G ■' SOUVENIRS
tenant je retourne dans ma tente; je vais dire aux enfants ce que mes yeux ont vu, ce que mes oreilles ont entendu. »
Et tout cela prononcé avec un visage épanoui, exprimant si franchement la satisfaction, qu’il n’était pas possible d’y voir un sentiment simulé, qui, du reste, dans ce cas, n’aurait été motivé par aucun intérêt.
Mais voici un fait plus concluant encore :
Sur les derniers temps de mon séjour dans le cercle dont je parle, je me rendis en visiteur, sans insignes, sans escorte militaire, sans chefs indigènes* et seulement accompagné de deux cavaliers du pays, à la montagne des Trad, en dehors de notre frontière, dans une contrée insoumise. Mon but était d’y visiter des eaux thermales sulfureuses qu’on disait abondantes et curieuses à voir. Je savais qu’accompagné de mes deux Trad seulement, et en me présentant en simple voyageur, je pouvais espérer de parcourir sans danger la montagne d’où sortent les eaux en question.
A proximité des sources, on voyait les restes d’un ermitage où se conservait le souvenir d’un saint homme qui aurait autrefois habité ces lieux et opéré des miracles. Je me rendis d’abord à ce petit établissement religieux; je trouvai un enclos fait de murs en pierres sèches, et au milieu une habitation moitié tente, moitié hutte de bran-
d’un chef de dureau arabe. 37
chages, où se trouvait un individu, gardien du saint lieu.
Au deliors, près de là, on apercevait un douar de cultivateurs. Je fis mon compliment au gardien, lui annonçai le but de mon excursion, et le priai d’acçepter une vache que j’allais faire acheter dans les environs et mettre à sa disposition.
Je fus très-bien accueilli; on m’installa dans la hutte pour y passer la nuit, on mit môme sur ma tôte le drapeau du marabout, sous la protection inviolable duquel j’étais ainsi placé, et je m’endormis tranquillement.
Le lendemain matin, après avoir visité les merveilles de l’enclos, qui consistaient en trois figuiers que la tradition assurait être venus là sans avoir été ni semés, ni plantés; l’un, à l’endroit où le marabout avait l’habitude de prier, le second, à la place qu’il affectionnait pour dormir, et le troisième, enfin, là où il fut enterré, j’allai voir les sources.
Elles sortent de diverses parties de la montagne, de la base, de la région moyenne et du sommet ; elles ont différents degrés de chaleur : tièdes sur un point, brûlantes sur un autre, elles jaillissent en grande abondance, traçant un canal dont les bords sont formés de dépôts de soufre. Le site environnant est couvert des essences forestières les plus variées; sur divers points on voit des pierres provenant de ruines, et rassemblées de ci de là,