UN ENTERREMENT
assistaient à notre conversation, ils voulurent m’accompagner,' d’autant plus que, parmi les morts qu’on allait ensevelir, se trouvaient deux hommes auxquels ils avaient donné des soins.
La cérémonie avait lieu à midi, quelques pas séparaient l’Eglise des maisons mortuaires.
Le prêtre célèbre la messe et nous nous rendons, au cimetière où on avait creusé une fosse très large et bien peu profonde.
Auprès d’elle les cadavres étaient étendus les uns à côté des autres. Léurs uniformes étalés recouvraient leurs corps, on avait laissé les visage découverts, Je connaissais les noms de ces soldats, il me semble les voir. Le premier, celui qui était couché au bord de la fosse, se nommait Ritter, e’était un Alsacien à barbe blonde, ses paupières étaient restées entr’ouvertes, elles laissaient voir ses yeux^ leur nuance d’un bleu tendre, très pâle, peignait bien la douceur et la bonté de l’âme alsacienne ; ces . yeux me rappelaient les yeux de ma sœur.
Puis yenaient deux cadavres aux traits fortement accentués c’étaient ceux dePougam et de Kergüistel, deux énergiques et fiers bretons, deux sous-ôffîciers de ce fameux 88® de ligne qui avait tant lait pour l’honneur du drapeau. Le dernier des cadavres était celui d’un Provençal nommé Raimbaud, son corps était frêle et délicat comme cèlui d’un enfant, son charmant visage, affiné par la mort, semblait soùrire encore au soleil dé Provence, au souvenir d’une Mireille ou d’une Magalie.
Je me plaçais à leurs pieds, le curé et les