‹ Souvenirs d'un chef de bureau arabe (volume 2)Chapitre 20 sur 21 · UNE SOIRÉE DE HACHIGH · texte numérisé non relu

UNE SOIRÉE DE HACHIGH

intermittences régulières de folie et de raison, et ce n*est que vers quatre heures, c'est-à-dire vingt -deux heures après l'absorption du hachich, qu'un violent mal de tête est venu me remettre dans mon état naturel. »

Tel est le récit dont j'ai encore la copie écrite sous la dictée même de notre compagnon quelques instants après sa délivrance , le mot est rigoureusement juste; je n'y ai rien changé, et tel qu'il iBst, par ses bizarreries et ses incohérences, il n'en est que plus original peut-être.

Quant à moi-même, mon ivresse n'a pas été aussi longue ni aussi agitée d'alternatives; la voici :

Le dîner venait de finir et je fumais un tchibouk, lorsque j'ai vu la personne dont je viens de donner la narration tomber dans la crise nerveuse par laquelle commença son hallucination. En m'apercevantxie cet étal, tout l'étourdissement causé parle bruit et le vin s'évanouit, et je me précipitai pour lui porter secours. Je lui avais à peine demandé quelles étaient ses souffrances, que mes jambes cédèrent sous moi, et je tombai sur le divan sans connaissance. On dit autour de moi qu'il fallait me donner du citron, je l'ai parfaitement entendu ; une sorte de bourdonne-

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ment aigu résonnait à mes oreilles, comme celui qui suit une violente contusion. La chambre, dans ma pensée comme dans celle de Tautre, était devenue immense, éclairée de bougies à perte de vue ; tous les assistants, des géants aux genoux desquels j'atteignais à peine. J'ai tenté encore un effort pour afler vers mon ami, mais je me suis senti complètement impuissant à le faire. Alors la tournure de mes pensées est devenue horrible. Comme dans l'ivresse du vin, une idée fixe m'obsédait, celle de secourir ce pauvre garçon. Dans l'impossibilité d'y arriver, je fus pris de pleurs nerveux qui me faisaient beaucoup souffrir. Je croyais surtout être l'objet des moqueries de tous, et cela m'exaspérait, en cela fort semblable à bien des gens atteints d'aliénation mentale. J'ai entendu alors qu'on se disposait à m'emporter, et j'opposai une résistance, à mon sens désespérée, et qui se trouva par le fait nulle ou à peu près. Je demandais pardon à mon ami de l'abandonner, le croyant en danger, et me plaignant amèrement des violences dont j'étais l'objet. On me mit au lit, et là je me crus étouffé; mon domestique, qui était accouru, dut subir toutes mes supplications de ne pas me quitter, de rester près de moi, et il eut d'autant plus de mérite à le faire, qu'il obéissait lui-même au hachich. 11 se sentit subitement gonfler, mais gonfler outre mesure.

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11 iiiangea trois citrons et but de suite deux carafes d'eau; mais ce gonflement fantastique ne s'arrêtait pas, et il manifesta à plusieurs reprises la crainte de ne pouvoir sous peu sortir par la porte de l'appartement.

— Monsieur, monsieur, me dit-il en m'offrant à boire, dépêchez- vous, dépêchez- vous, je gonfle, je ne vais plus pouvoir m'en aller...

Ce fut la seule volupté dont ce bon serviteur rencontra la jouissance.

Mais revenons à moi.

Tout le temps qu'a duré cet état, j'ai eu conscience de ce qui se passait au moment même, perdant le souvenir de ce qui venait à l'instant précédent d'avoir lieu. Toutefois, j'ai vu à plusieurs reprises une grande route comme celles de France, s'étendant à une distance inouïe, en ligne directe, et, sur cette route, ma raison devenue un objet de forme ronde, impossible h définir, s'enfuyant loin de moi. Un voile couvrait mes yeux, et je ne voyais plus rien. La figure du consul, assez pâle et sévère ordinairement, s'était identifiée dans mon esprit avec celle de Méphistophélès dans Faust, et son rire me glaçait. Je n'aurais pas voulu lui faire de mal, mais il m'inspirait une peur

insurmontable. Par bonheur, je parvins à m'endormir d'un sommeil de plomb, et le lendemain il ne me restait qu'une grande lourdeur de tête et Timpossibllité de fixer longtemps ma pensée sur un point précis.

