LA VIEILLE CRITIQUE
à la fois ? On a dit de Sarcey, avec une image assez saisissante : « Mettez-le sur l'Obélisque, il enverra de la copie. » A l'heure qu'il est, Paris et les départements ne lui suffisent plus. Il vient d'entreprendre l'exportation. Il fournit jusqu'à l'Amérique du Sud. Il a commencé par l'auvergnat, et il finft par le nègre.
Candidats Académiques
Candidats Académiques
Je me suis présenté autrefois à l'Académie et je ne le regrette pas. J'ai fait alors une trentaine de visites qui m'ont laissé un très aimable souvenir. On s'est moqué bien souvent de ces visites qu'un vieil usage impose aux candidats; de loin, elles paraissent pénibles et humiliantes; elles constituent au contraire, pour peu qu'on y apporte de la bonne humeur, le passe-temps le plus rare et le plus délicat.
La politesse, il est peut-être bon de le dire^ et une politesse méticuleuse, est devenue pour nos académiciens de règle absolue. Les frasques à la Royer-Collard sont tout à fait passées de mode. On sait du reste que Royer-Collard s'est toujours défendu d'avoir brusqué un grand poète qui était en même temps un grand sot. On peut dire que les plus illustres personnages, les hommes les plus en vue par leur valeur personnelle ou leur importance sociale, reçoivent les candidats comme des collègues de demain, ceux-ci ne devraient-ils jamais le devenir. S'il y avait encore aujourd'hui quelque incartade à redouter, elle viendrait de deux ou trois parvenus de lettres, des petites gens.
Le charme tout particulier du voyage académique, lorsque le candidat, je le répète, a conservé quelque empire sur lui-même, c'est justement d'approcher tant d'esprits et tant d'existences si différentes. La lanterne magique, c'en est bien une, ne laisse rien à désirer. L'homme et le décor, les idées et les habitudes, changent tout naturellement
chaque fois et fournissent une matière inépuisable de ré« flexions. Il ne s'agit pas, bien entendu, de faire l'observateur ; de regarder dans les coins et sous les meubles; de prendre des notes ; cette préoccupation serait d'un goût détestable. Le spectacle, d'ailleurs, s'offre de lui-même; on en jouit discrètement, dans toute sa variété et tous ses contrastes. En vérité, lorsqu'on revient de ces visites, on ne s'étonne plus qu'un candidat échoue ; on s'étonne qu'il réussisse. C'est le pour et le contre, le blanc et le noir, toutes les hostilités réunies dont il lui faut triompher.
L'Académie n'a pas perdu de son prestige, pour les candidats au moins. Ils augmentent tous les jours et les anciens sont débordés par les nouveaux. Lorsque la célèbre Compagnie, longtemps encore après sa fondation, était composée surtout d'hommes de cour et de personnes d'Etat, on raillait cruellement les gens de lettres qui cherchaient à en faire partie. Ils voulaient, disait-on, se frotter aux grands seigneurs et marcher de pair avec eux. L'accusation de snobisme ne date pas d'hier; nos ancêtres ne pouvaient pas y échapper. Aujourd'hui où l'aristocratie a perdu sa place partout et ne la retrouve guère que devant les tribunaux, l'Académie, il faut bien le reconnaître, n'en est pas moins recherchée. On l'aime pour elle-même, pour le titre et la consécration qu'elle donne. Les vieux républicains, qui ont flétri tant de fois ce dernier refuge de la réaction, sont les plus tentés d'y entrer. Nous les verrons, et plus tôt qu'on ne pense, se disputer les fauteuils entre eux.
Il y a, on le sait, toute une catégorie de candidats qui se trouvent portés à l'avance par la nature de leurs travaux et le choix de leurs relations. Ces privilégiés mis à part, on