‹ Souvenirs d'un auteur dramatiqueChapitre 9 sur 32 · LE KLEPHTE · texte numérisé non relu

LE KLEPHTE

serviez à faire ces pièces, c'est bien ; mais que vous lui serviez aussi à faire ses interviews, c'est trop. »

Voici l'histoire du Klephte.

Un matin, vers midi, je rencontrai Abraham Dreyfus.

— J'allais aller vous voir, me dit-il.

— Pourquoi ?

— J'ai eu beaucoup d'ennuis, reprit Dreyfus assez triste- •Tnent, avec une pièce que je viens de faire. Elle est bien Tnaintenant en répétition àl'Odéon, mais vous comprenez, pour ce que rapporte une pièce en un acte à l'Odéon, je ne voudrais pas risquer un four. Je voudrais vous lire ma piètre et avoir votre opinion.

— Quand vous voudrez, lui répondis-je.

— Etes-vous libre en ce moment ? Voulez-vous venir chez moi ?

— Certainement.

Dreyfus, tout en me conduisant chez lui, me raconta les •ennuis que le Klephte lui avait causés. Il avait d'abord présenté sa pièce au Gymnase, à Victor Koning, qui l'avait trouvée mauvaise et la lui avait refusée. Dreyfus avait répondu à Koning qu'il se trompait et que sa pièce était ex- •cellente. Ces messieurs s'étaient un peu chamaillés. Finalement, ils étaient tombés d'accord pour soumettre la pièce à \in arbitre. L'arbitre choisi avait été M. Henry Meilhac. Mais Meilhac avait donné raison à Koning et déclaré que îe Klephte était manqué et injouable.

Dreyfus me lut sa pièce, que j'écoutai attentivement. J'en vis tout de suite le mérite et les défauts. Le premier tiers ■était embourbé ; les deux autres étaient difïus et longs.

Après cette première lecture, nous reprîmes la pièce scè-

ne par scène, phrase par phrase. Le premier tiers, je le répète, était embourbé, J'affirme que mon intervention, pourcette partie au moins, a été réelle et efficace. Je ne sais trop que dire du reste, et si Dreyfus a profité de mes indications.

Pendant les quatre heures que je passai avec Dreyfus, et où il voyait sa pièce se dégager, s'animer entre mes mains, c'était à tout moment de sa part des remerciements et des, flatteries que je me garderais bien de répéter.

Deux jours après, Dreyfus m'envoyait les œuvres complètes de Sully Prud'homme, pressé sans doute de liquider ma part de collaboration et de la liquider poétiquement.

De quelque manière que s'y prenne M. Dreyfus, à qui fera-t-il croire que le Klephte qu'il m'a lu, le Klephte refusépar Koning et condamné par Meilhac, est bien celui que l'on a joué à l'Odéon et repris à la Comédie-Française.

Mais j'ai autre chose à dire de plus sérieux et de plus, curieux.

Voici l'histoire d'une autre pièce de M. Abraham Dreyfus :

La Rounat, le directeur de l'Odéon, enchanté du succès, du Klephte et des sympathies que Dreyfus avait trouvées, dans la presse, lui commanda une grande pièce.

Cette nouvelle, lorque Dreyfus me l'apprit, me causa un plaisir véritable. Remarquez que nous étions des concurrents, que Dreyfus était devenu \ Espoir du théâtre et que Sarcey tous les huit jours lui prédisait les plus hautes destinées. Sarcey n'a jamais poussé et patronné que deux auteurs : Dreyfus et Gandillot.

Prenez garde, mon cher Gandillot, prenez garde !

Je ne rencontrai plus Dreyfus sans lui dire amicalement :l

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