS d’un AIDE DE CAMP

« Villa Paolina, Home, 2 juillet 1854.

« Monsieur le Baron.

« Je vous remercie de votre bonne lettre du 19 juin, qui m’a fait grand plaisir. Je vous fais bien mon compliment d’avoir terminé les Mémoires. J’attends avec grande impatience le 10e volume, et j 'espère que vous allez me l’envoyer bientôt. Les Mémoires me plaisent infiniment et c’est un ouvrage qui vous fait beaucoup d’honneur.

« Je crois que votre but, qui était de faire connaître mon grand-père sous son véritable jour a été parfaitement atteint. Ainsi, recevezen, je vous prie, monsieur le Baron, tous mes sincères remerciements. Je suis bien aise que l’Empereur ait été content de cette publication. Ma mère et moi sommes parfaitement contents des Mémoires et les lisons avec le plus grand intérêt.

« Je crois que les autres 4 volumes que vous ajouterez aux Mémoires , seront aussi très

intéressants. Vous avez eu une excellente idée de faire cette continuation ; cela formera un ouvrage très curieux. Je suis aise que M. Mailliard vous ait aidé et que ses conseils vous aient été utiles.

« Vous avez parfaitement rempli la tâche que vous aviez commencée, et, de plus, vous y avez mis une rapidité incroyable.

« J’espère bientôt recevoir tous les matériaux que je vous avais envoyés, vous pouvez vous servir du moyen de M. Damas pour me les faire parvenir.

« Les Mémoires sont ici beaucoup lus et très goûtés. Maman me charge de vous faire ses compliments et moi, je vous prie, monsieur le Baron, de recevoir l’expression . de tous mes sentiments de parfaite estime et haute considération.

« Votre bien affectionné ami,

Joseph -Napoléon Bonaparte. »

« Naples, le 24 juillet 1854.

« Monsieur le Baron,

« Je viens de recevoir votre bonne lettre du 13, dont je vous remercie beaucoup. Je m’empresse de vous répondre puisque vous me dites désirer un mot de réponse de moi.

« J’ai reçu le 10e volume, et je vous en remercie infiniment. Je vous prie de m’expédier tous les papiers qui ne vous seront plus nécessaires, et de me les renvoyer à Rome.

« Je ne saurais dans ce moment-ci vous engager à faire un voyage en Italie, car la pauvre Italie, du nord au midi, est tout infectée du choléra.

« En outre, je vous dirai que je n’ai plus de matériaux à vous remettre, et que je vous ai fourni toutes les pièces que j’avais. Vous pouvez être bien sûr que si on me demande mes documents, je répondrai avec vérité que je n’en ai plus.

« Nous comptons rester ici encore jusqu'au Ier d’octobre; nous y sommes depuis dix-huit jours.

(f Je puis vous assurer aussi que ma tante la princesse Gabriellen'a aucune espèce de papiers qui ont rapport au cardinal Fesch.

« Maman me charge de vous dire mille choses aimables de sa part, ainsi qu’à Mme du Casse, à laquelle je vous prie de vouloir bien présenter mes hommages.

« Agréez pour vous, monsieur le baron, la nouvelle assurance de tous mes meilleurs sentiments et croyez-moi pour la vie,

« Votre bien affectionné,

« Joseph-Napoléon Bonaparte. »

« Paris, 29 avril 1854.

« Je lis, Monsieur, avec le plus vif intérêt, votre publication concernant la correspondance du roi Joseph avec l’empereur Napoléon.

« Vous y avez, sans doute, remarqué une phrase sur le comte Roger de Damas, dont l’injustice vous a paru devoir frapper sa famille (t. II, p. 112). Accoutumé, en toutes circonstances, à n’entendre que des éloges réservés à une bravoure remarquable, vous avez pu juger de ma surprise et du besoin que j’ai ressenti aussitôt d’opposer une réclamation à une pareille injustice. Ma première idée a été une note à publier dans le Journal des Débats-, mais il m’a paru préférable de vous demander, Monsieur, la faveur d’une insertion semblable dans la partie de l’ouvrage qui n’a pas encore paru.

