‹ Souvenirs d'un auteur dramatiqueChapitre 18 sur 32 · LES PROFESSEURS AU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

LES PROFESSEURS AU THÉÂTRE

Elle se présente aujourd'hui devant une génération nouvel-le et dont M. Parigot fait partie. Elle se prête sans doute à des considérations inattendues, à un examen presque original, à une revision tout au moins partielle. Elle a perdu ses deux plus solides appuis, les plus nécessaires aux œuvres théâtrales : la séduction des interprètes et la complicité des contemporains. Le texte seul demeure, l'inflexible texte, letexte inéluctable qui immortalise ou disparaît à son tour.

M. Parigot admire tout particulièrement Augier et lui trouve de la ressemblance avec Molière. Il apprécie surtout chez Augier l'équilibre et la mesure, la composition. Si Molière a des qualités particulières et qui sautent aux yeux, ce sont bien celles-là, n'est-ce pas? On étonnerait beaucoup- M. Parigot en lui disant que tout l'art dramatique est jus-tement dans le manque de mesure. Lorsqu'il félicite Augier de la sienne, de sa sagesse et de sa sobriété, il ressemble à un médecin qui constaterait avec joie une maladie mortelle. M. Parigot ne soupçonne pas davantage que plusieurs intrigues pour une même pièce, une quantité de fils, sinon de ficelles, réunis ensemble, c'est pauvreté et non richesse dramatique ; c'est tout bonnement l'observation insuffisanteet remplacée par le fait divers. M. Parigot analyse longuement les financiers d'Augier (Roussel, Charrier, Vernouillet), dont l'existence, de leur temps déjà, était bien précaire et qui n'ont plus un souffle de vie. Il commente sans utilité les Maréchal, les d'Estrigaud, les Sainte-Agathe, des. ombres évanouies aussitôt et oubliées pour toujours. Pendant que Molière, dans ses compositions à peine dégrossies, nous donne des types énormes et inaltérables, l'inanité des^ personnages d'Augier s'accuse tous les jours un peu plus. Ils ont beaucoup d'esprit; ils s'expriment dans un brillant langage ; on ne trouverait pas une scène où ils se soient, peints définitivement.

C'est surtout lorsqu'il parle de Dumas que M. Parigot

n'est plus maître de lui. Dans l'œuvre du grand dramaturge, la partie vaine et poncive, la partie Monte-Christo, est celle justement qu'il préfère. Madame de Terremonde trouble M. Parigot. L Etrangère le fascine. La Femme de Claude le bouleverse. Là où nous ne voyons que des poupées de mélodrame, M. Parigot trouve des Bacchantes qui l'ensorcellent et qui lui font peur. Le frisson de Weiss, chez lui, va jusque-là, jusqu'à la peur. En même temps Dumas est resté pour M. Parigot Vhomme du scalpel. Il écrira des phrases de ce genre : Ici l'auteur dramatique se double d'un operateur , 11 constate la logique partout et ne voit nulle part l'artifice. Il admire des aphorismes presque toujours insignifiants et des dénouements presque toujours postiches. On sait que Dumas, pour expliquer ses bien rares insuccès, a fait intervenir Dieu, la Bible, la chimie, le divorce, etc. ; M. Parigot écoute tout, enregistre tout et gobe tout.

Je ne dis que bien juste ce qu'il faut, on le comprend. Lorsque M. Parigot en arrive aux tentatives nouvelles, lorsqu'il passe du théâtre qui finit à celui qui commence, il change de ton aussitôt. Allons donc, les voilà qui défilent tous les clichés que nous connaissons depuis dix ans. Voilà la tranche de vie, la tranche de vie saignante qui amuse encore M. Parigot. Voilà /^ réalisme de parade. Voilà le pessimisme naïf et superficiel. Ne demandez maintenant à M. Parigot ni attention ni émotion. Il ne frissonne plus. Le temps des Bacchantes est passé. Et ce n'est pas tout. M. Parigot se souvient alors des qualités de la race. Il essuie son critérium et le consulte. Il emprunte la gaieté k Sarcey et nous donne le coup de grâce avec elle.

Il est clair que M. Parigot ne sait pas ce qui se passe. Il est jeune et il a des cheveux blancs. Il fait de la critique avec de la critique déjà faite. Nous attendions de l'imprévu et du risqué, de la verve, du feu, des coups, un torrent,

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