Je n'insisterai pas longuement sur les effets produits par le hachich sur le reste des convives 5 les uns se sentirent seulement étourdis, les autres abruUs ; le même qui était p(5rté la veille à la tendresse y fut de nouveau enclin et persistait à nommer Julie son plus proche voisin , en lui adressant les phrases les plus passionnées. Mais, sauf ce dernier, aucun, dans la seconde expérience, ne passa parles extases si vantées en général par les amateurs, et sur lesquelles nous comptions en nous livrant avec tant de bonne volonté au hachich.

Ainsi se termina pour nous Tannée 1850, et tels sont les deux essais que nous avons faits du hachich. J'ai cédé, en les racontant, au désir d'éclairer plusieurs bons amis à moi , désireux de connaître les joies procurées par ce narcotique, et à Fenvie de leur montrer les conséquences de l'employer sans connaître les proportions exactes au moyen desquelles on peut s'arrêter sur la limite du plaisir. Ils seront d'avis, je pense, que nous l'avions singulière-

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ment dépassée, et nous nous estimons bien beureux d'en être sortis à si bon marché , bien décidés à ne pas recommencer. Je ne doute point que , pris en doses modérées , le hachich ne produise une ivresse assez douce et un abrutissement agréable; mais il faut se contenter de peu de folie , de crainte d'en trop avoir. £t comment , en effet , fixer la mesure, puisque les effets varient suivant le système nerveux des individus? Grâce au ciel, nous étions tous d'un tempérament pacifique , et aucun ne fut pris d'accès de colère, car, dans le paroxysme de l'excitation, il serait certainement advenu des malheurs. Maintenant , que les partisans du hachidi se livrent en paix à cet innocent plaisir, que l'ivresse leur soit légère, mais qu'ils évitent, pour expérimenter, l'auberge de monsieur Meshulam, à Jérusalem , car, à notre retour de la mer Morte, on ne voulut plus nous y recevoir, et, depuis nous, les hachichin y sont en mauvaise odeur.

Pllf d'une soirée de BACHIGH a JÉRUSALEM.

DU

PAR M. F. DE SALLCY.

NOT:.' 1. — BIAR-DAOUD

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Les PUITS DE DAVID soiit situés à quelques centaines de mètres au nord de Beit-Lehm, à gauche de la route qui conuit de Jérusalem au couvent de la Nativité. Trois puits, creusés dans le roc, ouvrent sur des citernes communiquant probablement entre elles. Des rigoles réunissent les orifices des puits et ont servi à Técoulement de Teau qui en était extraite. Autour des Biar-Daoud le terrain est semé de petits cubes de mosaïque dont la présence atteste l'existence en ce point de quelque édifice somptueux qui n'aura pas laissé d'autre trace.

Le nom que portent ces puits donne lieu de penser que ce sont ceux dont parle la Bible (Chroniques, I, xi, 17) , en

les dôsignant ainsi : La citerne deBeit-Lehni, qui est à la porte. On se rappelle que Darid, bloquant les Philistins dans la forteresse de Beit-Lehm, eut envie de boire de Veau de cette citerne. Il y avait un péril certain à aller puiser cette eau, car il fallait traverser les postes ennemis. Trois des soldats du saint roi n'hésitèrent pas à exposer leur vie pour donner cette satisfaction à leur maître. Ils lui rapportèrent l'eau qu'il avait désirée, et le monarque, honteux d'avoir mis en péril la vie de trois de ses serviteurs pour satisfaire un véritable caprice, ne voulut pas boire cette eau qui aurait pu lui coûter si cher; il en fit une libation devant rÉtemel.

David avait alors à Hébron le siège de son autorité ; il devait donc attaquer Beit-Lehm par le sud et l'ouest, et non par le nord. Ceci explique les difficultés que ces trois bra- ' ves soldats eurent à vaincre pour arriver jusqu'à la citerne. Il y a donc toute probabilité en faveur de l'hypothèse que les Biar-Daoud sont bien réellement percés au-dessus de la citerne dont il est question dans le passage biblique que je viens de rappeler.

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