XIV NOTICE HISTORIQUE
aux Russes victorieux , côtoya les Autrichiens chancelants, et, à travers mille périls ou habilement évités ou courageusement surmontés , se porta de la Vistule sur l'Elbe, où elle devait vaincre avec nous à Dresde, et succomber pour nous à Leipzig '.
Accrédité auprès du roi de Saxe, M.Bignon, qui avait eu sa part dans les prospérités de la France, eut alors sa part dans ses malheurs. Il fut enfermé dans Dresde ^ investie. Lorsque cette ville, ne pouvant plus tenir contre l'effort d'un ennemi devenu maître de l'Allemagne entière, capitula, M. Bignon fut retenu quelque temps prisonnier malgré le droit des gens. Il ne redevint libre que pour voir son pays inondé par cet irrésistible reflux de l'Europe armée, auquel Napoléon opposait vainement la digue toujours débordée de ses victoires. Il aurait voulu en lui moins de cet otgueil intraitable qui, pour ne rien céder, perd tout, et qui, n'ayant consenti ni dans le congrès de Prague, après la retraite de Russie, à ramener la France sur l'Elbe et sur l'Adige 5 ni dans la conférence de Francfort, après la défaite de Leipzig, à lui donner la limite naturelle du Rhin et des Alpes, la fit rentrer dans les frontières trop réduites, et depuis vingt-deux ans dépassées, de 1792. Quand ce sacrifice nous eut été imposé, M. Bignon essaya, avec un ingénieux patriotisme, de relever la France du découragement où pouvait l'avoir jetée une aussi grande perte de territoire. C'est dans cet esprit qu'il publia, en décem^^ re 1814, son Exposé comparatif de l'état financier, militaire, politique et moral de la France et des principales puissances de l'Europe. Sachant que la
]. C'est à l'époque de ces deux missions de M. Bignon à Varsovie (1811-1812), que se rapportent les Souvenirs que nous publions aujourd'hui. (Note de Védtteur.)
SUR M. BIGNON. xv
force des peuples est dans ropinion qu'ils ont et qu'ils donnent d'eux, il dit à la nation française que, si elle avait perdu ses conquêtes, il lui restait ce qui les lui avait naguère values, sa bravouj-e éprouvée, sa population agrandie, une meilleure répartition de la propriété, un accroissement de la richesse par le travail et le principe immortel de la révolution naissante, qui lui réservaient la première place dans la politique comme la plus grande inÛuence sur les destinées du continent. Peu de temps après la publication de ce livre généreux, l'exilé de l'île d'Elbe, sans autre conspiration que celle de sa gloire, vint reprendre le trône d'où les revers l'avaient fait descendre, et où les fautes de son successeur le firent un instant remonter. De retour aux Tuileries, il appela M. Bignon auprès de lui. Il espérait dissoudre la formidable coalition de toutes les puissances de TEurope, que la division des intérêts particuliers avait déjà à moitié brisée dans le congrès de Vienne, comme le lui avait appris, en arrivant à Paris, le traité secret du 3 janvier 1815, conclu par l'Autriclie, l'Angleterre, la France, contre la Russie et la Prusse. 11 opposa, dans cette vue, au négociateur consommé de la maison de Bourbon près des souverains étrangers, le loyal duc de Vicence qui les avait pénétrés d'estime pour son caractère, de confiance dans sa parole, et auquel il donna pour seconds, au ministère des relations extérieures, deux diplomates exercés, M. Bignon et M. Otto, investis du titre de sous-secrétaires d'Etat. Mais les plus pacifiques ouvertures échouèrent contre des desseins arrêtés ; il fallut de nouveau recourir aux armes. M. Bignon fit alors, à l'invitation de l'empereur, sans y mettre son nom, un écrit court, vigoureux, concluant, comme l'exigeaient la rapidité du temps, l'instance du besoin, la force du droit ; écrit devenu fort