MER
Rois. — Princes. —'Famors. — Rajahs.
La souveraine des mers.
Puisque c’est une race privilégiée, consacrons-lui uu chapitre spécial. C’est bien le moins, lorsqu'on a
1 Voir les notes à la fin du volume.
de sévères pensées à jeter au dehors, qu'on le fasse
avec politesse.
1 Voir Les notes à la fin du volume. — ? Jdem.
La courtoisie est une demi-verlu, et j'aurais embrassé de grand cœur ce noble ou ce bâtard de noble qui, en menaçant un homme du peuple, lui dit:
— Prends garde, drôle, que je ne C'applique sur le dos vingt-cinq coups de ma canne à pomme d'or.
N’encrovyez rien pourtant ;je n'aurais pas embrassé ce faquin; seulement j'aurais souri à sa menace tout aristocratique. Les Montmorency, les Noailles, avaient des facons plus courtoises, etils ne se montraient fiers de leurs blasons que parce qu'ils y jetaient euxmèmes un nouvel éclat. Si l'impertinence est pardonnable, c'est seulement quand elle va du petit au grand, du faible au fort.
Je dis pardonnable: c'est avouer, par conséquent, qu'elle est toujours une faute.
Prendre un ton trop humble en parlant à qui domine, c'est se rapelisser saus grandir l'idole. Vous aurez beau avoir six pieds, vous parailrez mesquin si vous vous courbez.
L'égalité parfaite n'est point dans la position: elle n’est que dans les sentiments. Ne mesurez jamais la valeur des hommes à l'espace qu'ils occupent : vous seriez coupable de trop de soltises.
Remarquez encore que d'ordinaire la hauteur du langage est en raison inverse de la hauteur des principes. Cela est logique. Celui qui commande par la noblesse de ses procédés n’a pas besoin, pour être obëi, de l’insolence de ses paroles.
Je méprise l'insolent par nature; l'impertinent par calcul m'inspire le dégoût.
Que si vous trouvez dans ce chapitre, d’ailleurs si court, quelques expressions à brüle-pourpoint, ne m'en punissez pas avec trop de colère; la faute n'en est pas à moi seul.
Le vent de la mer a tout changé en moi, mœurs et habitudes. Demandez: j'étais un petit chérubin, un ange de douceur et de bonté dans ma jeunesse; la marine m'a gâté ; J'ai pris des allures d'indépendance et de rudesse dont il faut tenir compte seulement à cet élément maudit, qui me promène depuis si longtemps et si rudement d'un climat à l'autre. Rester naif et pur après tant d'épreuves était une tâche audessus de mes forces ; j'ai dû succomber.
Et puis encore, j'essayerais peut-être quelque nouvel effort en faveur de ce qui aurait besoin d'indulgence et de pitié; mais je veux avoir mon franc parler à l'égard de chefs, de rois, de tamors, de dominateurs, de despotes, c’est-à-dire d'êtres à part, d'hommes privilégiés, omnipotents, de demi-dieux, devant lesquels la foule passe agenouillée.
Permettez-moi donc de me placer aussi dans les exceptions et de me tenir debout en présence de qui a l'habitude de baisser la tête pour entendre. Quand ille veut, le nain se met au niveau du géant.
La route est belle et régulière ; les vents sont conslants et d'une tiédeur mesurée; l'ennui règne à bord: que faire ?
Ecrire. Mon litre est trouvé.
Les baleines, les marsouins, les souffleurs, les bonites et les dorades se taisent à la surface des eaux; auçun nuage aux flancs ténébreux, aux contours bizarres, ne vient nous visiter en passant et nous envoyer ses fraiches ondées; tout est dans un accord parfait, dans une harmonie assoupissante, etles mollusques phosphorescents eux-mêmes, qui naguère, pendant les nuits les plus sombres, éclairaient souvent l’espace comme des gerbes de feu, ont éteint leur pâle lumière pour ne pas troubler cette quiétude de la nature, qui énerve, glace, désespère.
Il faut lutter pourtant contre un ennemi si redou-
SOUVENIRS D'UN AVEUGLE. ÿ
table ; il faut essayer de le vaincre pour ne pas en ètre écrasé. Que faire pour cela? Je vous l'ai dit: écrire.
