H SOUVENIRS
des tribus de montagnards dont la caractère a beaucoup d'affinité avec le type kabyle. Comnae le Tell de l'Algérie contient beaucoup de montagnes, il est à croire qu'une bonne partie des habitants de l'Algérie cultivable, en laiS' sant le petit Sahara en dehors, a de la ressemblance avec mes administrés.
Ils sont de taille moyenne, très-hâlés, plus bruns de peau, ce quiest étonnant pour des gens de montagne, que les habitants du sud de l'Algérie; ils ont la figure ouverte, franche; ils sont très-vifs, très-enclins à la colère et aux sentiments extrêmes; ils mentent, mais, peu habiles au mensonge, ils oublient vite ce qu'ils étaient convenus de dire, et se coupent facilement dans leurs explications, pour peu qu'ils soient animés; ils sont peu obséquieux, ont de grandes habitudes d'indépendance, qui ressortent dans leurs gestes et leurs expressions. Trèssouvent en guerre avec leurs voisins, ils aiment les coups demain, les surprises, et je les ai vus, comnje je le dirai plus tard, parfaitement conduire des attaques. D'ailleurs, nullement religieux, quoique se disant musulmans, peu portés au fanatisme de la religion, dont, du reste, ils ne connaissent point les pratiques.
Leur langue est l'arabe corrompu, au milieu duquel se sont introduites quelques expressions toutes locales,
Je dois signaler, comme caractère peut-être tout à fait
d'un chef de bureau arabe. 15
distinctif de ces tribus, qu'elles n'ont point pour nous cette sourde répulsion de parti pris que l'on remarque trop souvent sur d'autres points du territoire. Elles avaient bien primitivement de la répugnance pour nos coutumes ; elles ne pouvaient voir avec plaisir notre rôle de dominateurs; mais ces sentiments tombèrent vite après les premiers rapports que nous eûmes avec elles.
Je crois que ces tribus sont originairement de race arabe pure, et qu'un long séjour dans les montagnes, une indépendance séculaire, les ont modifiées. Comme nous allons d'abord parler de justice, et que nous connaissons le caractère général de nos justiciables, je dirai qu'entre autres précautions, je laissais toujours l'accusé parler, vociférer tant qu'il voulait; je l'y excitais même, et je l'amenais ainsi à dire lui-même tout ce qui, aux yeux de tous, devait le faire reconnaître comme coupable lorsqu'il Tétait. Alors, hpnteux lui-même devant l'improbation générale, l'accusé se retirait, ne pouvant se plaindre du jugement rendu.
J'en veux d'abord citer deux exemples qui sont encore bien présents à ma mémoire et qui, s'étant passés devant de très-nombreuses réunions, ont eu du retentissement.