‹ Souvenirs d'un aveugleChapitre 16 sur 90 · AA · texte numérisé non relu

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— Sur l'Evangile ?

— Oui.

— Viens chercher l'argent, et donne-moi ton esclave.

On appelle Baïbé.

— Tu ne m'appartiens plus, lui dit le menuisier; ce seigneur vient de t’acheter. É

Baibé regarde son nouveau maitre, baisse la tète, croise ses bras sur sa poitrine, se met en marche, et dit à voix basse :

— Demain je n’apparliendrai plus à personne.

Le lendemain le menuisier, en balayant le matin le devant de sa porte, y trouva un cadavre. — Baibé était libre. Le fouet du noble l'avait affranchi. Ce seigneur s'appelait Azevédo ; Azevédo, entendez-vous ?.… Je lui dis un jour, face à face, ce que je pensais de sa condui!e, et J'écris pourtant ces lignes. C’est que je m'étais pas aussi un esclave à vendre.

Eh bien! tout ce que je viens de vous raconter là, et de ces blanes et de ces noirs, a lieu sous un roi, le meilleur, le plus humain, le plus juste qui ait jamais porté un sceptre, Jean VI, père de don Pedro et de don Miguel.

Ecoutez encore : ceci est de la bonne histoire à dire à tous les princes, à tous les hommes.

1 y avait dans la rue Droite un orfévre dont la fortune s'était accrue avec une rapidité merveilleuse. Plusieurs noirs esclaves, auxquels il avait appris son état, s'étaient acquis une réputation d'adresse et d'intelligence rivale de celle de nos plus habiles joailliers; aussi les chalands arrivaient-ils à la file ; et avec eux les quadruples. Chaque année, le nombre des esclaves de l'orfévre augmentait, et tous, après un rude apprentissage où le fouet avait été le principal précepteur, restaient attachés à la maison.

Un seul, le pauvre Galoubah, jeune Mozambique de dix-neuf ans, au front déprimé, aux jambes arquées, aux mains larges comme de larges battoirs, n'avait jamais pu comprendre l'usage d'aucun outil, et encore moins le prix d’une parure. La chicote était sans pouvoir contre celte intelligence épaisse, qui voulait mais ne pouvait recevoir un rayon du dehors. Aussi son maitre, las et irrité, le faisait-il venir tous les matins devant lui, et avec une lime il lui rognait les doigts cruellement emprisonnés dans un étau : célaient des cris à briser l'âme. La main enveloppée dun vieux linge, le malheureux esclave, assis devant la porte, appelait, par ordre de son maitre, les acheteurs indécis; et tous les jours les doigts déchirés devenaient plus courts, et la douleur plus horrible. Le supplice durait depuis un mois sans que Galoubah eût jamais opposé la plus petite résistance, osé adresser la moindre prière. Souffrir et puis souffrir! il croyait que sa vie était ainsi faite, et il attendait dans le silence et la résignation. L'heure de l'opération venait de sonner, et l’étau ouvrait déjà ses dents.

— Oh! ici, dit le maitre.

Galoubah s’avance et délie le linge.

— Non, pas celte main, mais l’autre.

— 0 seigneur!

— L'autre, te dis-je !

— Pitié! piüél.…

L'esclave était tombé à genoux, et pour la première fois ses membres frissonnaient, et ses yeux dardaient des étincelles sous des larmes de sang.

-— Je crois qu'il pleure, dit le maitre en le frapant du pied.

— Non, je ne pleure pas, s’écrie l'esclave en se relevant hors de lui ; mais je tue !

Il bondit, s'empare de la lime qui l'avait si cruelle-

ment mutilé; son bras se lève, retombe, et le fer entre dans l'œil du maitre barbare, et sort tout rouge derrière la tête.

Pas un nègre n'avait bougé, pas un geste n'avait été fait pour s'opposer à la vengeance.

Galoubah était parti comme un éclair et avait pris le chemin de Saint-Christophe. En arrivant dans la grande cour du chäteau royal, il se jette à genoux le front dans la poussière ; et il crie :

— Grâce ! grâce ! grâce!

