‹ Souvenirs d'un Aide de Camp du roi JérômeChapitre 8 sur 27 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

La maison militaire du vieux roi Jérome se composait alors, du chef d’escadron de cavalerie Damas, premier aide de camp ; du capitaine de La Barre, de l'état-major, aide de camp ; du jeune lieutenant d’infanterie Abbatucci, officier d’ordonnance.

Damas, homme d’une quarantaine d’années, était le fils d’un général westplialien tué à la bataille de la Moscowa en 1812. Le roi Jérôme s’était chargé de l’éducation du fils entré alors dans ses pages. Passé plus tard en France et devenu officier de cavalerie, Damas était un grand et beau garçon qui avait épousé une fort jolie femme d’une condition assez peu élevée, dont il s’était amouraché dans une de

ses garnisons. Le roi Jérôme, heureux de retrouver son ancien page, l’avait pris pour premier aide de camp. Le commandant logeait aux Invalides et était en outre le factotum , l’homme de confiance de l'ancien roi redevenu général de division et gouverneur des Invalides.

De La Barre avait été pris par le prince je ne sais trop comment. .C’était un brave garçon, mon ami d’enfance, l’élève avec lequel j'avais été le plus intimement lié aux écoles de la Flèche, de Saint-Cyr et d’état-major, gai, spirituel, très étourdi, instruit, ayant une mémoire prodigieuse, mais disant un peu trop à tort et à travers ce qui lui passait par la tête. 11 avait épousé récemment à Evreux, où il avait été aide de camp du beau général de Brack, une veuve assez riche, qui avait une fille de seize ans fort jolie. Depuis son mariage, il était devenu de simple et sans ostentions passablement ridicule, ne parlant que de ses voitures et de ses chevaux. 11 eut la maladresse de raconter que Jérôme avait voulu lui emprunter de l’argent, — ce qui était possible — ; le roi le

sut, lui tendit un piège. Il y tomba. Il fut remplacé, entra au ministère de la guerre, partit pour l'Orient et mourut du choléra à l'expédition de la Dobrutscha.

Le jeune Abbatucci, fils du futur garde des sceaux de Napoléon III, était un officier sortant de Saint-Cyr et qui devait avoir un avancement rapide et mérité. Il est mort en 1880, général de division. Son père avait, été longtemps employé par les Bonaparte et par Jérôme, pendant leur exil. 11 avait été en quelque sorte l’homme d’affaires de ce dernier. Abbatucci, traité un peu comme un enfant, quoi qu’il fût déjà d’un caractère sérieux, ne resta pas longtemps dans la maison de Jérôme, heureusement pour lui.

A cette époque, le vieux roi était fort pauvre, puisqu’il était réduit à son traitement de gouverneur des Invalides (45 mille francs), et qu'il avait des dettes nombreuses. Son fils ayant été envoyé ambassadeur en Espagne, puis rappelé presque immédiatement, attendu qu’il avait rendu son séjour impossible à la cour de

SOUVENIRS n UN AIDE DE CAMP

Madrid, — son füs était réduit à une pension de trente mille francs que lui faisait son oncle le roi de Wurtemberg. Encore ne sut-il pas garder longtemps cette pension, car ses opinions ridiculement avancées l’ayant porté à écrire au roi son oncle et à signer le citoyen Bonaparte , le souverain du Wurtemberg supprima la pension en faisanL spirituellement écrire à son neveu qu’un démocrate de son espèce ne pouvait accepter l’argent d’un tyran comme lui.

Le roi Jérôme avait encore une pension de 40 mille francs, que sa fille, la princesse Mathilde, lui servait par ordre de l’empereur de Russie, sur les 200 mille que le comte Démidoff, mari de la belle princesse, lui faisait.

Malgré cette mince fortune princière, la maison de Jérôme était montée sur un pied confortable, au point de vue, surtout, de la vie animale, car le prince Napoléon, qui dînait tous les jours avec son père (ainsi que l'officier de service) était très gourmand.

Mais je reviens à mon entrée auprès du roi Jérôme. Je remplaçais le jeune lieutenant

David, fils du vieux roi qu’il avait eu de la femme du peintre de ce nom, fort belle personne, circassienne, je crois.

