‹ Souvenirs d'un chef de bureau arabe (volume 2)Chapitre 11 sur 21 · MO SOUVENIRS · texte numérisé non relu

MO SOUVENIRS

quand je n'ai plnà à (^aindra d'indi8créti0n« je fois faire un crochet bien prononcé et nous nous dirigeons sur la population que je voulafe punir. Mes cavaliers comprirent aussitôt ce dont il s'agissait, et ne purent s'empéoher» tout en approuvant, de sourire de la façon dont l'entreprise était m^ée^

Vers qtiati^e ou einq heures du matin^ longtemps avant le jour^ car nous étions en hiver^ nous nous mettons à l'abri sous un petit bois^ dans un pli de terrain, qui nous cachait complètement, et ou nous étions à proximité dôs lieux sur lesquels ûous avions à agir. Je fis mettre pied à terre à tout le monde autour de moi, et je plaçai en vedette^ sur le point culminant, acGroupl,derrière un buisson, mon ootifident, celui qui était venu reconnaître l'emplacement et sur les indications duquel j'avais arrêté l'installation de l'embuseade;

Cet homme avait une de ces vues extraordinaires, comme on en rencontre chez les indigènes, parmi lesquels on trouve quelquefois des individus qui voient aussi bien avec leurs yeux que nous aVec nos lunettes d'approche. Lorsqu'on parcourt l'horizon avec un de ces instruments d'optique^ et qu'on Crqit fort étonner son entourage, en disant: « Je vois là-bas un groupe d'individus; » l'on n'est pas peu surpris d'entendre dire près de soi : t Ah t oui, vraiment, à cété de tel accident de terrain ; ces in-

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diridiîs t)ortènt le haïk et le burnouss de telle ou telle façon, ils marchent dans telle direction, ils vont à tel marché, faire telle provision, etc. »

Au petit jour, mon éclaireur prévient qu'il voit briller quelques fusils; ce sontceux des jeunes gens qui viennent habituellement en avant pour voir ce qui se passe, et s'assurer que rien n'indique un danger. Et, en effet, quelque temps après, les bestiaux commencent à déboucher dans la plaine. Je fais monter à cheval, et quand un des troupeaux est au point où je le voulais, voir arriver, pour l'enlever, hopl nous partons au trot, puis au galop, pour ne plus le quitter jusqu'à ce que tout soit fini. Atteindre le troupeau désigné, le cerner, l'entraîner en prenant la direction de nos tribus, fut l'affaire de quelques instants* Des cotlps de fusil se font entendre derrière noiis, nous n'y répondons' pas, l'important est de sortir au plus vite du terrain sur lequel nous sommes, le succès dépend de la vitésse-

Nous arrivions sur le territoire de nos tribus, lorsqu'accourent sur nos flancs de nombreux groupes armés qui nous couchent en joue; heureusement mes cavaliers ont reconnu les assaillants : t Que faites-vous, enfants^

> s'écrient-ils, sans tarder, c'est notre chef, si Gouni,

> (mon nom arabisé), et nous, nous sommes vos » frères. »

C'étaient en effet des gens de nos douars, qui, aux premiers coups de fusil entendus, étaient accourus voir ce qui se passait, et nous apercevant lancés au galop, avaient cru à une attaque de l'ennemi. Cette circonstance, du reste, n'était pas faite pour encourager une poursuite à outrance de la part des individus que nous venions de punir; nous avions même trop d'avance pour être atteints ; le coup avait parfaitement réussi.

Je viens de parler de mon éclaireur ; c'est l'ocôasion de rappeler un fait qui le concerne; il m'avait communiqué un certain jour une très-bonne idée, c'était de profiter d'une de ces journées franchement pluvieuses, pendant lesquelles il est évident que l'eau ne cessera pas de tomber, pour fondre avec une cinquantaine de cavaliers armés de fusils à percussion, sur une tribu ennemie et de la razzer à fond, sans s'inquiéter du nombre de ses défenseurs qui munis de fusils à pierre, seraient presque dans l'impossibilité de nous nuire. J'avais jugé le coup très-faisable, et je ne me rappelle plus quels motifs nous empêchèrent de mettre ce projet à exécution.

