S SOUVENIRS
dents, de cas périlleux dont le moindre certainement inquiéterait beaucoup la plupart de nos campagnards ou de nos citadins.
Dès son enfance, le musulman de T Algérie se trouve dans un milieu, où à chaque instant, il y a, en quelque sorte, pour lui un danger à redouter; aussi acquiert-il de bonne heure un grand courage personnel, c'est-à-dire que seul, dans un dédale compliqué de périls dont il doit se tirer, il ne s'affaisse pas, ne s'alarme nullement et trouve en luimême les ressources suffisantes pour faire face aux circonstances. C'est là même, je crois, un avantage qu'il a sur nous en général ; car, en France, un honime pris au hasard et qui serait transporté brusquement et seul, dans une situation périlleuse, perdrait facilement toute assurance; parmi nos soldats même, il n'en est pas un grand nombre, qui, placée isolément dans les cas susdits, se montreraient prêts à la lutte; car, ce qui fait surtout l'excellence de nos troupes, c'est ce qu'on appelle le tact des coudes, l'émulation, l'amour-propre ; et tous ces soutiens font défaut à l'homme isolé.
Mais comment concilier ce grand courage des indigènes, avec les cas très-nombreux, où, lors de la lutte journalière qu'ils avaient contrenous, à l'époque où surgissait à chaque instant une levée de fusils (expression arabe), on les voyait toujours fuyant, ne défendant à outrance
aucune position n^ême bonne, n'attaquant jamais résolument un poste que nous défendions. L'explication est bien simple, il suffit de réfléchir un peu pour la comprendre; l'Arabe ne connaît pas le pomt d'honneur; ce sentiment que nous a laissé la chevalerie, lui est tout à fait étranger.
Ainsi, dans la pratique de la guerre, l'Arabe juge à l'apparence d'une affaire, qu'il ne peut avoir le dessus; il fuit, et se conserve pour des occasions meilleures; or, il paraît que ces dernières ne se sont pas présentées souvent pour lui, vis-à-vis de nous; quoique cependant il y ait bien eu par-ci, par-là, quelques fractions de colonne, rudement traitées par les infidèles, et même des combats acharnés,' notamment une rencontre avec les réguliers de l'émir, dont je ne me rappelle plus les détails précis, si ce n'est, toutefois que les soldats rouges d'Abd-el-Kader venaient sur le versant d'une montagne où notre cavalerie était embarrassée, tirer par la queue les chevaux des soldats français, et combattre corps à corps avec ces derniers. Ceux qui avaient assisté à cette affaire, avaient conservé une grande estime de la valeur musulmane.
Pour nous, élevés avec les idées les plus rigoureuses sur les exigences du point d'honneur, nous qualifions infailliblement de lâcheté, la façon habituelle d'agir de nos ennemis africains; et cependant, il n'y \ pas chez eux
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défaillance de cœur, il n'y a que logique, simple bon sens j et cela est si vrai^ que par la manière dont il nous a com« battus, rindigène a fait durer la lutte aussi longtemps qu'elle pouvait réellement se soutenir, et a même été, au dire des hommes politiques, sur le point de dégoûter la France de sa conquête; tandis que sous Tinfluence de nos sentiments, les choses eussent été bien simplifiées; après quelques batailles acharnées, les habitants de TAlgérie eussent été sinon anéantis, au moins réduits à Timpuis» sance pour de longues années.
Je le répète, le musulman de nos possessions africaines^ est doué de courage, au plus haut point; il ne faiblit pas dans les circonstances crifiqUes ; ainsi, par exemple, lors* qu'il juge toute retraite impossible, qu'il ne s'agit plus pour lui que de faire payer chèrement sa mort, il est plein de résolution; et je me rappelle souvent à ce sujet, le récit d'une journée de combat, dans laquelle des indi-' gènes cernés au sommet d'un rocher à pic, et privés de tout moyen de fuite, donnèrent des preuves d'une re» marquable intrépidité* La plupart se défendirent avec vigueur jusqu'à ce qu'ils reçussent le coup mortel; mais, quelques-uns, animés d'une résolution sublime, se précipitèrent chacun sur un des assaillants, qui étaient d6s chasseurs i pied, et les enlaçant dans leurs bras, les en* traînèrent avec eux dans les précipices, devsmçant ainsi
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la mort, de leur propre gré, maU la donnant du moinsà un ennemi.
