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.… Le coupable, frappé, avait eu les doigts de la main droite coupés. (Page 229.)
chez Kookini, où je les suivis, tandis que le malheureux fut conduit vers le moraï, où sans doute il avait encore quelque nouvelle expiation à faire.
De quoidonc était-il coupable? De s'être avisé, disaiton, de donner un soufflet à l'épouse d'un des principaux chefs de Kaïrooah. Kookini avait ordonnéle supplice, car la femme outragée élait proche parente du gouverneur, et le jugement en dernier ressort avait été prononcé sans qu'on se füt donné la peine d'entendre le coupable. À quoi bon la longueur des débats? Il n'y a ici ni avocat pour défendre, ni jury pour con-
damner ou absoudre d'après sa conscience, et la justice n'en Va pas... Inieux.
J'ignore si sir Adams fut content de mes observations toutes franches et européennes, et du langage de mes yeux ; mais je sais fort bien qu'il ne m'invita plus à le visiter, etque je partis de Koïaï sans le revoir.
Il est de certaines privautés qui vous ferment toutes les portes; mais quand l'indignation fermente dans une âme généreuse, 1l y a faiblesse et lâcheté à la fois à ne pas la jeler au dehors.
ILES SANDWICH Contrastes. — Bizarreries. — Mœurs.
Iln'y a peut-être pas de pays au monde plus curieux à observer que celui-ci; il n'y en a pas qui offre à un égal degré plus de rapports avec le naturel des hommes qui l'habitent. C'est une étude fort sérieuse à faire, je vous assure ; et parmi tant d'êtres qui passent devant vous, vous ne trouverez pas deux exceptions pour démentir la règle générale.
Un soleil pénétrant projette ses rayons verticaux sur tout l'archipel ; la végétation la plus mâle lutte sans cesse contre les irritations d’un sol bitumineux qui veut tout envahir, qui tend à s'emparer de tout : point de fleuves qui le traversent, point de lacs qui le
rafraichissent ; partout la lave menaçante, partout des cratères, et dans quelques endroits une stérilité telle, que la presqu'ile Perron elle-même serait un séjour de délices.
Voyez, voyez cet immense Mowna-Laé, qui évidemment est le troisième fils d’une éruption volcanique, et dont la base, au bord de la mer, n’est si large que parce qu'il n'a pas eu la force de faire reculer le Mowna-Kak et le Mowna-Roa, ses terribles et inébranlables voisins.
Depuis combien de siècles ces masses imposantes sout-elles sorties des profondéurs de l'Océan ? Ont-
elles grandi petit à petit, comme ces gigantesques végélaux africains auxquels il faut cinq ou six cents ans pour monter d'un demi-pied, ou est-ce toul à coup, dans une de ces effrayantes secousses qui font au loin trembler les continents, que le Mowna-Roa a posé ses flines au niveau des nuages les plus élevés, et sa tête si loin de son pied? Ce sont là de ces graves questions géolagiques que nul observateur ne peut résoudre, et qui eussent fait reculer même la haute pensée de Cuvier.
Où est la base de ces trois cônes, dont le moins formidable écraserait encore le Pic de Ténériffe? Sondez à une lieue au large, et vous ne trouverez pas fond par deux mille brasses : cela épouvantela raison. Supposez, par une volonté céleste, l'Océan à sec; placez-vous, par la pensée, au pied de ces monts déjà si effrayants, et dites-moi ce que seraient l’Illimani et l'Himalaya, qui trônent majestueux sur l'Amérique etle Thibet.
Et maintenant les feux sous-marins ont fait leur office. Etouffés sous les masses qu'ils ont vomies, deux de ces cônes bouillonnentsansdouteencore dans les profondeurs des abimes ; mais rien deleurs fureurs ne surgit à la surface : il va une imtuensité de la tête au pied de ces géants du monde !.
Eh bien! étudiez le peuple qui vit autour de ces cratères dominateurs, et vous retrouvez chez lui un reflet de cette âpre et sauvage nature qui vous fait trembler dans votre admiration. Le Sandwichien est abrupt, lourd et turbulent à la fois; son caractère est bon par instinct, et ses manières, ainsi que sa charpente, ont quelque chose de rude et de repoussant, Toutes ses passions, à lui, fermentent dans sa poitrine ; il faut une catastrophe pour qu'il les jette au dehors ; mais alors aussi elles sont (erribles, elles tuent, elles écraseit, elles dévorent. Cook est mort dans une de ces convulsions. Ainsi mourra quiconque esayera de Jutter avec lui à armes égales. Lorsque ce grand capitaine emmenat captif à son bord le ro!, dont il croyait avoir à se plaindre en raison du vol qu'il reprochait à ses sujets, on vit les insulaires, au nulieu de la mitraille, s'avancer hardiment sur le rivigeel jusque dans les flots,emportant sur leursépaules les blessés et les cadavres de leurs amis. La veille, ils $laient calmes ; le lendemain, ils ressaisirent leur nature primitive; mais une éruplion morale avait eu lieu, et l'Angleterre se vêtit de deuil.