Les montagnards de mon cercle aimaient beaucoup la guerre, mais réduite à de petites proportions, et faite avec cet esprit que j'ai déjà signalé, et qui fait que l'état d'hostilité se perpétue, parce que le parti qui voit l'affaire tourner à son désavantage, cède aussitôt, quitte à

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tenter la fwtune pjus tard ; et c'est toujours à recommencer.

J'ai assisté à plusieurs de leurs combats, j'en ai dirigé nn entre autres qui m'a laissé de vifs souvenirs, parce que le succès se fit longtemps attendre pour nous. Vm tribu de mon commandement était attaquée par une quantité considérable d'ennemis venus de fort loin, et réunis en une sorte de ligue contre le développement que prenait chaque jour notre influence sur la frontière. Je m'étais rendu en toute hâte au milieu de la population menacée, et au moment où commence mon récit, la situation était fort critique. Notre position sijr le terrain, assez bonne du reste, était défendue par environ deux cents hommes embusqués derrière des broussailles et des fragments de rocher ; les assaillants au nombre de douze ou quinze cents, occupaient un long pli du sol, d'où, accroupis contre des touffes d'arbustes ou 4es pierres, ils faisaient un feu très-nourri. Ils étaient dans la tenue de combat du pays, c'est-à-dire presque nus, vêtus seulement d'une sorte de grande chemise relevée entre les jambes, et serrée à la taille par une ceinture à laquelle étaient attachés des poignards ou couteaux de diverses dimensions ; la cartouchière et le fusil complétaient l'armement, et une calotte graisseuse le vêtement.

su sottfeNiâd

La partietilarité k plus saillante de cette attaque coti* sistait dans les cris féroces poussés par les agrtssèws suivant une certaine mesure bizarre et saûtage^ et il y atait assurément dans ces clameurs de quoi intimider â« nouveaux débarqués* Mes gens se contentaient de se maintenir, attentifs à ne négliger aiicune précaution, â ne découvrir aucune partie de leur'position } nottsatten* dions ensemble pour prendre l'offensive l'arrivée des contingents que le bruit de la poudre devait amener, et, nés ennemis de leur côté continuaient & tirailler en criant, décidés à ne marcher en avant que lorsqu'ils auraient vu chez nous un commencement de désordre, un mou«' rement de retraite, ou une maladresse quelconque.

Enfin, les guerriers des fractions voisines commencé* rent à arriver; quand il y en eut un nombre suflSsant, j'ordonnai l'attaque et ce fut aU tour de mes montagnards à pousser les cris de guerre. Je fis passer tout mon monde sur la droite de l'ennemi, avec l'intention marquée d'oo eUper une ligne de mamelons Sur ses flancs et Ses der* rières. Le mouvement se dessina avec beaucoup de résolution^ et j'eus alot« l'occasion de remarquer mieux que je ne Tàvals jamais pu faire, combien les habitants de ce pays étaient habiles à profiter de la Moindre sinuosité ûé terrain pour se couvrir, et arriver en tapinois aux points stratégiques des différentes positions ; sur un ver^

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saBtquif à Vœil, me parai$$ait très-uoi, ik trouTaiantlo moyen ia s'étendre en longs rubans, presque à couvprt des feux ennemis. lie piarti exposé ep faisait mtm\ à» son côté, et je me trouvai pendant m moment, au mi* lieu d'une atmosphère d^ poudre, d^ bruits eniyraiits de détonnatiops, de clameurs. C'est un de ces rares in*' stants de bonheur, que Ton désira quelquefois bien long* temps, avant de pouvoir les rencpntrer. La vie semble pluscomplète, peut-être parce qu'on est exposé h la per* dre d'une minutie à l'autre, l'air ^mble meilleur et plus pur^ le cœur se dilate, les poumons fonctionnent plus librement.

Ce petit combat, au point où dous en sommes, ne resta pis longtemps douteux ; dès que notre mouvement tour* ftant avait été commencé, l'ennemi avait pensé à se reti- Fer; au moment où nous vimes chez lui un peu de dé-» «ordre, nous courûmes avec quelques cavaliers pour aehever ia déroute, et les assaillants disparurent de toute part. U y eut, je crois, sept ou huit tués et une quinzaine de blessés chez les vaincus, et moitié moins de notre côté.

Je n^ crois mieux pouvoir terminer cette partie de mes récits, que par l'esquisse d'un v'iqvlx mekhr^eni (serviteur de l'autorité).