Il ne faut pas oublier non plus^ que dans sa lutte areô nous rindigëne n'avait ni organisation, ni discipline, ces excellents ressorts au moyen desquels vingt bons soldats en nlaintieùtient et entraînent cent médiocres. Aussi le jour où l'on a institué sérieusement des corps de troupes indigènes, avec de bons officiers français; le jour où on leur a fait comprendre nos sentiments d'honneur militaire, nous avons vu les tirailleurs algériens rivaliser avec nos soldats, non-seulement sur le territoire africain, ce qui ne paraîtrait pas étonnant, mais en Crimée même, dans une guerre bien autrement terrible.
Sous ce rapport donc encore, je suis heureux de faire voir que ce peuple intéressant est tout disposé à accepter nos idéed^ si nous savons les lui présenter d'une façon convenable*
Je n'ai pas commandé de goum dans de longues opéra-> tions, à de grandes distances, telles que celles qui se pratiquent dans les parties méridionales de l'Algérie, le payd des oasis et des populations nomades; mais souvent et dans des circonstances assez difficiles^ j'ai dirigé quel-» ques-uns de ces groupes de cavaliers et fantassins auxi^ liaires, et voici ce que l'expérience de ces conmiandements m'a fait reconnattre.
D'une troupe irrégulière indigène, on doit exiger fort peu de choses, mais que ce soit les choses essentielles, et dans ce cas, employer une grande énergie, s'il le faut, pour les obtenir. J'ai vu des officiers trop habitués à nos coutumes militaires, vouloir prescrire des détails minutieux et inutiles, échouer contre l'inertie inévitable de leurs gens, et se mettre ensuite dans des accès de colère d'autant plus ridicules, qu'ils étaient motivés, aux yeux de tous, par des causes excessivement hitiles. Avec de semblables dispositions pn réussit rarement à bien mener un goum. En se bornant au contraire à exiger un ordre de marche, qui laisse une certaine latitude aux individus sans gêner l'ensemble des opérations, en donnant quelques indications bien nettes, sur le mode de camper, d'abreuver les bêtes, de faire le fourrage et le bois, de se garder, en évitant de fatiguer son monde par de perpétuelles recommandations, on obtient tous les résultats possibles aveo ces sortes de troupes.
Il n'est pas sans importance pour le chef de ces contingents, d'avoir de beaux chevaux, de s'être acquis une réputation de hardi cavalier (moulez chabir^ maître de l'éperon), et d'avoir déjà accompli quelque action de guerre, que les partisans du Prophète puissent citer avec leur emphase naturelle.
• En dehors de toutes ces conditions, la précaution la
plus essentielle, je crois, pour bien mener à fin une opéraion de quelque durée, c'est de connaître parfaitement par soi-même ou par renseignement, le pays dans lequel on doit agir.
Un examen attentif de la plupart des entreprises faites par nous et qui ont eu des résultats malheureux, m'a presque toujours fait reconnaître que la cause principale de ces échecs était dans l'ignorance des chefs, relativement au terrain qu'ils avaient à parcourir. Cette observation me donnait la clef de toutes les fautes commises, et me faisai); comprendre comment telle série de positions n'avait pas été occupée, comment à un moment donné la troupe agissante avait été cernée sans pouvoir le pressentir, et accablée sans espoir de secours, sans possibilité de retraite. Et cela, non-seulement pour les événements qui se sont passés de nos jours, mais pour tous ceux des temps passés, sur lesquels j'ai pu avoir quelques données, notamment en ce qui concerne les armées turques et espagnoles.