David avait été envoyé en Afrique sur les instigations du prince Napoléon qui, ayant su que cet enfant naturel de son père, avait des relations intimes avec la jolie Augustine Brolian, des Français, avait par jalousie persuadé au roi qu'il était plus avantageux pour David d’entrer dans un régiment en Algérie.

David, le baron Jérôme David, orateur de mérite, joua par la suite un rôle politique.

Sur le désir du prince Jérôme de me prendre auprès de sa personne, le général d’Hautpoul s’inclina respectueusement et rentra à son ministère, d’où l'on s’empressa de m’expédier mon ordre chez moi, sans le faire passer par le directeur du dépôt.

Le roi me fit appeler, et m’engagea à me rendre chez le général Pélet pour l’aviser de ma nouvelle position. Le général me refusa la porte de son cabinet; j’insistai ; il me fil dire qu'il recevait le samedi. Je revins aux Invalides,

car j'étais invité à dîner chez son Altesse impériale.

Le soir, le général Pélet vint faire sa conr au vieux roi. qui le prévint qu'il m’avait pris pour aide de camp.

— M. le capitaine du Casse, dit le directeur du dépôt de la guerre d’un air piqué, aurait pu me prévenir.

— Sans doute, reprend le roi, et il m’appelle pour me faire un reproche.

J’expliquai alors ce qui avait eu lieu dans la journée.

— Je pensais bien que la faute n’était pas à du Casse.

Devenu aide de camp du roi Jérôme, fort bien vu de lui et de son fils, je continuai mon travail, et au bout de quelques mois, je leur présentai deux volumes et un atlas des places fortes de la Silésie. Le texte avait paru dans la revue de Corréard, comme mon ouvrage précédent.

Les deux volumes furent envoyés par le roi à plusieurs grands établissements publics de

]a France, et à la plupart des souverains de l’Europe.

Telle est l’histoire de mon second ouvrage historique, pour la rédaction duquel je fus aidé par les conseils précieux du prince Napoléon, par les documents que me fournirent en dehors de ceux du roi Jérôme, le dépôt de la guerre et le dépôt des fortifications, et par les pièces que conservaient dans leurs archives particulières le vieux général de Pernetty, ancien commandant en chef de l’artillerie du 9e corps en Silésie, et les fils du général Hédouville chef d’état-major du roi pendant cette campagne de I 80G-1807.

Plus j'écrivais, plus je trouvais de charme à occuper mes loisirs (et ils étaient nombreux), à des recherches historiques. Le prince Napoléon, satisfait de mon ouvrage sur la Silésie, engagea son père à me confier les matériaux qu il avait sur les commencements de la campagne de 1812, où le roi avait été investi du commandement de l’aile droite de la grande armée (soixante mille hommes). Le gouver-

neur des Invalides me proposa d’écrire celte relation.

Je fus un instant un peu contrarié de cette ouverture. J’avais lu les ouvrages traitant de la guerre de Russie, et tous blâmaient Jérôme d’avoir abandonné son armée par amour-propre froissé. Donner tort au prince, qui me confiait en quelque sorte le soin de le réhabiliter aux yeux de l’histoire, faire chorus avec les détracteurs, je ne le pouvais pas ; écrire des choses que je ne pensais pas, tronquer la vérité ou même la dissimuler, je ne le voulais pas. Que faire ? je songeai avant tout à gagner du temps, quitte à exposer mes motifs de refus aux deux princes, lorsque j’aurais étudié à fond la question. Je demandai donc au roi Jérôme de me confier tous les papiers relatifs à la campagne de 1812, encore entre ses mains, je complétai mes documents au dépôt de la guerre, comme je l’avais fait pour mes ouvrages précédents et je me mis à étudier avec soin les opérations du roi au commencement de la campagne de 1812, contre Bagration, sa con-

DU KOI JÉKOME

duite, celle de Davout. De cette étude jaillit pour moi la preuve évidente :

1° Que Napoléon, en confiant, en 1812, à son jeune frère, l'important commandement de l'aile droite, composée de trois corps d’armée, dans lesquels entraient tous les régiments polonais, et qui devait opérer dans le grand-duché de Varsovie contre Bagration, avait eu primitivement la pensée secrète de reconstituer le royaume de Pologne et de donner cette couronne à Jérôme;

