‹ Souvenirs d'un collectionneur: la Chine inconnueChapitre 29 sur 38 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le sel Jaune.

Après la glace, le produit le plus nécessaire au pêcheur chinois est bien certainement le sel ; car, si le premier leur permet de conserver les poissons pendant quelques jours, afin de les mettre à la portée des gourmets qui vivent à une certaine distance des côtes, grâce à l'autre, ils peuvent fournir aux paysans, où qu'ils habitent, un assaisonnement bon marché au riz qui forme la base de leur alimentation. Le procédé de fabrication du sel employé sur les bords de la mer Jaune est, en somme, des plus simples. C'est la vieille méthode de l'évaporation de Teau de mer à Taide de la chaleur solaire. Cependant, comme les petites choses forment les grands effets d'ensemble, cette fabrication du sel nous fournira d'utiles renseignements sur les petites industries de la Chine.

Je vais donc m'étcndre un peu sur le sujet des marais salins de TExtrême-Orient.

Chaque atelier se compose d'un vaste terreplein appelé terrasse d'inondation, surmonté d'une autre terrasse, d'une superficie six fois moindre que l'inférieure, et de deux citernes remplies d'eau salée, dont l'une est située à peu de distance des deux terre-pleins, tandis que l'autre est située entre eux. Une fois l'atelier ainsi disposé, et les deux terrasses recouvertes d'une couche de gravier, la plus grande des deux, c'est-à-dire l'inférieure, est remplie d'eau de mer à la marée montante, à l'aide d'une trouée faite dans les digues qui l'entourent. Dès que le flot commence à baisser, la trouée de la digue est bouchée, et l'on attend que le sol de la terrasse ait complètement absorbé l'eau qu'elle contient; on ramasse alors avec des râteaux le gravier qui la couvre et sur lequel le sel s'est déposé en assez grande quantité. Un peu au-dessus du niveau d'une des citernes, se trouve construit un filtre composé d'une couche épaisse de fagots de bambous. Le gravier qui a été retiré de la terrasse inférieure est 'entassé

sur ce filtre, au travers duquel on laisse couler ensuite Teau de mer qui est fournie par la plus grande des citernes. Cette eau, après avoir traversé la couche épaisse de gravier salé qui surmonte le filtre, est conduite, à Taide d'un tube en bambou, dans la plus petite des citernes, c'/est-à-dire celle située entre les deux terrepleins. De là, elle est répandue sur la surface de la seconde terrasse, où elle ne tarde pas à s'évaporer sous l'influence de la chaleur solaire, et à déposer sur le fond la grande quantité de sel qu'elle contient. Ce sel est ensuite employé, par les pêcheurs sans autre préparation.

Deux hommes suffisent pour mettre en œuvre un marais salant semblable à celui que je viens de décrire, dont la production moyenne est de 720 kilogrammes de sel en deux jours. Ce résultat permettrait aux ouvriers employés dans cette industrie de recueillir d'assez gros bénéfices, si le fisc ne venait leur en enlever la meilleure part. Le commerce du sel constitue, en effet, en Chine un monopole d'État; aucun marais salant ne peut être créé sans une permission spéciale de l'autorité qui prélève sur la

production un droit, payable en nature, égal aux 7/10 de cette dernière; c'est-à-dire que sur chaque 10 kilogrammes de sel recueilli, le producteur doit en verser 7 dans les entrepôts de la gabelle.

Page 1