Lorsque l'on n'a pas vu une région par soi-même, il est difficile de se la faire expliquer par les indigènes qui sont tout à fait incapables de tracer des indications sur le papier; il faut alors avoir recours à des moyens tout primitifs. On peut sur le sol même, en fixant d'avance quelques points principaux, se faire indiquer les mouvements de terrain, en se servant de tous les objets que l'on peut
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avoir «ous la main, et qui représenteront les cours d'èàU,
leg montagnes, les collines, les bois, etc.
Dans ce cas, on ne saurait mettre trop de patienôô dans les explications à demander^ et il faut avoif soin àp faire recommencer à nouveau la démonstration par plusieurs individus appelée exprès de divers côtés. Il arrivera encore malgré cela, que bien souvent la vue du pays modifiera grandement les images que Ton s'en était créées; tel défilé que Ton aurait <5ru inquiétant, n'est point dangereux, tel autre passage qui semblait devoir être facile, est périlleux à franchir.
J'aifailli payer cher, sous l'injonction d'un de mes chefs, l'inobservance des précautions que je viens d'indiquer.
L'officier en question, commandant de cercle, venait de conduire quelques troupes de renfort à une colonne expéditionnaire, et nous revenions ensemble avec une cinquantaine de cavaliers et malencontreusement une vingtaine de bêtes de somme chargées. Nous étions &ut Un point de la frontière môme, alors un peu en émoi ; et le parti le plus sage pour nous était de rentrer au plus Vite au milieu de nos tribus soumises. Mais le comman* dàttt eut l'idée ^ sous prétexte d'étudier un projet de route stratégique à proposer au général, de nous faire faire parallèlement à la frontière, et dans un^pâté de montagnes., une marche peu rassurante.
d'un chef 1>£ BtttKÂU ARABE. 190
-^ c J6 connais le pays, disaiUl, je l^ai dôjà parcotini une fois, ce sera raffaire dô trois heures aa plus^ il n'j a rien à craindre.
— » Mais, âvai*-je beau répliquer^ songez donc, combien nous avons de ravins à traverser, de montagnes à côupêr; si nous sommes attaqués à mi-chemin, si nous avons des blessés, nous qui déjà conduisons un petit convoi debètes de somme, quel ne sera pas notre embarras?...
^ » Le pays est abandonné, les tribus qui l'habitaient^ Tiennent, vous le savez bien^ d'émigrer.
— > Rais(5h de plus, insistai-je» sur ce territoire, où il n'y a plus ni douars ni troupeaux pour la sécurité des* quels la population ait à craindre, il y a bien certainement au sommet des pitons, quelques jeunes geiis armés, curieux de voir ôe qui se passe, pour en rendre compte à leurs frères; si nous sommes aperçus, il est possible que dignal en soit donné, et que Uotts soyons assaillis dans une mauvaise position.
^ » Ah bah ! nous avons de la pôUdrô, et vos objections m'étonnent de vous^ qui dernièrement avez fait tel coup, et puis tel autre bien plus dangereux.
— » Ne le croyez pas^ cô que j'ai fait qui vous parait si extraordinaire, et qui en effet pour beaucoup d'autres officiers eût été impossible, vous semblerait moins difficile, si Vous Connaissiez toute la série de précautions, de
renseignements, d'indices certains que j'avais à ma disposition. La place d'un douar, d'une tente, la présence ou l'absence d'un individu, la réunion des troupeaux à un endroit plutôt qu'à un autre, et d'autres signes encore étaient pour moi des avis précieux ; j'avais de plus, des moyens d'action sur la population, et la possibilité, par exemple, de faire attirer les fractions hostiles, sur un point, loin duquel je passerais, tandis que les groupes amis avaient leurs contingents en mesure de me soutenir sur d'autres positions convenues à l'avance; en un mot, j'avais beaucoup de chances assurées de mon côté, dans la partie que je jouais. Ge n'est qu'à la condition d'avoir prévu toutes les difficultés et d'y avoir paré, que l'on peut tenter des coups qui paraissent .ensuite très-hardis. Ici, rien de semblable, nous nous jetons en aveugles dans l'inconnu, votre détermination m'effraie...