Le roi l'avait entendu, assis sur son balcon, et

avait ordonné à un de ses chambellans de faire appro-

cher le noir. Celui-ci monte quelques degrés et se traine, plutôt qu'il ne chemine, vers le monarque.

— Que veux-tu? lui dit Jean VI.

— Grâce!

— Qu'as-tu fait ?

— Je viens de tuer un homme.

— Malheureux! pourquoi?

— Voyez.

Et le noir découvre sa main mutilée,

— Qu'on panse vite cet homme, dit le roi, et qu'on me le ramène. — Où loges-tu ?

— À larue Droite.

—- Chez qui?

— Chez Ro..., orfévre.

— De quoi t'accusait-il?

— De rien. Je suis maladroit, et depuis un mois il me limait les doigts de la main gauche. Aujourd'hui il voulait commencer la droite. Je l'ai tué.

—- Qu'on envoie chercher des témoins, dit le roi.

Une voiture partit et ramena bientôt à Saint-Christophe quelques esclaves de l’orfévre tué. Tous sont d'accord, pas un n'accuse le noir, tous parlent avec amertume de la férocité de leur maitre.

— C'est assez, dit le monarque. Ce maitre at-il une femme, des enfants ?

— Non.

— Tant mieux. Comment l'appelles-{u ?

— Galoubah.

— Galoubah, poursuivitfean VI, ces nègres et ceux qui sont au magasin l'apparliennent, je te les donne ; les richesses du maitre que tu as tué, je te les donne aussi ; va, sois juste, jamais cruel, et souviens-toi de la punition que tu viens d'infliger.

J'ai vu souvent Galoubah dans mes promenades à la rue Droite : ses esclaves l'entourent avec amour, et il règne sur eux sans le secours du fouet ; il dort avec eux, au milieu d'eux, et tous les ans il affranchit celui de ses ouvriers qui s’est montré le plus laborieux et le plus probe... I a trop souffert pour n'être pas

| humain.

Un autre jour, dans la rue des Orfévres, le roi fait arrêter sa voiture devant un magasin d'où s’échappaient de lugubres gémissements.

— Faites venir le maitre de la maison, dit-il à deux nègres qui travaillaient.

— Oui, Sire.

Le maitre est là à genoux.

— D'où viennent ces cris ?

— C'est une de mesesclaves que je fais fouetter.

— Qu'a-t-elle fait ?

— Elle m'a volé du sucre.

— Combien de coups doit-elle recevoir ?

— Cent cinquante.

— Combien en a-t-elle déjà recu ?

— Quatre-vingt-deux.

— Je te demande grâce pour le reste.

— J'obéirai à Votre Majesté.

— Jete remercie.

VOYAGE AUTOUR DU

Et la voiture repart. Au détour de la rue, le roi suspectant la bonne foi du marchand, ordonne à un de ses officiers d'aller s'assurer si ses vœux ont été exaucés. Les cris retentissaient encore. Jean \Trevient sur ses pas, et fait comparaitre devant lui le maitre et l’esclave.

— Tues libre, dit-il à la jeune fille meurtrie et déchirée, tu es libre; bénis les coups que tu viens de recevoir. Et toi, misérable, qui as menti comme un lâche, félicite-toi que pour ta punition je me contente de te priver de ton esclave.

Voilà Jean VI noble, généreux ; le voilà véritablement roi, ou plutôt le voilà homme. Eh bien, jugez-le maintenant.

Unnavire marchand, enroute pour Bahia, est poussé à la côte parl'équipage révolté. Le capitaine, lesecond, le subrécargue sont jetés à la mer, et la pacotille est vendue en fraude par les matelots, tous nègres, esclaves ou affranchis. Cependant le crime ést dénonce, les coupables arrêtés, conduits à Rio-Janeiro, et condamnés à la potence.

Le jour de l'exécution venu, l'arrêt est présenté au roi pour être sigué ; mais le monarque s’y refuse, prétextant que si l'on savait en Europe qu'on a pendu huit hommes en un seul jour à Rio, on croirait le 3résil peuplé de scélérats.

— Cependant comme un exemple est nécessaire, ajoute-t-il, effacons quatre noms, et que les quatre autres misérables soient seuls pendus.