Simm avait de cinquante à$(^^nt6 ans» on le diluait

habituellement sous le nom du vieux Samou, parce que depuis plus de trente-cinq ans, il agissait toujours dans les mêmes régions, et que dans le pajs personne n'avait exercé d'une manière aussi constant^ et aussi longtemps son rude naétier. Il avait assisté à une quantité considérable de combats, opéré un nombre fabuleux de razzias, et, la carte du pays en main, il se trouvait que soit avant notre conquête, soit après, il avait eu à sévir sur toutes les fractions de tribus, et même sur presque toutes les familles ; aussi avait-il beaucoup d'ennemis, et s' entourait-il dans sa vie privée de certaines précautions. Rien ne serait plus curieux que la biographie complète de ce personnage, j'en ai entendu quelques fragments par hasard dans les conversations, ce n'était qu'une suite de péripéties émouvantes ;Samou avait son cheval tué ou blessé, et était obligé de fuir à pied au milieu du pays ennemi et à travers mille dangers, ou bien il était blessé lui-même, et se réfugiait avec peine dans quelque fourré; il traversait à la saison des pluies des rivières torrentueuses et était entraîné an loin, roulé, meurtri et plus qu'à moitié mort ; échappé à une première embuscade, il avait à essuyer les attaques d'une seconde, et ainsi de suite pendant plus de trente ans.

Lorsque j'arrivai dans le cercle où se passait tout ce qui précède, Samou était le chef des cavaliers r^liers,

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mis à la disposition de Tautorité, et c'était bien le poste qui lui convînt ; je fis promptement connaissance ârec lui et appréciai ses qualités, seulMoient il ne fallait le mettre que sur un ordre d'idées, razzias, tueries, emprisonnements.

A peine avais-je prononcé devant lui le nom d'une tribu, qu'il intervenait aussitôt en demandant, combien veux-tu de troupeaux ? combien d'otages? pour quelle époque les fautril ? et déjà il ruminait tous ses petits plans. C'était un homme, uniquement d'action, mais trèsbien doué sous ce dernier point de vue.

La première fois que. j'eus à m'en servir sérieusement, conmie je voulais arriver à dirigçr moi-même toutes les actions un peu importantes qui se feraient dans le pays, j'avais donné rendez-vous à Samou et à ses cavaliers, sur un point où je me promettais de le faire travailler en ma présence. Je le' trouvai singulièrement accoutré, mais je compris de suite, à sa vue, tout ce que Kon m'avait déjà raconté du vieux serviteur.

Il avait pour tout, vêtement un de ces petits cabans de

bure, comme en portent les marins de la Méditerranée;

le capuchon de ce caban serré solidement autour de lï

tête avec une corde db chameau était sa seule coiffure,

une ceinture et une cartouchière bien assujetties liaient le

caban, au milieu du corps; il n'avait pas de bumoùss, ce

vêtement si indispensable du musulman qu'on a fait sur lui ce dicton :

Mealem bla burnoatB, Ki kelb bla bassous .

C'est-à-dire :

Un miitulman sans btirnotiM, (est) Comme un chien sans queue.

n n'avait pas non plus de pantalon, et sa chemise relevée sur la selle entre ses cuisses, laissait voir ses membres inférieurs nus jusqu'au-dessus du genou ; les pieds étaient à moitié chaussés de savates du pays ; il n'avait même pas d'éperons, mais les coins des étriers étaient tranchants et remplissaient le même butqueleséperonS) sans être embarrassants comme eux. C'était une longue expérience qui avait indiqué à Samou ce simple et commode accoutrement. Le cheval lui-même avait été soumis à je ne sais quel mode d'entraînement, il avait perdu son ventre du jour au lendemain.

Samou bien installé siir sa monture, les jambes trèspliées, à l'orientale, les genoux hauts, le corps droit, les épaules un peu penchées en avant ainsi que la tête comme il convient à un guetteur, l'œil préoccupé, fixe et avide, là figure noire et rude, sèche et maigre comme tout Tin* dividu, mais bien fournie de muscles, le fusil verticale-

ment et fièrement campé sur la cuisse droite, Samou avait tout l'aspect d'un grand oiseau de proie perché, et c'était bien le modèle le plus accompli du pirate de terre.

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