‹ Souvenirs d'un chirurgien d'ambulance, 1870Chapitre 12 sur 22 · LA FORÊT DES ARDEENES · texte numérisé non relu

LA FORÊT DES ARDEENES

gien, attaché au 5® Corps, puissiez-vohs ne pas avoir besoin de mes services.

Ah, me dit Schtakler, j’ai de fâcheux pressentiments, nous ne comprenons rien à une tactique qui nous épuise dans de stériles efforts et nous conduit à Metz à pas de tortue, comme pour donner aux Prussiens le temps de prévenir notre arrivée.

Mes hommes ont encore l’esprit militaire, ils ont confiance en nous, mais nos chevaux sont finis, ils meurent de faim, voyezles, ils dévorent l’écorce des arbres, pourront-ils charger?

Depuis un mois nous avons fait des milliers de kilom.ètres sans sortir le sabre du fourreau, cependant alors nous étions ardents, vigoureux, confiants, que n’aurionsnous pas fait et maintenant... Dieu veuille que le combat soit pour demain, car plus tard... il n’acheva pas sa pensée.

Puis, comme pour chasser de funestes prévisions, il ajouta : Lorsque mes jaussards entendront sonner la charge, ils oublieront leurs fatigues, le vieux sang parlera, ils suivront leurs officiers et toi, mon pauvre ami, n’est-ce pas tu ne laisseras pas ton maître en route, et, en disant ces mots, il regardait un cheval alezan attaché ah piquet, à quelques pas de nous.

Voulant changer le ton attristé de cette conversation, il me dit : « Ne trouvez-vous pas que ce cheval ressemble à celui que vous aviez acheté à Deveze?— Je crois vous voir galoper sur la route de Biarritz, en compagnie de Mlle Virginie, l’écuyère du cirque Bourgeois : vous aviez, ma foi, uu gentit professeur.

140 EN ROUTE VERS METZ

Il ajouta : aucune de mes chasses n’a égalé celle que nous Ames à Lahonce, avec Marion, Tantona, de Serigny et quelques autres. Vous nous ^receviez dans votre vieux Couvent des Prémontrés. Vous vous souvenez de ce dînèr dans la chambre- du Prieur, j’étais assis près des fenêtres qui s’ouvraient sur les îles de l’Adour, sur ce fleuve incomparable s’endormant, à cette heure,dans le soleil couchant.

Je. vois la fermière tuant ses poules, mon ordonnance disposant la table, je vois aussi nos lits de camp, bottes de paille dressées dans l’immense salle qui, pendant les guerres d’Espagne, avait servi d’ambulance aux hulans Polonais.— Leurs noms étaient encore écrits sur les vieux murs. — C’est maintenant dans les rangs ennemis que servent ces hulans.

Et, le lendemain, quelle chasse : les perdrix rappelaient dans les vignes, les cailles' chantaient dans les chaumes; dans les maïs dont on coupait les cîmes. Sur les coteaux des carrières, Baptiste, le piqueur de Lahi- - rigoyen, guidait sa meute, ses chiens français dont la race est éteinte, leurs fouets élégants battaient les fougères, leurs voix sonores résonnaient dans les pierres, la quête s’échauffait, lorsque, tout à coup, d’une touffe de genêts, à côté de la petite chapelle, de la source miraculeuse où les Basquaises plantaient des chiffons en ex-, voto d’amour, nous vîmes partir le lièvre qui nous promena sans arrêts, sans défauts, tant la voie était bonne, sur les hauteurs de Mouguerre et dans les bois de Souhy.

Ah, Schtakler, si je m’en souviens, com-

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