— » Allons, allons, il faut être plus aventureux, marchons I >
Il faut dire que ce chef était un de ces officiers, doués du reste de certaines qualités, mais pleins d'une confiance exagérée, gâtés par la facilité constante que donne l'exercice du pouvoir militaire dans l'exécution des choses ordinaires, et entre les mains desquels une troupe est fort exposée.
Gestes et regards, tout semble indiquer dans leur per-
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sonne impérieuse des dispositions précieuses pour le commandement, et cela est vrai du reste pour les circonstances habituelles, mais l'impression n'est plus la même, lorsqu'on les a vus aux prises avec de périlleuses difficultés.
J'ai fait cette observation, et beaucoup d'autres militaires, ainsi que moi, dans maintes occasions.
La marche commence enfin, j'étais très-soucieux, mon chef au contraire toujours plein d'assurance, se montrait légèrement railleur. Pendant une heure environ, aucun incident ne se produit, le pays était très-accidenté, mais désert; nous franchissons tranquillement quelques mouvements de terrain, lorsque tout à coup un petit berger qui se trouvait au. fond d'une vallée trèsverte, en compagnie de quelques ânes qu'il faisait pâturer, s'effraie à la vue des burnouss rouges, et se sauve en abandonnant ses bêtes et criant de toutes ses forces.
Au môme instant, sur un mamelon éloigné un autre jeune homme pousse des cris aigus. On sait que les gensde montagne ont une façon de vociférer qui leur est particulière et qui s'entend de très-loin ; ce jour là, le temps était très-calme, et je ne sais par quelle circonstance atmosphérique malheureuse pour nous, les sons répercutés par de nombreux échos parcouraient le pays, pleins de vibration.
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Le commandant comprit aussitôt la faute commise ; ce jeune homme impatientant, que Ton ne pouvait attein» dre, allait peut-être faire arriver contre nous de nom» breux, agresseurs, et dans ce cas, quelle fin absurde nous allions faire I
On pressa la marche, mon chef avait perdu tout esprit de raillerie. Les cris continuaient toujours ; bien mieux, sur un autre sommet, ce fut une vieille femme qui vint se mettre de la partie ; cette satanée sorcière avait la voix encore plus stridente que celle du jeune homme. Nous étions impatientés et irrités au dernier point par ces appels pleins d'une féroce exaltation •
Enfin, un, deux, plusieurs coups de fusils sont dirigés sur nous, mais hors de portée et sans qu'on puisse distinguer les tireurs. A quelques minutes d'intervalle, d'autres coups de feu retentissent un peu plus près de nous : cette fois, les ballejs passent en gémissant (1) sur nos têtes.
h suis de ceux qui s'inquiètent bien plus avant l'arrivée des événements qu'ils prévoient, qu'une fois en présence de ces événements. Mon chef avait les dispositions
(1) 4e dis, gémissant, avec intention. Les personnes qui ont combattu les Arabes, ont dû remarquer, que quelquefois leurs balles font entendre des sons qui ressemblent à des plaintes; ce qui tient dans ce cas, au peu de sphéricité du projectile, et à des points laissés en saillie sur sa surface.
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contraires; le voilà en ce moment véritablemient bouleyersé, parce qu'en outre du danger personnel, il y a surtout pour lui, la responsabilité. Il avait pâli légèrement, et abandonné tout h fait ses façons olympiennes, je m'étais senti, par contre, naître de la résolution, de l'entrain, les rôles étaient changés; par la force des choses, je devenais le chef véritable de la petite troupe.
— Voyons vite, mon cher, me dit le commandant, oous n'avons pas de temps à perdre, qu'allons-nous faire, vous qui avQz l'habitude da ces situations, que pensez-
VQUS?
