MADAME GIRARD
La vie du général Girard, le héros de Lutzen et de Ligny, est trop connue pour que je la retrace; mon fils a d’ailleurs écrit sur lui un joli petit volume, Le Volontaire de 93, général du premier Empire , adopté par les bibliothèques de garnison et aujourd’hui épuisé.
Quelques mots seulement sur ma belle-mère, la duchesse de Ligny, morte en 1836, avant mon mariage avec sa plus jeune fille.
Mme Girard, que le jeune officier avait connu à Ancône, était une des plus belles personnes de l'Italie. On l'avait surnommée la Perla. Femme de beaucoup d’esprit, elle était fort estimée, mais peu aimée de Napoléon, qui n’exer-
çait pas sur elle la fascination qu'il cherchait à produire sur tout le monde . En voici un exemple.
Au moment du divorce, Napoléon s'étant permis de dire en italien à la baronne Girard, en souriant :
— Eh bien ! belle Perla, on dit que le général veut divorcer.
— Sire, lui répondit-elle très haut en français, le mauvais exemple est contagieux, mais le général est trop honnête pour le suivre.
Parole sanglante que Napoléon ne crut pas devoir relever.
Mme Girard recevait dans son salon tous les beaux esprits de l’époque impériale.
Lorsque Saint-Victor fit paraître son poème de Y Espérance qu’il dédia à la baronne, celle-ci lui écrivit :
De votre ouvrage la candeur,
Le sentiment et l’élégance,
Portent bien l’empreinte du cœur,
Et le cachet de l’espérance.
Saint-Victor lui répondit immédiatement :
Bien mieux qu’à moi, belle au parler si doux, L’espérance vous est connue,
Car mille l'ois vous l’avez vue,
Avec l’amour, tomber à vos genoux.
Un autre poète, en lui envoyant un bouquet de roses pour le jour de sa fête, y joignit ces jolis vers :
Daigne accepter cette rose nouvelle ;
On nous dit que la rose, un jour,
Naquit du souffle de l’amour;
Que le tien la rende plus belle Et puisses-tu. dans l'âge du bonheur,
Dont elle est l’image fidèle,
N’avoir que des plaisirs purs comme sa fraîcheur, Des chagrins passagers comme elle.