0 Phéniciens! c'est de nous surtout, pauvres enfants jetés en päture aux flots océaniques, que vous devez recevoir et accepter les plus suaves parfums ; c'est nous qui devons vous dresser vos plus somptueux autels. La pensée ne serait rien si on ne pouvait la Ur QrÉ, et c'est vous, inventeurs de cel art merveileux
De peindre la parole et de parler aux yeux,
c'est vous qui avez rétréci ce monde immense, en rapprochant, à l'aide de vos caractères, peuples et amis séparés les uns des autres par le diamètre de la terre.
Ecrivons.
Aussi bien n'ai-je pas tout dit encore sur certains hommes étudiés déjà au milieu de mes courses aventureuses et des périls les plus imminents. En toute chose, d’ailleurs, il faut conclure. J'ai les mœurs : tirons la conséquence. La comparaison m°v aidera ; rien n'est bien jugé quand il l’est dans l'isolement.
Chez nous, Européens, qui vivons sur une terre privilégiée de civilisation et de progrès, qu'est-ce qu'un roi? Un roi est, à peu d'exceptions près, le fils d'un roi, et voilà tout.
Est-ce beaucoup? est-ce peu ? Là n’est pas la question, ou plutôt là est une question nouvelle que je ne veux pas résoudre.
Mais ce roi, ce fils de roi, et le fils de ce fils, en savent-ils plus, en sauront-ils plus que les autres hommes qui ne sont ni rois ni fils de rois ?
Il ya à parier mille contre un qu'ils en sauront moins, car ils auront eu moins de temps pour apprendre ; ou, si on leur a appris quelque chose, c’est précisément ce qu'il eût été sage et prudent de leur laisser ignorer.
L'intelligence, ce rayon du ciel qui va à l'âme, frappe aussi sur l'âme des rois quand 1ls en ont une. Ce qui leur manque donc, ce n’est pas la lumière, mais bien les occasions de la répandre au dehors. Tant de gens autour d'eux, mais plutôt agenouillés que debout, sont sans cesse occupés de penser pour eux, quine daignent pas se donner la peine de penser par eux-mêmes! Rien n’est commode comme une besogne faite.
Notez bien que je ne vous parle pas des rois entélès, qui, en général, ne font que des sottises bien lourdes, bien dangereuses et presque toujours ineffaçables; car ces rois, voyez-vous, sont comme certains animaux rélifs, d'autant plus emportés vers la droite ou la gauche, qu'on veut, à leur profit, les diriger vers le côté opposé. Pour moi, je ne sais pas encore si j'aimerais mieux un maitre tèlu qu'un maitre bête, car j'avais oublié de vous dire qu'un roi de notre pays est un maitre. Vous le savez maintenant aussi bien que moi.
Mais dans un grand nombre de pays que j'ai parcourus et étudiés, iln'en est pas ainsi, mes frères. Un roi, c'est un chef, comme en Europe, et ce che!, c’est le plus fort, le plus grand, ou le plus intrépide, ou le plus prudent, ou le plus intelligent et le plus sage. Ceci n'est pas un rêve, je vous l'alteste; ceci est une belle et bonne vérité qui a résisté et résistera longtemps encore à nos efforts pour l'étouffer,
Suivez-mol.
L'intérieur du Brésil a des chefs; ces chefs commandent à des hommes réunis en bourgades, en willes, en camps, en masses mouvantes; ils ordonnent
VOYAGE AUTOUR DU
les marches, les haltes ; ils décident de la paix et de la guerre; ils ont, dans les délibérations, la voix plus haute que les hommes de la même tribu, car, eux, ils ont passé par toutes les épreuves el en ont triomphé avee grandeur d'âme.
— Tu as, toi, fait une action d'éclat : eh bien! viens ici, et que nous tracions sur ta figure ou sur ton corps quelques lignes profondes qui, en ereusant les chairs, diront ton courage. Si tu grimaces au moment de l'opération, si tes doigtsse crispent, si tes dents se serrent, retire-toi ; tu n'es pas digne d'être chef ; tu obéiras, puisque tu ne sais pas commander à la douleur, puisque tu lui cèdes et qu’elle te fait trembler. Un chef de Paikicés a plus de mille ciselures sur ses chairs, et pas une, mème celles qui ont été faites sur les parties les plus délicates, ne l'a vu sourciller. Oh! cet homme-là peut commander maintenant, et il commande en effet. Si chez nous il fallait être roi à force d'égratignures, quel bouleversement, grand Dieu! La douleur physique est comme le froid : la première décourage de toutes les autres.