— Il faut faire la part du feu ; vous allez partir le plus promptement possible, avec le gros de la troupe et le con"< voi; je vais rester en arrière, avec les huit ou dix cavaliers les plus braves, que je vais désigner moi-même; s'il se fait des rassemblements, nous tâcherons de les attirer sur nous, et nous tiendrons le plus possible, pour vous dotfner le temps de vous tirer de ce guêpier,,,
—Ce n'est pas le beau rôle que vous me faites jouer làî *- Certainement, mais vous êtes le chef, et s'il doit rester quelqu'un ici , il vaut mieux que ce soit moi et quelques cavaliers, que la troupe entière et surtout vous; songez à l'effet produit à Alger, en France, Allez-vous-en promptement et surtout ne vous arrêtez pas, ne revenez pas, quoi qu'il airrive,
L'ensemble de la troupe prit les devants;' et moi et mes dix hommes restés en arrière nous commençâmes à nous retirer lentement, en fouillant le terrain, pour laisser de suite une grande distance entre nous et nos camarades.
Après avoir passé un ruisseau, nous prenons position sur un joli petit tertre, il mè semble le voir encore; le commandant et son monde étaient à peine à un quart de lieue, lorsque tout à coup des balles assez nombreuses nous arrivent des buissons environnants. Deux de nos chevaux sont blessés, et pour comble de contrariété, aux jambes; plusieurs burnouss sont troués, j'ai un de ces énormes chapeaux de paille à l'arabe, éraflé. .
Décidément la position empire; nous sommes cependant résolus à jouer notre rôle jusqu'au bout; une moitié de mes cavaliers reste en position, l'autre fouille les environs, mais on ne rencontre personne, et nous nous retirons d'autant plus lentement que deux de nos chevaux boitaient.
Sur ces entrefaites, le commandant au bruit des détonnations n'avait pu maîtriser cette voix intérieure qui crie à tout homme de guerre qui entend la poudre de s'y pwter ; il arrivait à toute bride avec des cavaliers de renfort. Dès lors le restant de la troupe, inquiet de ce qui allait survenir, ne s'en allait plus qu'à petits pas, et regardant
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toujours derrière soi. La combinaison que j'avais fait prévaloir était manquée; il devenait certain maintenant qu'en cas d'attaque sérieuse, nous serions à peu près tous détruits.
Fort heureusement, nous ne vîmes plus rien , les quelques montagnards qui nous avaient assaillis, et qui étaient sans doute les seuls à portée d'entendre les cris de la vieille femme et du jeune homme, n'avaient probablement pas de munitions pour recharger leurs armes. Nous revînmes sans encombre, ramenant même les ânes du petit berger et quelques autres bêtes que nous trouvâmes en route.
On a souvent eu occasion de lire dans les relations ou bulletins, la manière dont se fait une razzia ou coup de main sur des tribus; les dispositions prises, la marche, le combat, le succès sont généralement expliqués; pour éviter les redites je donnerai seulement quelques détails sur le retour d'une grande razzia, fait peu décrit habituellement.
Ces retours sont faciles dans les immenses plaines du Sud, mais il n'en est pas de mêpae dans les pays de montagnes, et lorsqu'on est à proximité de l'ennemi; j'ai observé par moi-même, que ramener, dans ces conditions, de nombreux troupeaux était une rude besogne.
Après avoir fait, avec beaucoup de bonheur, à la tête
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de 4 ou 500 auxiliaires du pays, la plupart à pied, une razzia considérable sur un grand nombre de troupeaux ennemis, que je savais devoir être réunie un certain jour» sur un point connu de moi, je fus fort désappointé de voir, une fois la retraite commencée, la lenteur et les embarras de la marche. Dans ces sentiers de montagne, le bétail tenait un espace considérable; la tête du con"» voi était déjà à Tabri, en pays sûr, là où il était convenu que Ton conduirait la prise, que la queue de la colonne était encore, presque sur le terrain de la razzia, c'est-àdire à plus de trois lieues»
Je restai, on ïè pense bien, avec les hommes d'élite, ^ Tarrière^garde, là, où pouvait se présenter le danger, mais j'étais informé à chaque instant de ce qui se passait en avant; les bêtes provenant de troupeaux différents étaient difficiles à conduire; les capteurs excités par l'action de l'enlèvement et Tappât d'un gain considérable, étaient dans une grande exaltation; il en résultait des clameurs qui, mêlées aux bêlements des moutons, aux beuglemeots des bœufs, lesquels, dans ces circonstances, semblent ainsi protester par leurs cris contre des événements inaccoutumés, entretenaient un désordre peu ras^ çuraut» Les hommes chargés de conduire la prise, après avoir coupé la queue des boèufs retardataires, ce qui est m moi en da lès exiler à la marche, k bout d^ cette
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ressourto, licbent à chaque moment des coups de fasil, ce qui est encore un autre procédé pour faire avancer le bétail.
