‹ Souvenirs d'un auteur dramatiqueChapitre 17 sur 32 · LA FIN DU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

LA FIN DU THÉÂTRE

tiques. Il y avait les législateurs qui écrivaient des programmes magnifiques et des ouvrages misérables. Il y avait les poètes que révoltait l'éternel mariage de Théodore avec Ernestine et qui revenaient toujours à la comédie italienne. Il y avait les fumistes aussi qui recommençaient Montépin •en se recommandant de Shakespeare. Les malheureux 1 Ils justifiaient les directions de théâtre et donnaient raison à Sarcey !

Dans les services de toute sorte qu'Antoine a rendus à l'art dramatique, il en est un qui n'a pas été remarqué jusqu'ici. Antoine nous a débarrassés des charlatans. « Un « théâtre, qu'on nous donne un théâtre, s'écriaient-ils, une « maison qui soit à nous. Mythes et symboles, poèmes « d'au delà, études de mœurs, satire politique, tout y pas- « sera, tout. Nous irons de la fantaisie étincelante des ri- » meurs jusqu'aux déformations si suggestives des clowns.» Eh bien ! ils l'ont eu, leur théâtre ; ils ont trouvé dans la même personne un directeur et un interprète ; ils lui ont apporté deux ou trois ours et on ne les a jamais revus.

Lorsque le Théâtre-Libre, il y a sept ans environ, dans son spectacle d'ouverture, donnait Monsieur Lamblin^ oui, Monsieur Lamblin, un petit acte, pas davantage, toutes les théories et toutes les hâbleries recevaient, ce soir-là, le •coup mortel. Après Ancey venait Jullien ; après JuUien venait Wolf ; et après eux Lavedan, Gramont, Brieux, Fèvre, Salandri, Hennique, Porto-Riche, Boniface, de Curel, tous •les autres. Le monde théâtral était repeuplé et la vieille scène française, délivrée enfin des crocodiles qui depuis plus de trente ans pleuraient sur elle, retrouvait de véritables auteurs dramatiques. En avant maintenant, mes enfants! Ne "VOUS plaignez jamais, c'est complètement inutile. Ne vous découragez pas surtout, vous le regretteriez plus tard. Vous "êtes dans le champ et il est libre, passez-nous sur le corps.

Les Professeurs au Théâtre

Les Professeurs au Théâtre

Je ne sais pas si l'Université formera un jour des auteurs dramatiques ; en attendant, et pour tout ce qui concerne le théâtre, c'est bien à elle qu'il faut s'adresser. Grands et petits travaux ; éditions, publications, compilations; principes d'esthétique et chroniques courantes, l'Université fournit tout cela et ne fournit guère autre chose. Si le fameux Roilin revenait aujourd'hui, il n'écrirait plus son Traité des études; il nous donnerait des Commentaires sur Labiche ■accompagnés d'un lexique.

Je ne veux pas dire, bien loin de là, que nos professeurs, lorsqu'ils traitent de matières dramatiques^ ne restent pas professeurs. On ne change pas d'habit si facilement. Ils ont de la doctrine et savent les bonnes règles. Ils ont de l'assurance, de la solidité, ce petit sourire un peu sot dont on prend l'habitude avec des écoliers. Ils se trouvent bien neufs aussi dans un monde qui n'est pas le leur et qui les impressionne malgré tout.

Weiss a écrit quelque part : « Je ne passe jamais devant les Variétés sans ressentir le frisson de la vie parisienne. » Pauvre Weiss ! Ce bel et grand esprit était un badaud par moments. Nos professeurs tiennent de leur aîné. Ceux qui sont descendus un jour sur la scène, qui ont examiné les portants et la boîte du souffleur, en gardent un long souvenir. Ils parlent bien souvent des arcanes qui leur sont connus. Lorsqu'ils se sont rencontrés avec une comédienne, si mince qu'elle soit, et qu'elle leur a ouvert la porte de sa loge, ils rappellent complaisamment ce menu détail et trouvent des mots qui trahissent leur émotion. Ils ont pénétré

dans le sanctuaire. C'est le frisson de Weiss qui les prend à leur tour. J'en connais un, et des plus graves, qui s'est risqué une fois à parler des tutus de la danse ; il n'est pasencore revenu de son effronterie.

Nos professeurs ont autre chose encore, uue sorte de critérium, qui donne bien de la force à tous leurs travaux decritique. Ils connaissent \ esprit français. Ils ont observé les qualités de la race. On peut dire sans exagération que les qualités de la race leur appartiennent ; ils en ont comme la garde et la responsabilité. Si nous prenons la gaieté par exemple, que voyons-nous? Depuis bien des années, depuis près d'un demi-siècle, la gaieté, qui est, comme on le sait peut-être, une qualité de race, est confiée entièrement à Sarcey. C'est Sarcey en quelque sorte qui en est le dépositaire. Il l'encourage, il la patronne, et bien souvent aussi il l'alimente lui-même. On peut dire à Sarcey tout ce qu'on voudra, qu'il y a gaieté et gaieté, que la sienne est vraiment trop personnelle, qu'elle va de préférence aux puérilités et aux platitudes, qu'elle descend jusqu'au pétomane : « Chœ ne fait rien^ répond Sarcey dans cette belle langue qui lui est ordinaire, cha ne fait rien pourvu que che choit de la gaieté. »

Je viens de finir un gros volume de critique, le Théâtred'hier, que nous devons tout naturellement à un professeur. M. Parigot, ai-je besoin de le dire, a le critérium ; il possède les secrets et les lois de la scène ; il est innocent et ironique.

L'auteur du Théâtre d^hier, il faut lui rendre cette justice, a bien choisi son moment. Ce grand mouvement dramatique qui débute avec la Dame aux Camélias, cette belle période, si brillante et si féconde, est arrivée à sa fin.

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