2° Que, contraint ensuite de renoncer à ce premier projet en reconnaissant les difficultés que lui imposeraient les dissensions intestines du pays, il avait désiré enlever à son jeune frère un commandement peut-être au-dessus de ses moyens. Or, connaissant l'amour-propre de Jérôme, il n’avait pas mis en doute qu'en le plaçant sous les ordres d'un de ses maréchaux, et surtout sous ceux du grossier Davout, qui le détestait, il forcerait le prince à abandonner lui-même la partie 1 ;

1 Le maréchal Davout, ducd’Auerstaedt, prince d’Eckmiihl, u des plus brillants et des plus habiles lieutenants de

SOU VEN 1 RS d’un AIDE UE CAMP

3n Que les premières opérations exécutées par Jérôme à la tête de l'aile droite avaient été prudentes, sages et heureuses et les quelques reproches de l'Empereur assez injustes;

4° Que la prise de possession du commandement en chef par Davout, d'ailleurs intempestive (comme l’Empereur lui-même l'avait reconnu par sa lettre à Berthier en date du 20 juillet M, exigée brutalement du jeune roi

Napoléon Ier, homme d’un caractère dur, avait un frère cadet dont le fils est aujourd'hui un de nos meilleurs divisionnaires et qui a relevé le titre de duc d’Auerstaedt. Ce frère du maréchal Davout du premier Empire, étant dans la garde consulaireavecJérôme, comme lui à peineàgé de dix-sept ans, eut avec le futur roi de Westphalie une discussion à la suite de laquelle ils se battirent au pistolet d’arçon, sans témoins, au bois de Vincennes, assis et ayant chacun un paquet de cartouches à sa portée. Jérôme fut blessé; le premier consul, furieux, leur fit quitter la garde consulaire. Davout n'oublia et ne pardonna jamais à Jérôme ce duel, cause de la disgrâce de son frère. 11 se montra en toute circonstance han tain, désagréable avec Jérôme, surtout en 1812 en Russie, et en 1813 en Westphalie.

Voici la lettre de l’Empereur à Berthier :

« Gloubokoë, 20 juillet 1812.

« Mon cousin, écrivez au prince d’Eckmühl que je ne puis être satisfait de la conduite qu’il a tenue envers le roi de Westphalie; que je ne lui avais donné le commandement

DU KOI .IIÎROME

de Westphalie, avait choqué ce dernier, l’avait, en quelque sorte, contraint de quitter l’armée et que tout autre, à sa place, eût agi de même. .

Ceci bien reconnu par moi, je n'hésitai plus à rédiger un nouveau volume que j'intitulai : Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1 812 ea Russie.

Ce volume parut d’abord dans les colonnes Au Spectateur militaire, tiré à cinq cents exem-

que dans le cas où la réunion ayant eu lieu et les deux années étant sur le champ de bataille, un commandant eût été nécessaire; qu’au lieu de cela, il a fait connaître cet ordre avant que la réunion fût opérée et lorsqu’à peine il communiquait par quelques postes; qu’après avoir fait cela et après avoir appris que le roi de Westphalie s’était retiré, il devait conserver la direction et envoyer des ordres au prince Poniatowski; que je ne sais plus aujourd’hui comment va ma droite; que je lui avais donné une preuve de la grande confiance que j’ai en lui et qu’il me semble qu’il ne s’en est pas tiré convenablement; que puisqu’il avait pris le commandement, il devait le garder; mais qu'il eût mieux fait de ne pas le prendre, puisqu’il n’était pas réuni au roi; qu’à présent je suis éloigné, j’ignore ce qui se passe surma droite; que mes affaires souffrent, tandis que, s’il avait écrit au prince Poniatowski que le roi ayant quitté le commandement, il lui donnait une direction, mes affaires n’auraient pas souffert. Sur ce, etc...

SOUVENIRS It’lIN AIDE DE CAMP

plaires, et fut bientôt suivi d’une forte brochure de 150 pages intitulée : Les Erreurs militaires de M. de Lamartine , et en sous-titre : Examen critique de son « Histoire de la Restauration » .