.« Cette réclamation serait parfaitement dans le même sens que l’observation de l’Empereur lui-même citée quelques pages plus loin (t. Il, p. 122) ; si vous acquiescez à ma demande j’aurai l’honneur de vous envoyer un projet de note, auquel je vous prierais de donner la forme que vous jugeriez la plus convenable.

« M. de Chastellux, ayant la goutte aux deux mains, me charge de vous exprimer le regret

qu'il éprouve de ne pouvoir signer. Je suis avec considération, Monsieur,

« Votre très humble serviteur,

« Comte de Chevreüse.

* 6, rue Godot-de-Mauroy. »

Je m’empressai de faire droit à la juste réclamation de M. de Chastellux.

« Monsieur le Baron,

« Je ne puis assez vous remercier de l’offre que vous voulez bien me faire, de l’insertion d’une note relative au comte Roger de Damas, et au jugement qu’en paraîtrait porter le roi Joseph (p. 112, t. II).

« Il me semble que, comme historien, il vous suffirait de faire remarquer, dans cette note, que l’Empereur lui-même réfute assez l’opinion de son frère par cette phrase :

« Le général Damas ne pouvait rien faire de passable avec d’aussi mauvaises troupes que les Napolitains (t. Il, p. 122).

SOUVEMftS It'uN AIDE DE CAMP

« Si vous vouliez bien y ajouter, en termes

généraux, un mol llattcur pour M. de Damas,

dont la vie militaire est d’ailleurs si honorablement connue, j’en serais fort reconnaissant.

« Je vous prie, Monsieur, d’agréer l’assurance de ma considération distinguée.

« Pour le comte de Chastellux,

« Comte de Chevreuse.

* 6, rue Godot-de-Mauroy. Paris, 9 mai 1 854. »

« P. -S. — L’idée m’est venue, comme beaufrère de M. de Damas, d’ajouter quelques mots à la note que vous avez bien voulu me promettre pour la 2e édition de votre si intéressant ouvrage. Je saisirais l’occasion qui est offerte, pour faire insérer dans un journal quotidien, une note un peu plus étendue, et un éloge qu’il est permis à un proche parent d’insérer.

« Ne pouvant me rendre chez vous, vumes infirmités, je prie un de mes amis de vous la soumettre, avant de la livrer au public. »

« Monsieur,

« Permcttez-moi de profiter de votre estimable journal pour exprimer à ses nombreux lecteurs la surprise que vient de me causer la lecture d’un article d’une lettre écrite par le prince Joseph à son frère, en date du 28 mars 1806 du camp devant Gaëte ( Correspondance du roi Joseph, t. 11, p. 112).

« Le comte Roger de Damas avait toujours été cité, entre autres faits, pour l’ardeur avec laquelle, à peine sorti de la première jeunesse, il avait été chercher les émotions de la guerre jusqu'en Crimée, à l’armée du prince Potemkin. Le prince de Ligne, dans sa correspondance du lor août 1788, au camp sous Oczakow, fait connaître comment il y avait été reçu et jugé :

« Je vois un phénomène de chez vous, et un « joli phénomène, un Français de trois siècles. « Il a la chevalerie de l’un, la grâce de l’autre « et la gaieté de celui-ci. François Ier, le grand « Condé et le maréchal de Saxe auraient voulu

« avoir un fils comme lui. Il est étourdi comme « un hanneton au milieu des canonnades les « plus vives et les plus fréquentes, bruyant, « chanteur impitoyable, me glapissant les plus « beaux airs d'opéra, fertile en citations les « plus folles au milieu des coups de fusil, et « jugeant néanmoins de tout à merveille. La « guerre ne l’enivre pas, mais il y est ardent « d'une jolie ardeur, comme on l'est à la fin « d’un souper. Ce n’est que lorsqu’il porte un « ordre, et donne son petit conseil, ou prend « quelque chose sur lui, qu’il met de l’eau dans « son vin.

