BRELAN DE CONFRÈRES
vanité bouffonne lui sortaient par tous les pores. II tranchait, le malheureux ! II en était venu là, jusqu'à trancher ! Si la Commission des auteurs ne l'avait pas arrêté tout de suite, il aurait fait reprendre et défiler au Vaudeville tout son répertoire. Lorsqu'on lui parlait de quelque chose, d'une idée ou d'un plan, il ne vous écoutait qu'à moitié et comme un homme qui a mieux. Dès que vous aviez fini, il vous proposait une autre pièce, une pièce qu il avait dû faire avec Barrière. Nous sommes huit ou dix, je n'exagère pas, auxquels il a proposé des pièces qu'il avait dû faire avec Barrière.
Deslandes, je dois le dire, avait une excuse : il était complètement inconscient. 11 y avait chez lui du niais, du dadais, du vieil aveugle. Pour rien au monde, il n'aurait quitté le boulevard, la Chaussée-d'Antin ; il voulait être là, en pleine observation, dans la fournaise. Il se croyait parisien et il était des Batignolles. II était de toutes les Batignolles.
Deslandes connaissait beaucoup Sarcey, mais Sarcey, on le sait, ne plaisante pan avec son indépendance ; il éreintait régulièrement les pièces de Deslandes. « Que voulez-vous, disait-il. Deslandes est un bien brave garçon que j'aime de tout mon cœur ; pourquoi s'obstine-t-il à faire du théâtre ? Le théâtre, je ne cesserai de le répéter, est un don. Deslandes n'a pas le don. »
En prenant le Vaudeville, Deslandes engagea aussitôt M'^^ Nancy-Martel. Sarcey écrivit alors : « Je préviens les jeunes gens que toutes leurs plaintes ne me touchent guère. Qu'ils travaillent ! Qu'ils fassent une bonne pièce ! Ils ont, au Vaudeville, un homme dans lequel j'ai pleine confiance, qui est un artiste et un lettré, et l'un de nos premiers auteurs dramatiques. »
Il paraît que La Rounat avait rendu des services à la République. Je n'ai jamais su lesquels. Etait-ce d'avoir obtenu rOdéon sous l'Empire ? La Rounat répétait toujours : « La République me doit quelque chose. » On le crut et TOdéon lui fut rendu.
L'histoire de La Rounat est exactement celle de Deslandes. En quittant le XIX^ Siècle, où il faisait de la grosse critique théâtrale, La Rounat avait perdu sa dernière carte. Brûlé comme Deslandes, sans ressources comme lui, il avait besoin aussi d'une direction de théâtre pour retrouver sa suffisance et se permettre les plus folles prétentions.
Je n'ai eu que trop peu de rapports avec La Rounat pour parler de lui bien longuement. Dirai-je qu'il m'a gardé les Corbeaux pendant six mois ? Il ne voulait, ni les recevoir, ni les refuser. 11 fallut l'intervention de Jules Ferry, alors Président du conseil, pour qu'il les refusât. Grand, sec, bien planté, les cheveux en brosse et la moustache en croc, on devinait chez La Rounat des forces et une énergie extraordinaires. Il est mort d'une chute sur la glace, d'un faux pas. C'est tout-ce qu'il a fait et le seul souvenir qu'il ait laissé.
La Rounat connaissait beaucoup Sarcey ; mais Sarcey, on le sait, ne plaisante pas avec son indépendance ; il éreintait régulièrement les pièces de La Rounat. « Que voulezvous, disait-il, La Rounat est un bien brave garçon que j'aime de tout mon cœur ; pourquoi s'obstine-t-il à faire du théâtre ? Le théâtre, je ne cesserai de le répéter, est un don. La Rounat n'a pas le don. »
En prenant l'Odéon, La Rounat engagea aussitôt M"'' Nancy-Martel. Sarcey écrivit alors : « Je préviens les jeunes gens que toutes leurs plaintes ne me touchent guère. Qu'ils travaillent ! Qu'ils fassent une bonne pièce ! Ils ont, à l'Odéon, un homme dans lequel j'ai pleine confiance, qui est un artiste et un lettré, et l'un de nos premiers auteurs dramatiques. »