‹ Souvenirs d'un collectionneur: la Chine inconnueChapitre 28 sur 38 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La glace jaune.

Les fabriques de glace artificielle de la Chine en sont encore à imiter presque servilement les procédés de la nature, et les faibles connaissances scientifiques des manufactureries jaunes ne leur permettent pas de rivaliser avec leurs collègues de l'Occident, qui produisent du froid à Taide d'un foyer incandescent, fabriquent de la glace en se servant d'une machine à vapeur. Mais si les fabriques chinoises sont moins extraordinaires que les nôtres, elles occupent cependant beaucoup plus de place qu'elles et leurs produits, s'il faut en croire les indigènes et les Napolitains *, résistent bien plus à la chaleur

1. Je dis les Napolitains, parce que nous avons été étonnés de rencontrer chez ces Occidentaux les mêmes idées, au sujet de la glace artificielle, que celles que j'avais prises d'abord pour des préjugés de jaunes. Les Napolitains prétendent, en effet, comme ces derniers, que la glace artificielle fond bien plus facilement que la naturelle; aussi font-ils mauvais accueil aux

que ceux que nous fabriquons en Occident. Les rizières servent de fabrique; dès que le froid commence à se faire sentir, on les couvre d'une mince couche d'eau, à Taide de pompes, opération d'autant plus facile . qu'elles sont disposées de façon à pouvoir être irriguées facilement. Chaque matin, des coolies cassent là couche de glace qui s'est formée pendant la nuit, la portent dans les glacières et remplissent de nouveau les rizières. Pendant toutes ces opérations, les ouvriers prennent surtout un grand soin d'empêcher les plaques de glace d'être salies par la boue du sol. Quant aux glacières, elles sont construites fort simplement; mais leurs dimensions sont souvent considérables, ce qui n'a rien d'étonnant si Ton songe que le climat de Ning-po est généralement si doux qu'il ne faut guère compter plus d'un hiver sur trois assez rigoureux pour permettre de récolter de la glace. Aussi, pour éviter l'affreuse misère qui accablerait les populations de pêcheurs si, la

magnifiques blocs de glace très pure que leur fournit une fabrique établie récemment à Naples par un habile industriel français, M. Trémant, et préfèrent-ils se servir de la neige comprimée qui leur vient des Apennins, toute mêlée d'impuretés.

glace venant à leur manquer, elles se trouvaient privées du moyen de disposer avantageusement des produits de leur industrie, une loi spéciale à Ning-po oblige tous les propriétaires de glacières à les faire assez vastes pour pouvoir contenir un approvisionnement de trois ans.

La glacière se compose d'un vaste quadrilatère entouré d'épaisses murailles de pierres, maçonnées avec de la boue, qui s'élèvent à 6 ou 7 mètres^ au-dessus du sol. Les deux faces de ces murailles sont ensuite recouvertes d'une très épaisse couche de mortier fait avec de la boue, et le tout est recouvert d'un épais et léger paillasson formé d'écorces de bambou, supporté lui-même par une charpente aussi de bambou.

Le fond de la glacière est bien irrigué par de petites rigoles qui conduisent au dehors l'eau produite par la fonte de la glace; cette dernière est ensuite entassée par couches séparées les unes des autres par des paillassons en paille, à l'aide d'une ouverture prise dans le toit, que l'on bouche hermétiquement dès que le bâtiment est plein. Une ouverture ménagée dans la muraille, au niveau du sol, sert à extraire la

glace au fur et à mesure des besoins. Au printemps, la glace provenant de ces glacières se vend, en gros, sur place, environ 2 francs les 60 kilos; mais en été les prix augmentent avec l'accroissement des demandes et la diminution des réserves disponibles, et les pêcheurs sont quelquefois obligés de la payer jusqu'à 5 francs les 60 kilos.

Dans le nord, à Pékin et à Tien-tsin, on construit aussi des glacières ; mais ces dernières ne devant contenir que la provision nécessaire pour un été de quatre mois au plus, provision que les rigueurs de Thiver permettent de faire avec de gros blocs, les murs en sont peu épais et uniquement faits de terre bien pilée. Dans certains endroits, le fossé qui bordait autrefois toute l'enceinte de la capitale de l'Empire du Milieu est encore assez bien conservé pour que Teau s'y accumule pendant la saison des pluies et y gèle pendant l'hiver; c'est là que les glaciers font leurs provisions, et les nombreuses glacières de la ville sont en dehors des murs près des fossés. Ces dernières, quoique complètement élevées au-dessus du sol, ne conservent

pas moins fort bien les blocs pendant les chaleurs d'un été durant lequel le thermomètre se maintient souvent pendant plusieurs semaines dans les environs de 40*^ au-dessus dé zéro.

Grâce à elles, les Pékinois peuvent, pendant les jours les plus chauds de Tannée, se désaltérer moyennant 1 ou 2 centimes d'une grande tasse de thé glacé, consommé sur le comptoir même d'un marchand ambulant établi sur l'un des trottoirs des grandes voies de la ville.

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