« 11 s’est distingué aux victoires navales que « Nassau a remportées sur le capitan-pacha : « je l’ai vu à toutes les sorties des janissaires « et aux escarmouches journalières avec les « spahis ; il a déjà été blessé deux fois. Toujours « Français dans l’àme, il est Russe pour la « subordination, pour le bon maintien. Aima- « ble, aimé de tout le monde, ce qui s’appelle « un joli Français, un joli garçon, un brave « garçon, un seigneur de bon goût de la cour

« de France; voilà ce que c’est que Roger de « Damas. »

« Cité avec éloge, à l'occasion de l'assaut d’OutchakolT, pour lequel il reçut la décoration militaire de Russie (la croix de Saint-Georges), il ne quitta ce service que pour servir, comme aide de camp, près de M. le comte d'Artois, en Champagne, en 1792. Depuis, M. le prince de Condé lui confia le commandement de la Légion de Mirabeau, où se trouvait l'élite des braves de son armée. Rendu à l'oisiveté par la paix, il était venu offrir ses services au roi de Naples, lorsqu’en 1798 ce prince entra dans la coalition contre la France. Commandant, comme lieutenant général, une division au milieu de l'immense déroute de l’armée sous les ordres du général Mack, il sut y maintenir la discipline ; et, par une habile manœuvre, il se débarrassa des troupes du général Macdonald, dont il était environné, et sauva sa division, après un combat dans lequel il eut la mâchoire fracassée par une balle.

« Ces faits, cités avec éloge par les écrivains

français, répondent au jugement injuste rappelé par le roi Joseph.

« On trouvera, d’ailleurs, l’explication des mauvais succès de 1806 dans le découragement d'une poignée d'hommes brusquement abandonnés par les corps russe et anglais qui devaient les encadrer, et dont la retraite précipitée, à l’apparition de l’ennemi, ressembla à une fuite, découragement qui s’accrut encore par l’abandon de tous les habitants du pays, qui, malgré leurs précédents engagements, restèrent impassibles et ne s’opposèrent nullement à l’envahissement. »

Le bruit se répandit, je ne sais comment, que les Mémoires du roi Joseph ne paraissaient pas dans la pureté de leur rédaction et que des coupures importantes m’avaient été imposées. J’appris que le comte Beugnot se préoccupait de ces racontars et je rédigeai la note ci-dessous que je lui adressai :

« Quelques personnes ont répandu le bruit,

nous a-t-on assuré, que dans les derniers volumes des Mémoires du roi Joseph des coupures avaient été faites dans les lettres de l'Empereur Napoléon, pour obéir à une volonté à laquelle nous avions dû nous soumettre.

« Le fait est complètement faux et nous affirmons ce qui suit :

« 1° Les matériaux sur lesquels cet ouvrage a été écrit, les documents qu’ils renferment n’ont été soumis à personne. Seul nous avons été juge dans cette importante publication, et nous n’avons communiqué ces matériaux , ces documentsQiXQSépreuves ({vl ix~h\. Louis Mailliard, exécuteur testamentaire du roi Joseph et qui, ne l’ayant pas quitté depuis 1808, nous a été fort utile pour des renseignements précieux.

« 2° Nous n’avons retranché des lettres que quatre ou cinq personnalités inutiles à l’histoire. Si ces personnalités eussent eu la moindre portée historique, elles eussent gardé leur place dans cet ouvrage.

« Rien n’est venu d’ailleurs gêner en aucune

façon notre rédaction et nos appréciations personnelles.

« Voilà ce que nous pouvons affirmer et ce que nous affirmons, sans crainte d’être démenti.

« Nous avons voulu conserver à l’histoire Lous ses droits, sans chercher un scandale inutile. »

Je reçus du comte Beugnot la lettre ci-dessous :

« 27 mai 1854.

« Monsieur,

« Je vous suis très obligé des renseignements que vous voulez bien me donner sur l’importante publication à laquelle votre nom restera attaché d'une manière si honorable. J’avais entendu répéter par des personnes, qui paraissaient si convaincues et si assurées de ce qu’elles disaient, que les derniers volumes de la correspondance du roi Joseph avaient été l’objet de retranchements, que je crus de-

voir suspendre l'examen de ces volumes, jusqu’au moment où la vérité sur ce point serait connue. Elle l est maintenant et je m’en applaudis pour l’histoire.