Les Mondrucus etles Bouticoudos ne procèdent pas autrement que les Païkicés à la nomination de leurs chefs: c’est celui d’entre eux dont la case est le plus richement tapissée de crânes ennemis; c’est celui qui a le plus de chevelures dans son butin; c’est à celui-là qu'on se fait un devoir d'obéir. Je comprends à merveille les rois de cette sorte.
Voyez encore les Gaouchos, ces intrépides dompteurs de jaguars, ces maitres de l'espace, qui, armés de leur terrible lacet et de leurs boules, s'enfoncent dans les solitudes des plaines et des forêts. Quel est leur chef? Ou ils n’en ont pas, ou ils ne se courbent que devant le plus agile, devant le plus intrépide, eux si insolemment debout et vaniteux en face des Européens ou des hommes civilisés de l'Amérique, chez lesquels ils viennent vendre le produit de leur chasse miraculeuse.
Voyez, voyez, plus loin, partant de Rio-de-la-Plata jusqu'au détroit de Magellan, jusqu'à l'ile de l'Ermite, ces minotaures fabuleux, toujours où presque toujours à cheval, traversant les immenses pampas et faisant comme les Gaouchos, mais moins audacieusement, une guerre de chaque jour aux tigres, aux lions et aux autruches de leur pays encore inconnu. Demandez-leur quel est leur chef, demandezleur s'ils en ont un et à quelles conditions als l'ont accepté ; ils vous diront :
— Notre chef, à nous, est celui qui ne tombe jamais du cheval, qui le guide le mieux de la voix et de l'éperon dans les déserts, où seuls nous pouvons vivre. Notre chef, à nous, c’est le plus habile nageur, c’est le plus fort d'entre les plus forts, c’est surtout le plus brave.
Les Patasons, celte race d'hommes formant sur la terre une race à part, mais que certains voyageurs ont eu le tort de représenter comme des géants de sept ou huit pieds, quoique ce soit en effet le peuple le plus grand du globe; les Patagons, que n'ont pu corromprenitenter les mœurs efféminées de nos villes indolentes, suivent la règle commune des nations indomptées, et s'ils se donnent un chef dans une expédition hasardeuse, le choix tombe toujours sur celui qui ose dire et sait prouver qu'il est le plus courageux et le plus habile.
Courons du sud eu nord de l'Amérique, allons d’un pôle à l’autre.
Ne vous a-t-on pas dit les ehants de mort des Canadiens non civilisés, alors que, prisonniers et enchainés, les vainqueurs procèdent par d’horribles
MONDE. 987 tortures à leurs vengeances si raffinées, pour la paix éternelle de leurs frères dans les combats ? Ceci n’est pas la tradition douteuse, c’est l'histoire des temps modernes, c'est l'histoire des hommes d'aujourd'hui.
Que font les peuples farouches de la Cafrerie? Ce que font les nomades indigènes du Brésil. Si dans une rencontre un guerrier se distingue plus que le chef qu'on avait choisi, sa bravoure est pesée dans la balance, et quand le fléau penche de son côté, c’est lui qui, pour une expédition prochaine, sera à la tête des combattants. Les Cafres sont des hommes de rapine et de guerre; vous comprenez que si c'était un pars de science, le mème usage y serait adopté, on nommerait chef le plus lettré.
Et si, en remontant l'Afrique vers son centre, vous visitez ces peuplades sauvages qui forment entre elles tant de nuances qu'on ne les dirait plus enfants de la même terre, que trouvez-vous toujours? La puissance entre les mains du plus éprouvé. Mais qui donne cette puissance? qui décide de la plus grande valeur de celui qu’on investit du pouvoir ? Est-ce un seul individu ? sont-ce plusieurs? Non, c’est la bourgade tout entière. Ce n'est le plus grand nombre qu'alors que tous ontdit leur opinion. Entre deux ou trois concurrents le choix est bientôt fait, et l'onn’en vient jamais aux mains pour nommer le chef. On s’assemble dans une plaine, chaque compétiteur se place sur un point différent, les partisans de l'un et de l’autre le suivent; celui qui l'emporte est reconnu, on lui obéit.