Dans cette brochure, pour laquelle j’avais obtenu du ministre de la guerre, comme pour mes autres ouvrages historiques, l’autorisation de signer, je m’attachai à réfuter les fautes grossières au point de vue de la vérité et de l’histoire commises par l’éminent poète, déplorable et peu consciencieux historien selon moi.

L'ouvrage parut aussi dans le Spectateur militaire. Une fois en volume, j’en envoyai des exemplaires à tous les journaux du gouvernement, pensant que j’obtiendrais avec empressement des comptes rendus. 11 n’en fut rien; pas un seul n’en dit un mot. Fort étonné de ce silence, j’en parlai au propriétaire de la Patrie , M. de Lamarre, qui, indépendant, quoique dévoué, lui et sa famille, au futur Empereur, me confia que prière aux uns, défense aux autres avaient été faites de parler de mon

Dû KOI JÉROME

ouvrage, un arrangement à l’amiable étant intervenu entre un haut personnage et l’auteur des Girondins , pour que de part et d’autre le silence se fit1.

J'envoyai mon volume sur 1812 et ma brochure sur Lamartine au général de Cubiôres avec lequel j’étais resté en très bonnes relations. J'en reçus les deux, lettres ci-dessous. La première fait allusion à sa réintégration sur les cadres de l’armée, par décision du prince-président. Celte décision, le vieux roi Jérôme avait contribué à la faire prendre à son neveu après le coup d'Etat du 2 décembre 1852.

« Paris, le 16 septembre 1 852 .

« Mon cher du Casse, ce matin même on m’a apporte de la campagne votre bonne et aimable lettre écrite à l'occasion du premier événement heureux qui me soit arrivé depuis longtemps et dont je vous remercie du fond de mon cœur, brisé par tous les malheurs qui

1 Ce haut personnage était le futur Empereur.

SOUVENIRS d'un AIDE DE CAMÎ>

ont fondu sur ma famille et sur moi; le plus cruel, hélas 1 car il est irréparable, c’est la perte du dernier des deux fils qui me restaient. Déjà lieutenant, quoique bien jeune encore, et décorée par suite de la bravoure téméraire qu’il déploya à Paris, dans les affaires de Juin, il a mis fin en Afrique à ses jours et à ses souffrances dans un affreux accès de fièvre chaude. Sa malheureuse mère faillit mourir de douleur, elle est encore languissante et ne se remettra jamais d’un pareil coup.

« Parmi les nombreuses fécilitations qui m’arrivent de toutes parts, j’aime à compter les vôtres, et ce que vous me dites delà satisfaction qu’on a ressentie au Luxembourg1, ce dont je ne pouvais douter d’après la bienveillance que le prince Jérôme me conservait en souvenir des combats auxquels je pris part sous ses ordres en 1815. Je me suis présenté deux fois au petit Luxembourg pour lui présenter mes hommages, je vais demander une audience,

4 Le prince Jérôme habitait alors le petit Luxembourg comme président du Sénat.

L)U KOI JÉROME

car je tiens à le voir et à le remercier avant de retourner dans ma solitude. Je ne l'ai quittée que pour venir remercier l’auteur de ma résurrection et suivre l’effet rétroactif du décret qui me rend tout ce dont on m’avait privé.

« Je fais trop dé cas de ce que vous écrivez pour ne pas accepter avec empressement ceux de vos ouvrages que m’indique votre leLtre. Je vais faire rechercher dans le même but les numéros du Spectateur ; envovez-moi vos livres rue Blanche, 38, où je suis descendu. Je voudrais bien vous trouver pour dîner ensemble un jour où vous seriez libre. Sicard1 ira en causer avec vous.

« Mille amitiés.

« Général Cubières. »

Voici l’histoire de la fin tragique du jeune de Cubières, racontée un peu inexactement dans cette lettre.

Se trouvant à Oran, au 11e léger, où il était lieutenant et décoré, il eut à table une discus-

1 Alors intendant militaire aux Invalides, ami du général.

sion violente avec un de ses camarades qui eut l’infamie de faire allusion à la condamnation inique du général son père. Lejeune Despans de Cubières le provoqua en duel, déclarant qu’un des deux resterait mort sur le terrain.