« Au fond, il n’y a jamais de danger à son laisser-parler, car elle est en définiLive équitable dans ses jugements. J’ai assez vécu pour avoir vu, dans notre pays, l’opinion au sujet de l’Empereur Napoléon aller successivement de f apothéose à la diffamation, et réciproquement.

« Aujourd’hui, votre publication et le succès qu’elle a obtenu, montrenl que cette opinion s’est enfin arretée à la vérité et à la justice. Vous y aurez contribué, Monsieur, et c’est pour vous un grand honneur.

« Je regrette que la qualification d’éditeur que je vous ai attribuée, ne vous paraisse pas celle qui vous convenait le mieux. 11 est vrai que l’on détourne ce mot de son sens en l’appliquant au libraire ; mon tort est d'avoir conservé au mot éditeur sa véritable acception, qui est souvent très élevée, comme vous le prouvez eu ce moment.

« Je vous prie de me permettre de ne pas accepter l’exemplaire des Mémoires du roi Joseph que vous avez la bonté de m’offrir. Je me suis procuré cet ouvrage dès la publication du premier volume.

« Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de ma considération très distinguée ;

« Signé : Le comte Beugnot. »

Un autre critique, le marquis de Custine, écrivit à un de ses amis, à propos des premiers volumes de mon ouvrage les Mémoires du roi Joseph , trois lettres qui me furent communiquées, dont je pris copie et que je transcris ici :

« Je vous renvoie ce livre, mon cher E... ; c’est certainement un des plus intéressants que j’aie jamais lu. On voit là l’Empereur à nu, prodigieux de force, d'esprit, libre et très léger de cœur, mais d’une autorité sans égale dans la guerre. 11 a le génie du bon sens; de tels do-

cuments rendent l’histoire parfaitement inutile; l’histoire serait morte auprès de lettres qui sont la vie même des événements, et le portrait des hommes par leurs actes. 11 y a là des leçons pour tout le monde, peuples, souverains et particuliers, tout ce qui pense peut s’instruire par cette lecture. Si vous m’envoyez les volumes qui suivront ces deux premiers, vous me ferez le plus grand plaisir ; voilà pour l’avenir, en attendant, je vous remercie pour le présent. Cette publication doit produire un effet prodigieux dans le monde en Lier.

« Mille amitiés comme toujours.

« Tout à vous.

« A. de Custine. »

« Voici, mon cher E..., le troisième volume que j’ai lu avec un intérêt soutenu ; je n’ai rien à ajouter à ce que je vous ai mandé des précédents ; cette publication contrariera bien des historiens, car elle fait voir les hommes et les choses sous un jour nouveau ; elle gênera

même les historiens à venir. La vérité est si difficile à faire entrer clans un livre.

« Mille remerciements eL mille amitiés.

« A. de Custine. »

« Le quatrième volume est peut-être encore plus intéressant que les autres, par la nature des événements. L'affaire d’Espagne nous apparaît là sous un jour nouveau.

« Nous pensions, d’après les rapports des Anglais, que ceux-ci avaient tout fait dans cette guerre, mais les lettres des deux frères prouvent que la délivrance des Espagnols fut due surtout à l’union et au courage de la nation.

« Je vous remercie de nouveau de m’avoir procuré une des lectures les plus curieuses qu’on puisse faire, et je me recommande toujours à vous pour la suite.

« Mille amitiés comme toujours.

« A. de Custine. »

Je reviens aux lettres quimefurentadressées : d’abord deux du prince de Musignano :

DU KOI JÉKOME

« Villa Paoliaa, le 11 juin 1883.