Cela fait, le roi prend la plume, et, prêt à signer, il se ravise encore et dit :

— Pourquoi quatre? n'est-ce pas assez de deux?.… oui, oui, effacons encore deux noms. Mais qui me dit que ceux qui restent sont les plus coupables ? poursuivit-il; serais-je juste en ne leur faisant pas grâce comme aux autres ? Allons, allons, pardonnons à tous, et qu'on les envoie aux présides. Et la baratterie reprit son cours.

Un jour, une sentence de mort fut encore présentée à la signature du monarque.

— Sire, grâce ! criait, à deux genoux, un homme appelé Prieur de la Miséricorde ; par l’âme de votre père et de votre mère, grâce !

Et le coupable avait été trouvé buvant le sang d'un prêtre, sa victime, après avoir été gracié pour un meurtre commis sur une femme enceinte.

— Non, non, ditle comte dos Arcos, ne faites point grâce, Sire.… Ce misérable a commis un crime horrible.

— Un! reprit le roi, il en a commis deux.

— Non, Sire, un seul; le second, c’est Votre Majesté qui ne devait point pardonner à un aussi grand scélérat. f

Le nègre fut pendu et le comte dos Arcos resla en faveur.

Dois-je ajouter maintenant, pour dire toute la vérité, qu'en général nos compatriotes rivalisent ici de cruauté avec les Brésiliens ?

J'ai vu dans la rue do Ouvidor, de belles et fraiches marchandes de modes et de nouveautés infliger ellesmêmes les châtimentsles plus sévères à leurseselaves, et ne s'arrêter devant aucune douleur, devant aucune prière. Je vous demande bien pardon, mesdames, de vous dénoncer ainsi à l'indignation publique : c’est bien assez que je ne vous nomme pas.

Les Anglais sont le peuple qui traite les esclaves avec le plus d'humanité, et il n'est pas rare qu'un riche planteur où négociant de la Grande-Bretagne voie refuser la liberté qu'il offre à un de ses noirs, en récompense de son zèle et de son dévouement.

Mes courses de la journée m'ont conduit à la place do Rocio, où est situé le vaste théâtre royal. Je lis l'affiche : Zaïre, une comédie, trois intermèdes, et Psyché, ballet en trois actes et à grand spectacle. — A la bonne heure! j'en aurai là pour mon argent... O Voltaire! pardonne à ton sacrilége tradueteur !... Orosmane est coiffé d’une toque surmontée de vingtcinq ou trente plumes de diverses couleurs, et deux énormes chaines de montre promènent jusqu'à micuisse de monstrueuses breloques avec un eliquetis pareil à celui du trousseau de clefs d’une tourière en inspection. De gigantesques bracelets ornent ses bras nerveux, et de charmants et coquetsfavoris en virgules parent ses tempes et viennent caresser les deux coins de sa bouche. La pièce d'étoffequi pèse sur ses épaules n'est ni un manteau, ni une Casaque, ni une houppelande, ni un carrick ; mais elle tient des quatre espèces de vêtements à la fois et ne peut se décrire dans aucune langue. C'est à effrayer le pinceau le plus oseur du caricaturiste. Orosmane parle et gesticule. — Qu'on me ramène aux galères.

Voici Zaire, Nérestan, Châtillon, Lusignan ; ils ont tous fait serment d'outrager le grand homme... Mais les loges applaudissent..… je ne demande pas mieux, el Je vais faire comme les loges : — Bravo ! bravissimo ! — Pourquoise singulariser ? Après la tragédie, la comédie et les farces. moi, je croyais la farce jouée.

M.etmadame Toussaint, danseurs de Paris, échappés de la Porte-Saint-Martin, sont les premiers sujets ; ils Jjouissentici d'une faveur méritée, et la femme surtout a droit à de grands éloges. Mais il ya là aussi une jeune Espagnole &u front sévère, aux cheveux d’ébène, aux regards de feu, à la taille svelte et flexible comme un bambou, dont Paris serait fier et jaloux, je vous jure. On la dit d'une sagesse à l'épreuve de toutes les séductions, à n'être éblouie d'aucun diadèéme. La senora Dolorès ne vient pas de l'Opéra de Paris.

Le second actede Psyche s’est passé dans la gueule de Cerbère, et je vous assure que tout cela est fort curieux à voir. C'est égal, j'aime mieux nos Funambules.