A la Nouvelle-Hollande, sur la terre de deuil nommée presqu'ile Péron, je vous l'ai dit, je crois, les quinze ou dix-huit malheureux indigènes qui vinrent rôder autour de nos tentes semblaient obéir au plus âgé d’entre eux. Ne serait-il pas sage d'en conclure que c'était le plus prudent et le plus expérimenté ?
Les rajahs qui règnent en vrais despoles sur les féroces habitants de Savu, de Solor, de Denka, de Dao, de Rottie et de Timor même, sont des courages éprouvés dans plus d'une bataille, quoique chez la plupart, grâce peut-être au contact de l'Europe, qui vient s'asseoir et trôner à leur côté, on trouve déjà une teinte de civilisation quiles appauvrit et qui leur enlève leur caractère primitif.
Certes, au respect que les anthropophages d'Ombay témoignaient au vieux rajah aecroupisous Je multipliant où il s'était flatté de goûter à la tendretè de mes membres et de ceux de mes camarades, je ne fais nul doute que ce bras alors si grèle, et qui S’'appuyasi gracieusement sur mon épaule, n'eût, au temps de sa vigueur, dépecé quelques ennemis ou voyageurs moins heureux que moi.
Le roi de Guébé, ce capitan-sapajou si leste, si oseur, si bavard, si intrépide, sous la parole duquel ses sujets courbent si humblement la tête; ce hideux prince, que Petit regardait avec tant de bonheur, n'était-il pas le plus intrépide de tant d'hommes intrépides? Ne comprenail-il pas le commandement? Avait-il l'air seulement de prendre avis de ses ministres? Ne leur imposait-il pas silence d'un mot, d'un geste, d’un regard, sans se soucier le moins du monde de leur déplaire ou de les humilier ? Si jamais prince m'a donné une idée exacte du pouvoir absolu, c'est bien cet effronté chef de forbans, balayant avec ses belles caracores les mers des Moluques, et allant peut-être étaler son insolence sous les canons et le pavillon des comptoirs européens. Non, ce nest ni le hasard ni la naissance qui l'ont nommé chef de Guébé; non, il ne se maintient pas à son poste à l'aide de ses ancêtres, à moins que ces ancètres
n'aient toujours été comme lui. S'il règne, s’il gouverne, s’il fait à son gré trancher des têtes ou jeter des hommes et des jeunes filles à la mer, si on lui obéit, en un mot, c'est qu'il est sans doute, ainsi qu'il nous l’a prouvé, le plus intelhgent de tous; c’est que, dans les occasions périlleuses, il est le premier à son poste, et paye de sa personne aussi bravement et plus bravement que ceux qui l'ont nommé et le maintiennent leur capitan.
Je n'ai vu ni à Waigiou ni à Rawack aucun chef, aucun tamor, aucun rajah, aucun capitan.
A Rawack, il ne doit y avoir de concurrence que pour l'asservissement ; l'intelligence est du luxe pour qui n'aspire à ‘à obéir. Le premier indigène de ces contrées qui s’avisera d’avoir une idée saine de morale et qui essayera de la faire comprendre, sera traité de fou et châtié, ou déclaré Dieu et adoré à genoux. Hélas! l'époque de la métamorphose de ce groupe d'iles ne se devinait même pas dans les siècles à venir.
Que vous dirai-je des Carolins, dont j'aime tant à parler, et sur lesquels mes souvenirs se reposent avec amour? C'est ici surtout que mon système trouve une exacte application. Tout tamor est un homme supérieur ; il n'est point tamor s'il n'est pas tatoué des pieds à la tête ; 1l n'est point tatoué, s'il n'a guidé un pros mieux que ses frères au milieu des brisants, s’il ne sait pas le cours des étoiles, si sa force el son habileté ont été trouvées en défaut dans diverses circonstances.
Le tamor des Carolines a sur le corps des dessins gracieux qui ont dû le faire souffrir sans doute, mais moins pourtant que ne doivent le faire ceux des Nouveaux-Zélandais et des sauvages brésiliens; tandis que chez ceux-ci ces dessins extérieurs attestent des cruautés et des massacres, chez les Carolins, cé manteau si élégant est une annale vivante qui dira tous les bienfaits, le savoir, l'adresse, la force, l’intelligence. À la bonne heure, de pareilles archives.