« Monsieur le Baron,

« Je dois vous remercier de vos trois lettres du 6, 19 avril et 18 mai, que j’ai reçues bien exactement, et auxquelles je viens répondre bien tard. Avec votre dernière, j’ai eu la préface et l'introduction de votre ouvrage sur nton grand-père. Ma mère et moi nous avons lu attentivement toutes les pièces que vous nous avez envoyées, et nous avons admiré l’élégance de votre style et la justesse de vos idées. Je suis sûr que ce sera un très bel ouvrage etj 'espère qu’il sera très recherché. Tout ce que vous dites est très bien, et je trouve parfaites toutes les choses que vous m’avez envoyées; seulement j'aime mieux que vous ayez la bonté de faire commencer la préface comme cela : « Joseph- Napoléon Bonaparte , Prince de Musignano,

petit-fils aîné du roi Joseph , ayant , etc. , plutôt que de dire seulement : le petit-fils, car j’ai deux autres frères qui sont aussi les petits-fils de mon grand-père Joseph. De même dans le dernier paragraphe de la préface, j’aimerais mieux que vous disiez : ci l'aîné de ses petits-fils, plutôt que de mettre : à son petit-fils , pour la même raison. C’est une chose excellente que le quatrième volume puisse paraître aussi vite, car comme cela nous pourrons mieux, j’espère, réfuter tous les mensonges de M. Thiers.

« J’espère que le Ministre de la guerre voudra bien vous donner la permission de mettre votre nom en tête de l’ouvrage; si, par malheur, il le refusait, nous pourrons remédier à cela comme nous avons déjà dit, en y mettant celui de M. JVlailliard. M. Mailliard m’a déjà dit les rapides progrès de votre ouvrage. 11 m a aussi dit que vous aviez reçu mon dernier envoi. J’espère que vous êtes content des documents que je vous ai envoyés, qu'ils vous suffisent et qu'ils vous sont parvenus en bon état.

« Croyez, je vous prie, monsieur le Baron, à

tous mes sentiments bien sincères d’amitié et de haute considération.

« Votre bien affectionné,

« Joseph-Napoléon Bonaparte.

« Prince de Musignano. »

« P. -S. — Par le moyen de l’ambassade, vous recevrez un petit paquet. »

« Rome, le 31 octobre 1833.

« Monsieur le Baron,

« Je viens bien tard vous remercier de vos deux bonnes lettres des 11 et 18 juin, mais je ne vous ai pas répondu plus tôt, espérant toujours d’avoir le plaisir de vous voir à Borne. Je trouve le premier volume parfaitement bien, ma mère et moi n’y avons trouvé que trois observations qu’elle a faites à M. Mailliard dans une lettre qu’elle lui a écrite dernièrement, et dont je vous prie de prendre connaissance. Avec la présente vous recevrez tous les autres papiers et lettres, qui, je crois, pourront vous être utiles.

SOUVENIRS Jj’üN AIDE DE CAMP

Quant à la lettre de Berthier, il m’a été impossible de la trouver, malgré toutes les recherches actives que j’ai faites pour cela. Veuillez, je vous prie, demander à M. Mailliard s’il se souvient dans quel carton il l’a mise. Vous m’aviez promis douze exemplaires des mémoires de mon grand-père, et je n’ai reçu que trois premiers volumes; c’est ainsi encore neuf premiers volumes que vous aurez, j’espère, l'obligeance de m’envoyer ; servez- vous pour cela du bon vouloir du colonel Damas qui est rempli de zèle et de prévenance pour cette publication. J’attends avec impatience le deuxième volume des Mémoires. J’espère que vous travaillez activement au troisième volume.

« Je regrette infiniment le contretemps qui vous a empêché de venir jusqu’à Rome, car j ’aurais été bien heureux de pouvoir faire votre connaissance personnelle h J’espère que vous

'J’avais pensé pousser jusqu’à Rome lors de la mission que j’avais reçue d’aller assister aux manœuvres de Naples. Je raconterai plus loin comment le roi de Naples, ayant refusé de me laisser débarquer dans ses Etats, je fus obligé de revenir en France, sans avoir été à Rome.

aurez reçu les papiers que M. le colonel Damas vous a envoyés dès que vous les lui avez demandés, et que M. Mailliard me réclame dans sa lettre du 18. Je trouve dans les Mémoires , tout parfait ; l’édition et le format sont bien à l’émission de l’ouvrage. Entendez-vous toujours avec M. Mailliard, je vous prie; et allez parfaitement d'accord avec lui, pensez qu’il avait toute la confiance de mon grand-père et qu’il a toute la mienne. J’espère qu’au commencement de l’année la moitié de l’ouvrage aura paru. Je vous prie de m'envoyer le plus promptement que vous pourrez les autres neuf volumes qui me reviennent. I’résentez, je vous prie, mes hommages à Mme la baronne du Casse. Recevez pour vous, monsieur le Baron, la nouvelle assurance de mes sentiments de sincère estime et parfaite amitié, et croyez que je suis enchanté toutes les fois que j'ai de vos nouvelles.

