BREST EN 1789 — LES GARDES DE MARINE
La part que j'avais prise aux événements du 27 et aux délibérations qui les suivirent, m'avait mis en évidence. M. Dumery commença à craindre d'être compromis par moi. Les choses devenaient sérieuses; le sang avait coulé, il pouvait couler de nouveau, et l'on
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ignorait à quel parti la victoire resterait en définitive. Si le tiers succombait, ses défenseurs auraient à rendre compte de leurs actes; je pouvais être poursuivi, et devenir, par la suite, pour mon patron, une cause d'embarras ou d'ennui. Puis, le vieux négociant s'effrayait sérieusement de ce qui se passait. Tant qu'il n'avait été question que d'une émeute parlementaire, il s'était peu inquiété; c'était chose d'usage, et dont on connaissait au juste l'importance ; on avait, d'ailleurs, les magistrats pour soi, de sorte que la révolte même avait une apparence légale. Mais cette fois il s'agissait de prétentions aussi nouvelles qu'étranges : loin de demander le maintien d'un privilège, on réclamait l'abolition de tous ceux qui existaient. Une lutte longue et acharnée s'annonçait; et, avec son instinct d'homme d'affaires, M. Dumery pressentait tout ce que les relations commerciales auraient à en souffrir. Or, comme nous l'avons déjà dit, celles-ci étaient, à ses yeux, la vie même. Toute sa philosophie se résumait en une balance de compte; ses idées politiques n'avaient, pour lui, d'autre valeur que leur résultat immédiat, et celles qui faisaient fermer les boutiques ne pouvaient être que folles ou dangereuses. Il eût bien voulu me faire partager sa manière de voir ; mais il comprit bien vite l'inutilité de ses efforts. Désirant éviter au moins les occasions où j'aurais pu me compromettre, il se décida à me faire partir pour Brest, où une liquidation