Les noms d’Eschyle, de Sophocle et d'Euripide sont sur le rideau d'avant-scène : c'est tout ce qu'il y a d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide au théâtre de Rio.

Atout bien prendre, on ne compte au Brésil que deux classes d'hommes, celle qui frappe et celle qui est frappée. La première est la plus forte, parce qu'elle a la puissance morale, et qu'elle à poussé la prévoyance jusqu'à séparer les esclaves par catégories ; de sorte que ceux d'Angole se trouvent mêlés à ceux de la Cafrerie et de Mozambique, peuples rivaux et ennemis mortelsles uns des autres. C’est aunepareille mesure qu'il faut, à coup sûr, attribuer le calme dont jusqu'à présent a joui ce royaume, presque aussi vaste que toute l'Europe.

Mais ces haines des castes nègres un jour éteintes ou amoindries, qui peut dire ce que deviendra le Brésil, ce que deviendront ses habitants énervés, quand une fois la vengeance et l'amour de la liberté auront promené sur les villes leurs brandons et leurs poignards ? Le noir révolté n’a point de merci à attendre ; s’il est pris, il est mis à mort ; il le sait, il sait donc qu'il faut qu'il tue pour ne pas être tuë.

Trois fois malheur aux Brésiliens, si le tocsin vient à voler de clocher en clocher, des bourgs les plus sauvages aux cités royales !

Oh !ne me dites pas que le noir est fait pour être eselave, et que la menace et la douleur seules le ren-

36 SOUVENIRS dent soumis et fidèle. Ne me dites pas qu'il n'y a chez Jui ni amilié, ni tendresse, nirespect, ni dévouement,

car vous mentiriez à votre Conscience ; Car VOUS Savez, aussi bien que moi, ce qu'on peut attendre de ces

hommes de fer et d'ébè ne, quand le souvenir d'un bienfait se grave dans leur mémoire. Je n'ai jamais battu un noir; je n'ai jamais fait parler l’ordre avec la menace. Ici, comme à l'ile de France, comme à Bourbon, comme à Table- Bay, commedanstoute l'Inde, j'ai souvent voyagé, escorté seulement de ceshommes qu'on me disait si lâches, si traitres, si dangereux :

eh bien! pas une fois dans mes longues caravanes je n'ai trouvé l'occasion d’infliger un châtiment, car pas une fois je ne leur ai fait sentir que je me défiais d'eux. La véritable sauvegarde des colons est dans l'humanité; mais bien peu d’entre eux ont voulu le

comprendre.

AVEUGLE

Ceux qui, accessibles aux remords, cherchent encore à motiver la cruauté de leurs châtiments envers leurs esclaves, accusent moins le cœur des nègres que leur intelligence, Étrange excuse quand les faits dechaque jour sont là pour donner un éelatant démenti à cette philosophie bâtarde née de l'égoisme et de la peur.

Le Brésil a eu un évêque sorti d’Angole, évêque d'un talent supérieur et d'une vertu millefois éprouvée évèque canonisé, dont l’image dorée se voit encore debout à la chapelle royale de Rio.

Les nègres apprentis, à peu d'exceptions près, sont d'une merveilleuse adresse, et deviennent en fort peu de temps d'excellents ouvriers ; ils apprennent surtout les langues avec une facilité prodigieuse; il n'est pas rare de voir un esclave parler correctement quatre ou cinq idiomes, et j'ai connu un noir correspondant de l’Institut de France (M. Tillet, je crois), à qui la

... Non, je ne pleure pas, mais je tue. (Page 54)

navigation doit les meilleures cartes marines qui aient jamais été publiées, de Bourbon, de Maurice et de Madagascar.

Sont-ce là des arguments en faveur de ma thèse! — Mais quand la brutalité commande, quand la cruauté châlie, la raison est sans puissance sur les bourreaux. Combien faut-il donc de siècles de barbarie pour que l'humanité reprenne ses droits ?

