CANDIDATS ACADÉMIQUES
tombe avec les autres dans la fantaisie et le ridicule. Nous avons le candidat-casse-cou qui est préoccupé de prendre d2le;\Q candidat-principe ; i\ SQ. doit à lui-même de faire cette manifestation qu'il ne renouvellera pas ; le candidat- ^aga, celui que personne ne connaît et qui tourne à l'amusette. Nous avons le candidat-martyr qui revient de deux ans en deux ans, désespérément. Il ne mange plus ; il ne dort plus; il en est malade, c'est le mot. On l'a vu après un scrutin verser des larmes. Les candidats-martyrs sont célèbres. A l'heure qu'il est, Zola en est la représentation la plus bruyante et Henry Houssaye la représentation la plus douloureuse.
Dans les différentes espèces de candidats, il en est une qui ne fait pas de bruit et que les initiés seuls connaissent : le candidat qui ne se présente pas.
Celui-là attend. Il tâte le terrain. Il ne perd pas de vue l'échiquier académique. Il voudrait que des ouvertures lui fussent faites et qu'on lui forçât la main. Ne lui demandez pas d'intriguer; il ne saurait pas intriguer. Il conviendra, si l'on veut, que son bagage n'est pas bien lourd, mais il ne compte pas sur son bagage. C'est l'homme, l'esprit général de l'homme, sa situation et ses manières, qui ne seraient pas de trop au palais Mazarin.
Le candidat qui ne se présente pas est beaucoup plus commun qu'on ne pense. S'il fallait donner des noms je n'aurais que l'embarras du choix. En désignant Bardoux, par exemple, je suis bien siir de ne pas me tromper. Bardoux, depuis plus de dix ans déjà, ne se présente pas.
Nous avons eu. sous la troisième République, beaucoup de provinciaux d'imagination, d'une imagination un peu arriérée. La politique, les affaires et les passions leur ont à peine suffi, Bardoux, plus ambitieux que les autres, y avait ajouté l'Académie. Obligé d'écrire quelque chose, il a cherché le livre à faire. Il a hésité longtemps entre M'^^ Réca-
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mier et M'"° de Beaumont. Il s'est décidé pour M™^ de Beaumont, qui était moins connue, plus touchante, et qui devait rendre son historien plus intéressant. Mais Chateaubriand est un peu oublié aujourd'hui. Les formes de l'amour, à l'x^cadémie même, ont bien changé. Bardoux est venu trop tard, lorsque l'ini^uence passait aux femmes de Gyp.
Il faudrait mentionner encore une variété très particulière et qui n'est pas la moins plaisante : le candidat de M^^^^Adam, On sait que cette excellente personne mène de front la diplomatie, l'exotisme, la charité, etc. Le candidat de M™^ Adam est à peu près certain d'obtenir une voix au premier tour.
C'est la mode et une bien vieille mode d'attaquer l'Académie. Si on regardait de près ses candidats et ses élus, on serait plus juste pour elle, L'Académie de tout temps a marché avec son temps.
Dans un article qu'il a écrit pour l'élection de Loti et où il rappelait le nihilisme de Texquis romancier, Jules Lemaître a très justement indiqué cette transformation continuelle. L'Académie devient tous les jours plus accommodante et plus moderne, presque parisienne ; elle n'a plus d'opinions du tout. Les difficultés que rencontre Zola ne signifient rien. C'est autre chose, une affaire de convenances et de répugnances. Si l'Académie avait reçu Maupassant» qui est bien autrement corrompu que Zola, et il ne tenait qu'à lui d'y entrer, elle aurait consacré, pour ainsi dire, une notable partie de la littérature actuelle, l'esprit de destruction et de perversité qui domine dans les œuvres contemporaines.
L'élection de M. Lavisse, celle de M. Sorel, ont également leur côté significatif. Elles sont dues pour une part à l'im-