Toutes ces causes diverses occasionnaient un tel désarroi, que, si des attaques sérieuses fussent tombées sur nos flancs, nous eussions certainement perdu beaucoup . d'hommes et une grande partie de la prise. Bien que ti*ès-assurô des derrières de la colonne, que je protégeais par une retraite r^liëre déposition en position, j'étais fort inquiet des accidents qui pouvaient survenir sur d'autres points, et j'en conclus, pour nos opérations futures, qu'indépendanunent des mesures à prendre pour l6 succès d'une razzia, il fallait encore se préoccuper d'avance des moyens de la ramener. Dans le cas dont il s'agit, nous n'eûmes heureusement à essuyer que quelques coups de fusil de protestation, mais point de tentative énergique de la part de l'ennemi.
Comme exemple d'une surprise à opérer sur un en** nemi à proximité duquel on se trouve, j'ai en souvenir un petit coup de main, dont le narré sera comme Ténumération des diverses précautions à observer en pareil cas.
Les troupeaux sont à peu près les seuls intérêts considérables et saisissables des tribus; les leur enlever peut avoir autant d'importance pour la suite des événements,
que, dans une guerre européenne, la prise des villes. Or, j'étais informé que des fractions de tribu, étrangères et môme hostiles, de notre frontière, faisaient pâturer leurs bestiaux, dans une certaine plaine, située dans la zone douteuse qui longe nos limites, et pour des raisons trop longues à expliquer ici, j'en vins à décider qu'il fallait faire sur ces groupes de populations, un coup propre à leur inspirer plus de circonspection. D'autre patt, la situation des tribus limitrophes était telle, que, charger un chef indigène de la conduite .du coup de main, c'était ou faire échouer la tentative, ou amener une conflagration trop considérable ; et ce n'était pas ce que je voulais; je désirais seulement faire arriver une sorte d'avertissement vigoureux de l'autorité.
Les pâturages en question étaient à sept ou huit lieues du chef-lieu de mon cercle; à mi-distance, j'avais dans un douar une quinzaine de cavaliers soldés pour le service du commandement.
J'envoyai pendant plusieurs jours de suite, et sous divers prétextes, un indigène, à moi, d'une tribu étrangère au cercle, ayant tout intérêt à nous bien servir, et qui avait du reste fait ses preuves, prendre des renseignements, et voir par ses yeux la marche et l'emplacement habituel du bétail convoité, puis un soir, vers dix heures, sans avoir prévenu à l'avance mon individu, je
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lui fis dire de monter à cheval, et de m'accompagner, hii prescrivant de me conduire à travers bois, par un sentier détourné, au douar des cavaliers dont j'ai parlé plu$ haut.
Cette marche nocturne ne fut pas une des épreuves les moins dangereuses de ma vie d'Afrique; à chaque instant ma tête buttait contre les branches d'arbres, mes jambes frappaient contre les troncs ; mais enfin, nos chevaux tenus en éveil par le voisinage des bêtes fauves dont ils sentaient les traces, ne démentirent pas les qua* lités précieuses de cette race barbe si adroite et si intelligente, et ils nous tirèrent d'embarras.
Vers une heure du matin, nous arrivons chez mes cavaliers; je les fais éveiller l'un après l'autre, et monter aussitôt à cheval, en leur annonçant sous le sceau du secret, un coup de main à exécuter sur une tribu qui avait donné lieu à notre mécontentement, mais qui se trouvait dans une direction autre que celle que nous devions suivre.
J'eus encore le soin d'ordonner que mes hommes ne montassent que des chevaux; la présence des juments dans le goum pouvant faire naître des hennissements dénonciateurs.
Nous nous mettons en marche dans la, direction annoncée d'abord, puis, à un quart de lieue environ,