Il y a au Brésil deux fois au moins plus de prêtres qu'en Espagne et en Portugal. I1s sont presque tous d'une coquetterie de costume à éblouir les regards ; et vous les voyez, läches séducteurs, se glisser dans les familles et jeter partout le désordre et la Orruption. Croiriez-vous qu'une jeune et jolie femme a été naguère, en plein tribunal, réclamer l'héritage d'un moine 1 vort, son amant, et qu'elle a gagné son procès? — De pareils exemples ne sont pas Tares ici.

Que dirai-je des proce ssions et des cérémonies religieuses? La foule qui se presse, se heurte, se rue sur les places publiques, sans dignité, sans foi, poussant à l'air des cris féroces, comme elle le ferait à un

combat de taureaux. Et puis des moines gris, blanes, noirs, des Capucins chaussés et déchaussés ; des images dorées de saints et.de saintes, portées à grand’ peine sur de robustes épaules; des hommes masqués parodiant Jésus en route pour le Calvaire, des vierges dévotes essuyant son visage et montrant au peuple l empreinte des traits du Sauveur du monde; des saint Laurent avee leur gril, des saint Vincent avec leur croix ; des sainte Marguerite avec leur robe dentelée; enfin tous les mystères de lareligion catholique et romaine, burlesquement parodiés et livrés à la risée publique! — Tout cela fait mal au cœur, et l'on se demande involontairement, à voir le rôle que jouent les moines et les prêtres, comment leur domination n’est pas encore brisée.

Citons encore des faits, puisque cette logique est la plus puissante.

Un prêtre, jusque là saintement révéré de ses crédules ouailles, qui ne lui connaissaient que deux ou {rois intrigues amoureuses, se trouva en rivalité avec un certain Monier, mailre d'armes, que j'ai retrouvé

VOYAGE AUTOUR DU

plus tard, je ne sais plus où. Trop läche pour l’attaquer en face, le prêtre voulut s’en défaire par l'assassinat. Un soir donc que Monier venait d'entrer chez un marchand de la rue des Orfévres, le misérable appelle un noir qui passait en sifflant.

— Veux-tu gagner six crusades?

— Oui, seigneur.

— Il y a là dans celte maison un homme grand et beau, avec un habit bleu et un chapeau français ; tu entends?

— J'entends.

— Dès qu'il sortira, {u lui sauteras dessus et le frapperas au cœur avec un couteau.

— Je n'ai pas de couteau.

— Tiens, en voilà un excellent,

— Et jes six crusades ?

— Quand tu auras fait, je t'attends ici.

Cela dit, notre noir va se placer en embuscade. Un homme de haute taille sort du magasin désigné; au

même instant il est saisi à la gorge, frappé au cœur, et meurt sur le coup. Le scélérat accourt vers le prêtre pour toucher le prix convenu.

— Tu es un drôle, lui dit celui-ci, tu t'es trompé ; celui que tu as tuë n'est pas l'homme que je l'avais désigné ; va'en, Lu n'auras rien.

Furieux, le noir se dénoncça lui-même à la foule rassemblée, et dénonca aussi le prètre instigateur. Tous deux furent arrêtés et jugés. Le premier se vit envoyé aux mines, le second condamné à quinze jours d’arrèt dans une ile ravissante, au milieu de la rade …

Si un prêtre élait condamné à mort au Brésil, il y aurait révolution dans le royaume. Le fanatisme est plus puissant que les lois.

Je n'ai pas fini.

Un moine, fougueux prédicateur, et citè partout au Brésil pour ses bonnes fortunes, sortait un jour d'une église assiégée par les femmes, et où sa voix tonnante venait de retentir courroucée contre l'indifférence en

Orosmane parle et

matière de religion. Chacun sur son passage se jetait à genoux et briguait à l'envi l'honneur de lui baiser la main. Enlevé par la foule, je me trouvai bientôt à portée de jouir de la même faveur, que pourtant j'étais loin d’ambilionner. La main me fut en eftet présentée; mais,-soit distraction, soit dégoût, je détournai la tête. Peu s’en fallut que je ne fusse mis à

gesticule. (Page 35.)

l'instant en lambeaux par la populace irritée, et je ne dus mon salut qu'au marquis de Sa, mon ami, qui, en me poussant violemment dans sa demeure, promit au peuple furieux que justice serait faite le lendemain devant les tribunaux.

L'ignorance et la superstition ne feront jamais que des esclaves.

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