« Votre bien affectionné ami,

« Joseph-Napoléon Bonaparte. »

« P. -S- — Les journaux nous donnent des

inquiétudes sur la santé si précieuse de mon oncle Jérôme. Je vous serais bien obligé de m'en donner des nouvelles. »

Voici une lettre curieuse du général Gudin.

« Rouen, le 22 novembre 1853.

« Mon cher Capitaine,

« Si j’ai tant tardé de répondre à votre aimable lettre du 30 octobre, c’est que, avant de le faire, je voulais pouvoir vous parler de l’ouvrage que vous avez eu la bonté de m'adresser par le capitaine de Combles.

« La lecture de votre livre m’a fait éprouver la plus vive satisfaction.

« Vous y avez combattu avec vérité, énergie et talent, les appréciations si fausses, si malveillantes, si peu patriotes émises si indignement contre l’homme immense qui, après avoir sauvé son pays de l'anarchie, porta si haut la gloire et les destinées de la France.

« Merci donc, mon cher Capitaine, pour le

véritable cadeau que vous m’avez fait en m’offrant votre livre. Merci également pour les nobles sentiments qui vous l’ont inspiré : car il doit être permis à l’ancien premier page de l'Empereur qui a été comblé de ses bienfaits, de porter un culte à ce grand homme et de remercier ceux qui savent si bien défendre sa mémoire.

« Puisque vous désirez avoir des notes sur quelques faits qui ont eu lieu autour de l’Empereur lors de nos désastres de 1815, je tâcherai de les rédiger avec clarté et exactitude et les mettrai à votre disposition avec grand plaisir si, toutefois, j’ai le courage de me rappeler par écrit de si douloureux événements.

« Je vous envoie ci-joint copie d’une lettre écrite en 1835, par le roi Joseph, à M. Desmaret, à l’occasion de la mort du maréchal Mortier, mon beau-père. Vous y verrez l’opinion de cet excellent Prince, quant à celui qui vainquit pour lui à Ocana.

« Le maréchal Soult s’était attribué à tort cette victoire parce qu'il n’était alors que le major général de l’armée, tandis que le maré-

chai Mortier commandait les troupes (3e et 4e corps).

« Recevez, mon cher Capitaine, l’assurance de mon bien sincère attachement.

« Général comte Gudin. »

« P. -S. — Lorsque vous serez de service près de l’auguste frère de notre grand Empereur, faites-lui agréer, si vous en trouvez l’occasion, l’assurance de mon respectueux et plus entier dévouement. »

Lettre deMailliard.

« Dimanche. Il décembre 1853.

« Mon cher Capitaine,

« Je viens de relire très attentivement les 9e, 10e et 11e volumes deM. Thiers rapport à l’Espagne; vous les avez lu aussi, par conséquent vous devrez éviter de le répéter autant que possible et vous attacher à produire toutes les lettres et pièces qui n’ont pas été publiées par cet auteur, qui ne s’est servi que de celles qui cadraient avec sa relation.

t)U ROI JÉROME

« Dans ces trois volumes, onvoitqueM. Thiers ne ménage plus son héros! Cela viendrait-il de son humeur contre le neveu qui n’a pas voulu de ses conseils? Au contraire, il dit moins de mal de Joseph dans le onzième volume après avoir lu, dit-il, Jourdan.

« Thiers dit que le plan de Joseph de marcher sur Madrid avec 30,000 hommes ne venait pas de lui et n’était pas bon ; il vous est facile de lui prouver le contraire par les lettres du roi Joseph à Napoléon 1er, et dans lesquelles il estditaussi queNey, Bessières, Jourdan étaient en faveur de ce projet.

