‹ Souvenirs d'un chirurgien d'ambulance, 1870Chapitre 9 sur 22 · PONT-FA VERGER RETHEL · texte numérisé non relu

PONT-FA VERGER RETHEL

comme oppressés par de funestes pressentiments. Il se sentait frappa à mort et moi, je m’apitoyais sur mon sort, pour ne pas lui laisser voir, l’inquiétude'et la douleur, que me causaient ses souffrances si vaillament supportées.

24 août. — La pluie recommence, au lieu de marcher, en droite ligne, vers Montmédy nous obliquons vers Rethel. De Fitz-James nous fait part de ce changement d’intinéraire, auquel nous oblige la nécessité de nous rapprocher du chemin de fer, centre de notre ravitaillement. Nous perdons ainsi une journée de notre avance sur lè Prince Royal.

Cette étape est courte, vers le. milieu de l’après-midi nous arrivons à Rethel, nous sommes morts de faim et, les fameux convois de vivres, ne sont pas arrivés.

Notre campement est installé dans un champ de betteraves, très près de Rethel et je vais, avec Bartharez, faire un tour en ville, dans Fespoir d’y trouver un restaurant, une boutique qui n’auront pas été complètement mis à sac par les troupes arrivées la matin. Nos recherches restent vaines, j’étais complètement découragé, lorsque Ba tharez met son doigt sur le front, en signe d’inspiration : « J’ai une idée, me dit-il. >

Nous passio.ns devant une pharmacie, il y entre et, s’adressant au patron dont la tête, couverte d’une calotte de velours, émergeait entre les bocaux aux couleurs chatoyantes : « Monsieur, lui dit-il, y aurait-il, à Rethel, un ancien interne des hôpi-

EN ROUTE VERS METZ

taux de Paris, je voudrais lui parler :

mais oui, répond l’homme aux médicamentSjC’est M. Landragé,il demeure à deux pas, veuillez me suivre.

M. Landragé fait bon accueil à ses jeunes camarades, Bartharez lui dépeint notre détresse, en termes si touchants, que notre excellent collègue d’Internat nous invite à dîner, avec sa famille, elle va précisément,prendre son repas.

Le couvert est dressé dans un j ardin, placé entre la maison et la rivière l’Aisne. M.

Landragé nous présente à sa femme et à sa fille. Bartharez offre le bras à la dame, je donne la main à la demoiselle et, à l’ombre des vieux peupliers, parmi les fleurs, sous le toit de chaume d’un pavillon rustique, à côté de l’eau transparente, nous faisons un repas qui nous rappelle nos dîners d’étudiants à Joinville, à Bellevue, sur les bords de la Marne et de la Seine, mais celui-ci, avec son imprévu et notre jeûne de 24 heures, est incomparablement plus délicieux.

Nous remercions nos hôtes, nous proclamons la fraternité de l’Internat, nous parlons de Maisonneuve, deGeuneau de Mussy, de de Fitz-James, Bartharez dévoile tous nos plans, notre marche sur Metz, neutre jonction avec Bazaine. A l’entendre, nous sommes déjà sous les murs de la forteresse lorraine et, rien ne résiste à nos armées réunies.

Pour le moment, c’était Bartharez qui triomphait : heureux, du succès de salon, obtenu par mon ami, je lève mon verre et, avec la chaleureuse émotion puisée dans la

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