Les officiers du régiment, indignés de la conduite de l’adversaire de Cubières, déclarèrent que le duel ne pouvait avoir lieu, qu’il ne pouvait se battre avec un lâche dont l’expulsion du régiment déshonoré par lui, serait exigée.

De Cubières, désolé de ne pouvoir se venger et venger son père, rentra chez lui et se fit sauter la cervelle.

La seconde lettre du général a trait à ma brochure De l’Examen critique de F Histoire de Lamartine , et à mon volume sur la campagne de 1812. La dernière phrase de cette seconde lettre que voici est curieuse :

« Paris, le 22 décembre 1853.

« Mon cher du Casse, je vous remercie de vos livres que je me suis mis à lire sans perdre de

temps; ce que j’en connais m'a fait grand plaisir; je loue la clarté de votre style et la netteté de votre discussion. J’appelle des tléaux, les hommes qui écrivent l'histoire à tort et à travers, pour faire de l'effet, pour remplir à jour fixe le nombre de pages sur lesquelles l’éditeur leur a fait des avances, comme Lamartine dans ses Girondins, tissu de mensonges où percent les mauvais sentiments de son cœur, et dans le livre que vous réfutez avec tant de force et de raison.

« Je ne sais si je vous ai donné le volume de mes discours recueillis par deux anciens officiers.

« Je connaissais à peu près les mauvais procédés de Davoutpour le roi de Westphalie, mais il est à propos que le public d’aujourd’hui soit mieux éclairé que nous l’étions à l’époque de la campagne de Russie. Ce maréchal avait de grandes qualités, mais il s’est fait détester en tous lieux par ses tracasseries, sa police inquisitoriale et ses mauvaises manières. Ceci me fait souvenir que Bernadotte, outré de ce (pie le

maréchal Davout faisait ouvrir par sa police les lettres qu’il recevait de Paris, me disait un jour à Hambourg où j’avais été envoyé par le prince d’Eckmühl : « Dites à votre maréchal que je lui couperai la figure à coups de cravache la première fois que je le rencontrerai. »

« Youlez-vous dîner avec moi après-demain? Six: heures, à la taverne de la Chaussée-d’Antin, n° 3. Le premier venu attendra l’autre.

« Mille amitiés.

« Général Cubières « 38, rue Blanche. »

Voici d’autres lettres qui me furent écrites à propos de mes premiers ouvrages historiques.

La première est de l’économiste Blanqui, le frère du trop fameux Blanqui. Il me l’écrivit à propos de ma brochure sur l’ouvrage de Lamartine.

Blanqui était très bonapartiste ; il venait souvent dîner aux Invalides chez le prince Jérôme et accompagna le vieux roi dans le voyage qu’il fit à Concarneau et sur les côtes de Bretagne.

I)U KOI JÉROME

« Mon cher Capitaine,

« J’espérais toujours aller vous remercier aux Invalides du plaisir que m’a fait la lecture de votre excellent travail sur les erreurs militaires de M. de Lamartine. Mais ma santé s'est tellement dérangée que je suis forcé de faire trêve aux visites si agréables pour moi, de votre quartier général.

« Cependant, je ne veux pas vous laisser ignorer avec quel plaisir j’ai lu et relu cette réfutation si nette, si lucide, si écrasante des aberrations de notre poète dévoyé. Vous comprendrez sans peine aussi mon émotion, quand je vous aurai dit que les premiers coups de canon que j’ai entendu tirer sont ceux qui célébraient les victoires de Champaubert, de Montmirail, de Craone, pendant cette héroïque campagne de 1814, et que j’ai eu le malheur de voir rentrer dans Paris les ambulances qui nous rapportaient nos glorieux mutilés de Waterloo sur de la paille ensanglantée. J’ai vu

SOUVENIRS o’tlN AIDE DE CAMP

aussi ces coquins de parlementaires de l’époque qui allaient destituer l'empereur à l’Elysée. Je vois encore tout humides sur les murs les pro clamations que vous avez citées, et je vous remercie d’avoir griffé de votre plume les parlementaires de ce temps qui ressuscitent dans le nôtre. Votre plume a fait fonction d'épée.

« Ma conclusion, cher capitaine, est que vous ne devez pas en rester là et qu'il vous faut aborder de plus vastes sujets.

« Mille amitiés.

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