XVI NOTICE HISTORIQUE
• rare, et dans lequel, s'élevant contre les astucieuses
déclarations du congrès de Vienne, qui séparait la
France de Napoléon pour la vaincre plus aisément, il
établissait, avec évidence , qu'une nation était toujours
maîtresse de choisir son chef, et que le peuple français
devait soutenir celui dont le génie savait le conduire et
dont l'épée pouvait seule le défendre. Ce Précis de la
situation politique de la France depuis le mois de mars 1814
jusqu'au m^is de juin 1815, était à la fois le manifeste de
Tempire rétabli, le cri de ralliement de l'empire menacé.
Si par la paix ou par la victoire cet empire s'était de nouveau consolidé , Napoléon devait rétablir pour M. Bignon le poste de secrétaire d'Etat, tel qu'il avait été occupé, pendant dix années, par le confrère que nous avons vu siéger avec tant de zèle et d'amabilité dans notre compagnie, l'excellent duc de Bassano, qui, comprenant avec une fidélité délicate que d'autres temps exigeaient d'autres hommes, l'annonça lui-même à M. Bignon. Mais la fortune en décida autrement à Waterloo.
La douleur de ce grand désastre ne fut pas la seule que ressentit M. Bignon. La chambre des représentants dévouée aux principes de la Révolution, mais dépourvue de la prévoyance et de la vigueur qui pouvaient les sauver, libérale et défiante hors de propos, discuta l'étendue des droits politiques de la France, lorsqu'il aurait fallu défendre son indépendance en péril ; exigea l'abdication de celui qu'elle aurait dû armer de la dictature, et nomma un gouvernement provisoire désuni, incertain, qui ne sut ni combattre avec honneur ni traiter avec avantage. Sous cette direction peu rassurante, M. Bignon fut contraint d'accepter le fardeau des affaires étrangères. Il ne fallait pas un médiocre dévouement pour se faire le négociateur de la patrie
SUR M. BIGNON. xvii
vaincue^ le défenseur impuissant de la France envahie. Le moment le plus triste et le plus amer de sa longue carrière fut celui où, le gouvernement provisoire ne voulant «pas livrer de bataille, il signa cette convention du 3 juillet qui stipulait la retraite de l'armée française derrière la Loire, et l'entrée des troupes alliées dans Paris, en plaçant toutefois , et les monuments de cette grande ville, et les personnes que pouvaient avoir compromises leurs opinions politiques, sous la sauvegarde d'un traité.
Mais à peine le général prussien, Bliicher, y eut-il pris ses quartiers, qu'il se disposa à faire sauter le pont d'Iéna. M. Bignon était encore au ministère des affaires étrangères, lorsque M. de Talleyrand, troublé du péril, lui fit part du désespoir où cette menace jetait le roi Louis XVIir, et lui demanda si la convention du 3 juillet n'offrait pas le moyen d'empêcher une aussi insolente humiliation. Sur-le-champ, en vertu de l'article 11 qui protégeait les monuments de Paris , M. Bignon rédigea une note pressante que signa M. de Talleyra\id, et qui fut adressée par lui au comte de Golz, ministre de Prusse. Le pont déjà miné resta debout. Mais ce qui parut plus important à M. Bignon que la conservation du pont d'Iéna, ce fut la sûreté de tant de personnes vivantes et menacées, que garantissait à ses yeux la reconnaissance de la convention du 3 juillet par le gouvernement nouveau.
Aussi, lorsque l'illustre et infortuné maréchal Ney, traduit devant la cour des pairs pour avoir cédé à l'entraînement universel de ses soldats et à l'irrésistible approche de son ancien chef, invoqua la capitulation de Paris, lui que vingt ans d'héroïsme auraient dû défendre tout seuls, M. Bignon fut assigné comme témoin. Il était alors dans sa terre de Yerclives, gémissant sur les