Les Sandwich me viennent encore en aide. Ici, comme dans tous les archipels déjà parcourus, c'est la force qui gouverne. Mais l'Europe s'est montrée sur
ces hautesterres, où le bois de sandal est une productive spéculation. Grâce aux navires voyageurs de nos contrées, les premières institutions s’effacent, et le souvenir mème de Tamabamah ne restera que gravé sur les dos, les bras et les poitrines de ses sujels oublieux et dégradés.
Ainsi done, quand vous avez dit lamor, chef ou rajah, vous avez signalé le plus capable. Le mot est l'éloge, le titre est À qualité.
Faudra-t-il que l'Europe avance ou recule pour arriver au point où en sont les peuples sauvages ? Est-ce en effet reculer où avancer que de s ‘affranchir d'une loi qui blesse la raison ?
On répond à cela : La loi existe, vous devez la respecter et courber la tête. Eh! qui vous parle de se ruer dessus et de la briser? Je dis seulement qu'elle me semble absurde, et qu'elle me le semble davantage depuis que j'ai étudié les usages et les mœurs de tous les peuples de la terre.
Tout ceci, est-ce de la philosophie? Non, certes,
c'est de l'histoire; ee ne sont point des faits douteux,
et je n'écris que pour les constater ; dès qu'il s’agit de voyages surtout, le doute, c’est l'erreur. Je complète done.
Selon ma pensée, plus on entre dans la civilisation, moins les rois me semblent dignes d’être rois. Le droit divin est une belle chose que je ne comprends pas, et qu’on aurait bien de la peine à me faire comprendre, car je suis rélif à la logique de certaines gens. À la bonne heure, le droit de succession. Ce sont là de ces principes que la plus épaisse intelligence peut saisir. Vous êles un homme de génie, et vous régnez, n'importe par quel code; votre fils est un sot, “et vous remplace à votre mort où à votre abdication. Qui osera dire que cela n'est ni sage ni rationnel? Quelques esprits, faux peut-être, et ïl yena tant dans le monde, en me comptant ou sans me compter!
Mais s’il est vrai, comme j'ai eu l'impertinence de l'avancer, que plus vous entrez dans Ja civilisation, plus vous trouvez de rois elféminés, est-il vrai aussi que plus vous vous en éloignez, plus vous rencontrez des rois forts, intrépides, indomptés ? les faits sont là pour constater cette vérité. Ce qui fait les rois en Europe, c'est la paresse des autres hommes; ce qui les défait, c'est leur colère. Or, la colère étant un état anormal, il est aisé d’ expliquer pourquoi les rèvolutions qui sapent les trônes sont très-rares, quoique depuis l'invention de nos monarchies on puisse en constater un assez bon nombre. Je vous conte des billevesées peut-être ; je vous dislà de ces sophismes tellement absurdes, qu'ils vous font lever les épaules de pitié et de mépris Que voulez-vous! c’est le résultat de mes longues courses, de mes stériles études, de mes infructueuses recherches, et probablement aussi de ce soleil de plomb qui pèse sur ma tèle. Les circonstances seules sont comptables de ma déraison Allez-vous châlier, à Bicêtre ou à Charenton, le fou qui blesse ou tue?
Ce serait de la cruauté et non de la justice, et les lois de cette civilisation que vous aimez tant veulent la justice pour tous.
Quand l'aigle plane au ciel, l'espace se fait libre pour laisser toute son indépendance à son royal dominateur; quand la baleine parcourt son empire, tous ses sujets lui ouvrent un large passage pour ne pas gèner ses mouvements de colosse; quand le lion rugit dans le désert, tous ses sujets se taisentet se courbent en signe d’eselavage; quand le boa sillonne de ses anneaux immenses la forêt ténébreuse, les victimes ir il se repait beuglent et tombent dejà vaineus par la frayeur. On dirait vraiment, à voir cet ordre immuable de choses, que la terre n'a été peuplée que pour le délassement de quelques êtres qui ne sont forts que parce que les faibles n'ont pas osé se réunir pour les combattre.
La force, de tout temps et dans tous les pays, a RASE loujours été orgucilleuse et brutale. C'est que la force aime à essayer, afin de se donner la victoire, et le fort qui s’essaye écrase le faible. Les lois de la pesanteur ne reçoivent nulle part un démenti
J'ai dit, en commencant ce chapitre, qu'en toute chose il faut conclure. Ne suis-je pas conséquent avec mes principes ? ,
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