‹ Souvenirs d'un auteur dramatiqueChapitre 21 sur 32 · LEUR SACERDOCE · texte numérisé non relu

LEUR SACERDOCE

■pas seulement la mienne; je l'ai entendue et recueillie un peu partout. La critique ne ferait pas mal de se reposer ■pendant quelque temps. Qu'elle ralentisse ses ardeurs et ses publications. On en est rassasié, hébété, excédé. Je sais très bien, comme nous le disent ces messieurs, que Y Investigation (une investigation dans tous les sens, de haut en bas et de long en large) domine la seconde moitié de ce ■siècle; elle devient tous les jours plus fatigante et plus mesquine, votre investigation. Nous périssons sous les bouts de papier.

L'Académie, je suis bien obligé de le dire, est pour beaucoup dans ce mouvement ridicule. Elle devrait prendre garde avant de couronner comme elle le fait tous les Profils littéraires et toutes les Recherches psychologiques. L'Académie est beaucoup plus coupable qu'elle ne le croit. D'abord elle détourne de leur voie naturelle, de l'Université le plus souvent, une quantité de bons esprits, qui ne sont pas bons el qui n'ont pas d'esprit, qui ont lu Sainte-Beuve, Taine, deux ou trois autres, et qui vivent sur leurs éplu- •chures.

Ça ramasse un cheveu de Benjamin Constant!

En second lieu, l'Académie encourage tout un ordre de productions médiocres, prétentieuses, aigrelettes, et qu'on .pourrait appeler la Littérature stérile.

La Vieille Critique

La Vieille Critique

J'hésite à parler de Sarcey. C'est trop tôt, je le sens bien. Kous sommes tenus pour quelque temps encore de garder notre sérieux. Mais que voulez vous ? Sarcey vient de trouver une réforme, une réforme si imprévue, si réjouissante, ■et disons le mot, si canaille, qu'il faut bien s'y arrêter.

On connaît les habitudes de Sarcey. Lorsque l'été arrive ■et que les théâtres ont fermé leurs portes, Sarcey traite des questions. 11 fait une campagne. On n'a pas oublié toutes les campagnes entreprises par Sarcey avec ce sérieux •dans l'inutile et cette importance dans la niaiserie qui constituent bien certainement la partie la plus solide de son talent. L'heure du dîner ^ la fin de l'opérette^ V inconvénient ■des étoiles^ sont des sujets que Sarcey seul a abordés et qu'il faut joindre à son Traité du quiproquo. Cette fois, il s'agit de bien autre chose. C'est toute une révolution que Sarcey voudrait apporter dans notre vie théâtrale.

L'art dramatique, tout le monde est d'accord sur ce point, passe un moment difficile. Sarcey, que ce malaise préoccupe bien sincèrement, en a cherché la raison. Il a interrogé des personnes compétentes ; le contrôleur du Théâtre- Français d'abord, deux régisseurs dont il avait apprécié maintes fois le bon esprit, un chef de claque et une élève du Conservatoire. Bref, Sarcey est arrivé à cette conviction. Si le théâtre est en péril et menace de disparaître, la faute en est à la critique telle qu'elle s'exerce aujourd'hui. Les journaux ont considérablement augmenté ; chaque

journal envoie aux premières représentations plusieurs rédacteurs ; ces messieurs sont pour la plupart des blagueurs,. Sarcey ne dit pas le mot mais il le pense, sur qui les meilleurs quiproquos n'ont plus de prise ; dans ces conditions, avec ce public de décadence, il est absolument impossibleà une pièce de réussir et de se prolonger bien longtemps.

Quand Sarcey a fait une découverte de cette force-là, il n'est pas maître de se taire ; on ne peut plus l'arrêter. Son indépendance est bien connue ; sa résolution dépasse encore son indépendance. Il s'est adressé aux directeurs dethéâtre et leur a tenu ce langage : « Ces premières représentations qui étaient autrefois triées sur le volet et auxquelles je dois tout ce que j'ai de distinction, sont devenues misérables ; supprimez-les. Supprimez cette critique, livrée maintenant à des barbares, après avoir été, Dieu le sait, si élevée et si délicate entre mes mains. N'hésitez pas. Supprimez mes nouveaux confrères et flanquez-les à la porte. » Pour un rien et s'il s'était agi de politique, Sarcey aurait repris le mot célèbre : « Fusillez-moi tous ces gens-là ! »

Les campagnes de Sarcey, est-il besoin de le dire, n'ont servi à rien du tout. Elles l'ont rendu un peu plus ridicule, si c'est possible. Sarcey a massacré mille fois l'opérette et mille fois il en a prédit la fin. Or, l'opérette, de toutes les. formes de nos pièces de théâtre, est celle justement qui a le mieux résisté. Sarcey a adjuré la haute société parisienne, Q.^i\.ç, gentry ^ comme il dit ironiquement, qui donne le ton, d'avancer l'heure de son dîner ; autrefois on se mettait à table à sept heures ; on s'y met maintenant à huit ; c'est tout ce que Sarcey a obtenu. Quant à ces maudites étoiles, auxquelles Sarcey s'est attaqué si souvent, (il est comme le

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