‹ Souvenirs d'un chirurgien d'ambulance, 1870Chapitre 11 sur 22 · LA FORÊT DES ARDENNES · texte numérisé non relu

LA FORÊT DES ARDENNES

vaux aux branches du taillis, je leur demande de me conduire à leur chef et, par un sentier étroit, en glissant sous les baliveaux qui nous fouettent le visage^ nous atteignons une clairière.

Quelques officiers se chauffent à un feu de bivouac, ils semblent être sur le qui-vive, en grand garde, leurs chevaux, tout sellés, sont à leurs côtés.'

Capitaine, dis-je à l’officier que saluaiÇ mon guide, à deux kilomètres d’ici, sur la grand’route, j’ai un fourgon en détresse, pouvez-vous me venir en aide?

Nous étions mal éclairés par les lueurs du feu de bivouac, l’officier me regardait, trè^'attentivement, sans rien dire, je l’examine à mon tour et, à notre égale surprise, nous nous reçonnaissons, nous sommes d’anciens camarades. Le hussard, auquel je parlais, étaif, le capitaine Schtakler ; En 1861 il tenait,comme sous-lieutenant, garnison à Bayonne. 11 y étudiait le métier des armes, et avait été recommandé à mon père dont il était le compatriote; moi, à la même époque et dans la même ville, je me préparais à devenir agriculteur, et, ces professions, eq apparence si diWérentes, nous rapprochaient chaque jour, à la chasse, à cheval,- sous les arceaux, dans le cabinet de lecture de Mocochain, au bal.

- Cette nouvelle manière de nous préparer à combattre, lui l’ennemi, moi l’inclémence des saisons, nous l’avions découverte simultanément et, en bons camarades, nous en faisions ensemble le plaisant apprentissage.

Ainsi en=J.861 Schtakler était sous-lieute-

EN ROUTE VEH.S METZ

nant, à Bayonne et moi, ainsi qu’Ader, Clérisse et-quelques autres nous faisions valoir les terres de nos parents, je dois même, avouer qu’en gens pressés, nous en 'Croquions les futurs revenus. Nos pères, hommes de 1830, ainsi désignait-ôn alors les gens sérieux, ne comprenaient rien à nos conceptions agricoles, elles étaient même si peu de leur goût que, le mien, renonça à faire de son fils un agriculteur.

Depuis 9 ans ma vie s’était bien modifiée, depuis 20 jours elle avait encore bien plus changé puisque, à 10 heures du soir, en pleine forêt, elle me mettait en face d’un camarade de ma joyeuse jeunesse.

Mon cher capitaine dis-je à Schtakler envoyez, je vous prie, quelques hommes au secours de mon fourgon, en attendant, causons, j’ai un plaisir extrêrhë à vous revoir. Le mien n’est pas' moindre mon vieil ami, me dit Schtakler.

Nous nous asseyons près du feu et allumons les cigares, j’en avais d’excellents une main amie dont, hélas, le souvenir s’envolait lui aussi en fumée, les avait soigneusement choisis à la, Civçtte, le débit réputé des grands boulevards.

Ainsi, me dit Schtakler, vous appartenez à l’ambulance qui accompagne l’Etat-major?

—A Châlons, ne vous êtes-vous pas promené devânt notre campement? — 11 me semblait vous reconnaître, mais je n’ai pas cru devoir vérifier une supposition aussi invraisemblable et j’en éprouve un vif regret.

Mais oui, mon cher ami, je suis chirur-

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