Que le Sandwichien danse, qu'ils’amuse, gronde, caresse OU Inehate, VOUS ne VOUS en apercevez qu'au inoment de l'explosion. D'abord c’est le repos, que ne tahissent ni les paroles ni les regards. La secousse galvanique a lieu: le délire se montre;et tout retombe, un instant après, comme le cadavre abandonné par la pile de Volla.
Rarement le Sandwichien est debout ; il vit assis ou couché : on croiraitquela vie lui est un lourd fardeau, et que, semblable a ses volcans, il a besoin qu'on le réveille. Il est couché quand il mange, il est couché quand il navigue dans ses pirogues ; entrez dans ses cabanes, dans ses huttes, vous le trouvez couché sous un énorme volume d'étoffes légères qui l'entourent sans Je faliguer. Son repos n’est pas le sommeil, mais ce n'est pas le réveil non plus; il ne s'ennuie pas de celle vie de quiétude extatique, puisqu'il se la donne sans qu'on la lui impose, et il ne comprend le mouvement que comme un besoin. Apporlez à manger au Sandwichien étendu sur sa natte, faites monter le flot jusqu'à sa demeure, afin qu'il puisse s'y jeter, retrem-
“Voir les notes à la fin du volume.
LC'UN AVEUGLE.
per ses membres engourdis, et vous le retrouverez demain prêt à recommencer l'existence monotone des jours passés, et, pas plus que la marmotte, il ne se lassera de sou gite souterrain.
Remarquez cet homme si exceptionnel parmi tant d'autres hommes jetés sur le globe. L'Océan est calme, la lame expire tranquille sur la plage muette,-et nulle brise ne fait bruire les folioles des rares cocotiers ; l'homme dont je vous parle, l'homme que je cherche à vous faire connaître, ferme à demi les yeux, s’agite lourdement, se roule endolori et dort. Mais que la tempêle mugisse, queletonnerregronde, que la foudre éclate, que les cocotiers crient sous la rapide rafale, que la vague écumeuse ouvre sa gueule et vienne envabir la plage, oh! alors cet homme est debout et prêt à combattre; il se place au bord de la mer, il s’élance, il lutte contre le terrible élément, qui ne peut le vaincre ; c’est une tout autre nature, ou plutôt c'est une nature réveillée : il lui a fallu une colère pour rallumer la sieune; l'homme des Sandwich se reflète admirablement du sol qui le porte.
Je ne vous parle pas de l'enfance ou de la jeunesse, semblables partout, pareilles dans tous les climats, hormis chez les Lapons et les Groënlandais, où tout est vieux en naissant : vous la voyez, aux Sandwich, capricieuse, turbulente, pleine de séve, joyeuse et sautillante : c'est un sang vif et chaud quin'a pas encore eu le temps de s’attiédir, de s'imprégner des émanations atmosphériques ; elle bondit, elle veut du plaisir, elle le recherche, elle l'appelle, elle le goûte ; el, un beau jour, quand elle est vieille, quand les seize ans sont venus, elle se sent fatiguée, s'arrête, se couche et s'endort : le lion est devenu marmotte.
Il y avait là trop de force, trop de verdeur : tout excès est mortel
En est-il ainsi des iles voisines d'Owhyée? Tout l'archipel se meut-il dans les mêmes passions, sous ls mêmes influences ? Les hommes de là différent-ils de ceux d'ici et danis des proportions égales à la dissimilitude des terrains? Je le saurai, car Mowhée et Wahoo auront bientôt nos premières visites. On nous a assurés à Kryakakooah qu'Atoaï est en pleine révolte contre Owhvée. Mowhée etWahoo semblent aussivouloir secouer Le joug que Tamahamah avait imposé à tout ce groupe d’iles. Ne serait-ce pas plutôt une révolution politique qu'une régénération morale?
Le grand roi qui avait opéré tant de prodiges, celui qui avait préparé la conquête de tous les archipels du grand Océan pacifique, n’a légué à son fils qu'un trône que celui-ei est incapable d'occuper. Rongè par la gale, il sera bientôt vaincu par deux maladies plus cruelles et plus dévorantes, la paresse et l'abratissement !,
Tamahamah, chef d'un peuple si fort et si écrase à la fois, devait mourir au milieu de ses projets de gloire et d'envahissement. :
L'avenir de Riouriou, qui n'avait pas compris son père, ne pouvait être douteux. Ce n’est que parmi los nations civilisées qu'on trouve des rois faibles commandant à des hommes forts. Eutre autres privilèges, nous possédons aussi celui de la sottise, dont nous avons presque l'orgueil de nous prévaloir.
Je ne comprends pas, par exemple, que la vie passe
1 Hélas! je ne devinai que trop! Quelques lettres publiées par moi dirent alors ce que deviendrait bientôt l'archipel des Sandwich : Riouriou et sa ‘emme sont venus mourir à Londres en implorant un secours qu'on n'avait garde de leur accorder, et le ministre Kraimoukou (Piu), que nous fimes chrétien lors de notre séjour à Toïaï, savait fort bien ce qui lui revien= drait un jour de la jonglerie à laquelle il se soumit de sibonrie grâce. (J. A:)