‹ Souvenirs d'un bas-bretonChapitre 32 sur 35 · G SOUVENIRS · texte numérisé non relu

G SOUVENIRS

bruits depuis quelque temps... Le sieur Tuffin pourrait bien être par là. Avertis les Guyomarais de se bien tenir.

— Je les avertirai, répondis-je impatienté.

Et, m 'avançant vers le syndic, qui causait vivement à l'écart avec l'étranger, je le saluai et sortis. Je venais d'atteindre la forêt, ayant complètement oublié ce qui s'était passé chez le procureur, lorsque j'entendis derrière moi un galop de chevaux; presque au môme instant, deux gendarmes parurent sous les arbres. Je ne sais pourquoi j'eus un pressentiment que c'était moi qu'ils poursuivaient. Je n'avais point eu, du reste, le temps de réfléchir à ce que je devais faire, qu'ils étaient déjà à mes côtés. Ils m'ordonnèrent d'arrêter, me demandèrent mon nom, et, sur ma réponse, l'un d'eux prit la bride de mon cheval, en me priant de descendre. Je leur demandai à mon tour ce qu'ils voulaient.

— Nous avons ordre de ne point te laisser continuer ta route, citoyen, me répondit le brigadier.

— Vous me conduisez donc à Lamballe?

— Non.

— Où me menez-vous alors?

— Tu vas le voir.

En parlant ainsi, les deux gendarmes avaient mis pied à terre ; ils me firent entrer avec eux dans le fourré, les chevaux furent attachés à un arbre, et mes deux compagnons allumèrent leurs pipes, sans prendre

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à mon égard aucune précaution. L'aventure était trop étrange pour ne point exciter en moi beaucoup d'étonnement et un peu d'inquiétude. Ma première pensée fut qu'il y avait méprise; les nouvelles questions que j'adressai me détrompèrent : c'était bien moi qu'ils avaient reçu ordre d'arrêter. Mais quel crime avais-je commis? Pourquoi me retenir caché dans ce taillis? Que voulait-on faire de moi?... Toutes mes questions à ce sujet n'obtinrent d'autre réponse que celle-ci : « C'est l'ordre. » Sûr de ne pouvoir vaincre la discrétion peut-être forcée de mes gardiens, je me résignai à attendre patiemment l'explication de cette énigme. Trois heures environ s'écoulèrent ainsi. La nuit était close depuis longtemps, le ciel obscur et le vent froid. Mes deux compagnons commençaient à se plaindre de notre campement et à frapper la terre, avec mauvaise humeur, de leurs grandes bottes, quand un bruit singulier de pas se fît entendre sur la route. On distingua bientôt un cliquetis d'armes, et nous reconnûmes enfin des uniformes à la lueur des étoiles. Les deux gendarmes regagnèrent alors avec moi la lisière du fourré, un qui vive! fut échangé, quelques hommes se détachèrent de la troupe armée pour s'avancer vers nous. Je reconnus parmi eux le procureur-syndic et l'étranger que j'avais déjà rencontré à Lamballe. Je demandai assez vivement au premier ce que l'on me voulait, et pourquoi j'étais arrêté.

— C'est moi qui en ai donné l'ordre, dit l'étranger,

— Et de quel droit? répondis-je brusquement.

— Je suis le citoyen Morillon , agent du conseil exécutif.

Le syndic prit alors la parole :

— Le citoyen commissaire est chargé d'une fouille importante dans le château de la Hunaudaie, dit-il; ta conversation avec Launay lui a fait craindre que tu n'eusses des rapports avec les Guyomarais, et que tu ne leur donnasses l'éveil.

— Je ne connais point les Guyomarais, et je ne me rends point chez eux.

— Où vas-tu, alors?

— Chez le garde forestier.

— Et pour quelle affaire?

— Pour un achat de bois.

Le citoyen commissaire prit à part le procureursyndic ; tous deux parurent se consulter ; enfin, après un court débat, Morillon se tourna vers moi.

— Je veux bien croire que tu es un vrai patriote, dit-il; mais tu connais les chemins de la forêt, sans doute, puisque tu y allais sans guide ?

— Je les connais.

— Et tu ne refuseras pas, je pense, de prendre part à notre expédition ; nous pouvons avoir besoin d'un homme qui ait pratiqué le pays, et, en tout cas, deux bras de plus sont toujours utiles.

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— Je suis prêt.

— Alors, vive la République ! et en avant.

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