« Puisque Napoléon avait un si grand génie, qu'il savait si bien apprécier, connaître les hommes, il devait naturellement savoir ce que valait Joseph pour vouloir le mettre roi d'Espagne. 11 voulait même, prétend M. Thiers, le faire roi ou empereur d'Autriche ! ! Joseph n’était donc pas si ignorant, si faible, si nul! M. Thiers a de l’humeur de ce que le roi Joseph n’a pas voulu lui livrer ses papiers, qu’il lui fit demander à Florence par le roi Jérôme et son fils,

comme j’en suis témoin. Du reste, M. Thiers raconte les affaires d’Espagne avec beaucoup de talent, de précision pour la plupart des événements; on voit qu’il a puisé aux bonnes sources et qu’il a bien étudié ce qu’il a lu. C’est un grand écrivain. On m’assure qu’il attend vos volumes sur l’Espagne pour continuer les siens. C’est vous dire de prendre tous les soins possibles pour voire publication. Je vous fais part de mes réflexions et suis fâché de voir que les héritiers du maréchal Jourdan aient prodigué leurs manuscrits à tous ceux qui ont voulu les lire.

« J’ai une lettre du prince de Musignano que je vous communiquerai quand je vous verrai.

« Tout à vous. »

Cette lettre de Mailliard sur Thiers nous a paru avoir de l’importance.

Dans la lettre suivante, la dernière de celles relatives aux Mémoires du roi Joseph, on remarquera la phrase dans laquelle le prince de Mu-

DU KOI JEROME

signano me blâme d'avoir communiqué à son père le Canino, le plus grand ennemi de la famille, me répète-t-il, deux lettres de Napoléon Ier.

J'ai expliqué plus haut ce qui m’avait forcé à faire au gendre du roi Joseph cette communication.

« Rome, 4 décembre 1 8.ï4 .

« Monsieur le Baron,

« J’ai votre lettre du 15 novembre dont je vous remercie infiniment. J’espère bientôt recevoir le second volume des Mémoires de mon grand-père, que je désire beaucoup lire. J’attends donc avec grande impatience la caisse que vous m annoncez, que je dois recevoir parle colonel Damas et qui contiendra trois premiers volumes, six seconds et six troisièmes. Je voudrais bien savoir ce que M. Mailliard a fait des vingt-trois volumes que vous avez eu la bonté de lui remettre et dont il a disposé. Je saurai me contenter de six exemplaires que vous m’en-

voyez. Je regrette beaucoup les trois premiers volumes qui se sont perdus ; c’est pour cela qu'il est bien nécessaire que vous vous serviez pour me les faire parvenir de l’obligeance et de l’amabilité de M. le colonel Damas.

« J’espère que le mois ne se passera pas sans que je sois en possession des seconds et troisièmes volumes des Mémoires.

« J’espère que vous aurez reçu mon dernier envoi de papiers que j’ai fait en même temps que ma lettre, mais celle-ci vous sera parvenue beaucoup plus vite que les premiers; enfin j’espère qu’à l’heure qu’il est vous les avez, qu’ils vous auront été très utiles. Je vous ai envoyé toute la correspondance de Berthier, prince de Neuchâtel, et j’espère quelle pourra vous aider. Si vous voulez d’autres papiers, dites-le-moi, je vous prie, et faites-vous dire par M. Maillard dans quel carton ils se trouvent.: en me disant le numéro, je puis vous l’expédier beaucoup plus vite. Je suis bien aise que les Mémoires plaisent à l’Empereur.

« Je trouve que vous avez très mal fait, si

vous me permettez de vous le dire, de soumettre deux des lettres que je vous ai envoyées à mon père, car malheureusement cest le plus grand ennemi quait la famille. Ces lettres me sont échappées en les lisant, car sinon je ne vous les aurais pas envoyées.

« Je regrette aussi bien vivement de ne pas avoir eu le plaisir de faire votre connaissance, mais j'espère dans une autre occasion être plus heureux. Actuellement toute l’affaire de Naples est arrangée et M. de Maupas est retourné tranquillement à son poste après avoir passé huit jours à Rome *.

« Veuillez, je vous prie, présenter mes respects à mon oncle Jérôme.

« Maman me charge de vous faire ses compliments, ainsi qu’à Mm<! la baronne du Casse, à laquelle je vous prie de bien vouloir présenter mes hommages.

1 M. de Maupas était bien retourné à Naples, mais il y trouva l’ordre de rentrer en France, tant sa conduite avait été trouvée ridicule dans cette circonstance. Il a gardé làdessus un silence prudent, dans ses Mémoires,

« Croyez, je vous prie, à mes sentiments de sincère amitié et de parfaite estime.

« Votre bien affectionné :

« Joseph-Napoléon Bonaparte. »

Lorsque l’impression des dix volumes des Mémoires du roi Joseph fut terminée, ayant reçu des documents sur les traités de Mortefontaine, de Lunéville et d'Amiens dont le frère aîné de Napoléon avait été le négociateur et qu’il avait conclus avec sagacité et intelligence, je me décidai à utiliser ces matériaux et rédigeai trois xmlumes qui sont, en quelque sorte, un complément aux Mémoires de l’ancien roi. Puis, une idée, malheureuse pour mes intérêts, me passa par la tête : ce fut de faire faire par un habile dessinateur du dépôt de la guerre nommé Yung, père du général actuel et simple employé au ministère, artiste du plus grand mérite, un album de vingt planches pour les Mémoires du roi Joseph. Yung me livra vingt batailles que je lui demandai, dont je lui donnai le libellé.

DU ItOI JEROME

Je les fis graver par un artiste de mérite, Rouargue et je les proposai à Perrotin.

Ce dernier, ne voyant pas là une bonne entreprise commerciale, refusa de prendre la dépense à sa charge. Elle resta à la mienne. On vendit très peu de cet album, qui me coûta fort cher et m'enleva une partie des bénéfices de l’ouvrage.

Le bon Mailliard m’ayant assuré que le prince Joseph de Musignano avaiL encore, à Rome, dans le lot qui lui venait de l’héritage du roi Joseph, des papiers de la plus haute importance historique, je le priai de m’en donner le détail que voici :

Onze volumes manuscrits des campagnes d’Egypte et de Syrie ;

Treize des campagnes d’Italie ;

Vingt-trois de celles d’Italie et d’Allemagne ;

Une liasse de quarante-trois lettres de Napoléon au cardinal Fcsch (dont vingt-deux seulement m'avaient été envoyées) ;

Une liasse de quatorze lettres de différents souverains à l’Empereur Napoléon Ier, liasse

renfermant sept lettres du pape au cardinal ;

Une liasse de lettres du cardinal Fescli à divers personnages ;

Enfin trois autres liasses de copies,

Le tout venu de Sainte-Hélène à la mort de l'Empereur.

— Je suis convaincu, médit Mailliard, que si vous alliez vous-même à Rome, le prince vous confierait ce précieux dépôt.

Pensant que d’aussi importants documents seraient de la plus grande utilité pour le dépôt de la guerre et ses archives, je me décidai à voir le ministre et à lui faire la proposition de me rendre à Rome dans le but de tenter l’aventure.

Malheureusement le portefeuille était alors aux mains du grossier et égoïste maréchal Vaillant, qui refusa dcjne donner un congé et une indemnité de route pour me rendre en Italie.

Plus tard, on voulut faire venir ces papiers. Le prince de Musignano refusa de s’en dessaisir. J’étais le seul homme auquel il les eût accordés. Nous eûmes aussi, Mailliard et moi, de lo £ \

gués conversations, relativement aux lettres des souverains vendues en Angleterre aux ambassadeurs de Russie et d’Autriche, et dont une copie a été dérobée en 1815 au roi Joseph.

Dans un gros volume publié par moi en 1 883 1 , j’ai essayé de suivre la trace de cette précieuse correspondance dont les originaux sont probablement détruits, mais dont la copie authentique se retrouvera peut-être un jour.

' Les rois frères de Napoléon /", page 72 el suivantes.

Page 1