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malheurs publics et les oppressions particulières. Par une fatalité déplorable, l'assignation ne lui fut apportée que le jour même du jugement. Il accourut à Paris. Il voulait dire en faveur du maréchal, que ses paroles n'auraient point sauvé, que le gouvernement, après avoir invoqué lui-même l'article 11 de la convention du 3 juillet pour sauver un froid monument, ne pouvait pas méconnaître l'article 12 qui protégeait un vieux soldat. Mais au moment où il arriva, celui à qui il apportait son précieux et inutile témoignage, le héros d'Elkinghen, le vainqueur de la Moskowa, le glorieux survivant de batailles si meurtrières et de si désastreuses retraites, était déjà tombé frappé de douze balles dans l'avenue de l'Observatoire.
M. Bignon retourna désolé dans sa retraite, emportant ce secrety comme oh l'appela plus tard quand il le fit retentir avec tant d'éclat à la tribune française pour contraindre, par d'éloquentes menaces, le retour des conventionnels bannis. Il y emporta également la haine des proscriptions qui sévissaient sur la France par la main des factions, par les ordonnances de l'autorité, par les sentences des tribunaux, par les sinistres catégories des chambres, et condamnaient tant d'obscures et d'illustres victimes à la mort ou à l'exil.
C'est alors qu'il conçut et qu'il prépara ses deux volumes sur les Froscriptions. Dans cet ouvrage, aussi savant que moral, où l'histoire et la politique comparaissent à la fois pour servir d^ appuis à la justice, M. Bignon fait voir que les proscription* sont inhumaines et périlleuses, affaiblissent ce qu'elles ont la prétention d'affermir, n'oppriment pas ^seulement ceux qui en souffrent, mais perdent à la longue ceux qui s'en servent, et il les condamne à tous les titres. Outre la défense des vaincus politiques, M, Bignon s'y propose un objet plus
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haut, qui est la défense des progrès des peuples. Il rappelle que, malgré les proscriptions, Tindépendance humaine a triomphé de l'asservissement féodal au moyen âge, la liberté de conscience de Tintolérance religieuse au XVI* siècle, l'esprit d'égalité de l'esprit de privilège au XVIII*, et il annonce avec une prophétique espérance que de nos jours les constitutions populaires triompheront des monarchies absolues. Le sort des combats livrés dans l'histoire pour le développement régulier du monde lui enseigne l'issue du grand combat engagé sous ses propres yeux, et, l'histoire venant en aide au publiciste, il prévoit pour l'avenir ce qu'il a observé dans le passé. Il affirme donc la victoire au moment de la défaite, tant la science a la vue ferme et donne de clairvoyance à celui qui la possède, et dont Tesprit ne se trouble point par des accidents passagers.
Ce beau livre, après avoir été la protestation d*un parti vaincu, devint la règle de ce parti lorsqu'il fut victorieux. Il contribua à radoucissement des mœurs publiques, et pendant dix-huit années il ne fut point étranger à la clémence d'un gouvernement qui n'a frappé que pour se défendre, a peu puni, souvent pardonné, jamais proscrit.
M. Bignon ne resta pas longtemps dans sa retraite ; il en. fut tiré par le choix de ses concitoyens, après que la prudente ordonnance du 5 septembre eut cassé la chambre de 1815, et qu'eut été votée, en 1817, la loi d'élection qui concourut puissamment, il faut le dire en l'honneur de ceux qui la conçurent, à l'éducation constitutionnelle de la France. Elle forma, à l'usage de la liberté, le grand peuple auquel il avait été moins difficile de communiquer l'esprit de la Révolution et de faire acquérir la gloire des armes. Spirituel et brave, hardi dans ses idées, prompt dans ses conclusions, aventureux dans
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ses entreprises, brusque dans ses progrès, changeant dans ses lois, peu disposé à développer avec patience ce qu'il a conquis avec fougue, ce peuple généreux, mais mobile, plus capable de grandes choses que de choses suivies, revenant bien vite de ses enthousiasmes par ses excès, errant sans cesse de l'obéissance à Tinsurrection, et mettant la même passion à poursuivre tantôt la liberté, tantôt l'ordre, tantôt la grandeur, tantôt le bien-être, a, plus que tout autre, besoin de se contenir pour être libre et de se modérer pour être heureux.
C'est l'utile discipline que lui donna, pendant quinze années, l'opposition constitutionnelle de la Restauration. Membre de la chambre nouvelle, M. Bignon devint l'un des chefs du parti qui prit et qui mérita le beau nom de libéral. Ce parti ne cessa de combattre pour rhonneur des principes contestés de la Révolution et pour le maintien de ses résultats compromis. Au dedans, le développement de la liberté politique, la défense de l'égalité civile, l'organisation légale de la presse, la protection de la liberté religieuse, l'affermissement de l'administration démocratique qu*avaient instituée la Convention et l'Empire comme l'instrument et la sauvegarde de la société nouvelle ; au dehors, les nobles encouragements donnés aux États qui aspiraient à se rendre libres , la condamnation généreuse des actes de ce grand conseil des rois qui , sous le nom de Sainte- Alliance, s'opposait aux progrès des peuples, repoussant chacun de leurs vœux par la décision d*un congrès, annulant chacune de leurs réformes politiques par une intervention militaire : telle fut l'œuvre que le parti libéral poursuivit avec autant de mesure que de courage, avec autant d'ardeur que d'habileté.
Parmi les hommes qui servirent alors une aussi noble cause, M. Bignon acquit, par ses discours comme par
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ses ouvrages, une haute renommée. Il a pu se rendre à lui-même ce juste témoignage que je répète aujourd'hui à sa gloire : « A la tribune nationale, dit-il, je n*ai parlé ^ que pour la défense des droits constitutionnels ; dans «c mes écrits, j'ai sans cesse été le soutien du faible « contre l'oppresseur , soit des peuples contre le pou- « voir absolu, soit d'Etats d'un ordre inférieur contre « l'ambition d'Etats plus puissants. »
C*est ainsi qu'il publia, en 1818, son équitable appréciation des Démêlés des cours de Bavière et de Bade ; en 1819 et en 1820, sa vengeresse histoire des proscriptions; en 1821, son écrit véhément sur le Congrès de Troppau, où il réduisait à un inique abus de la force les prétentions des trois monarchies absolues du Nord contre la monarchie constitutionnelle de Naples; enfin, en 1822, son énergique tableau des cabinets et des peuples, dans lequel^ adversaire redoutable de la Sainte-Alliance, il retraça la marche de ses desseins, les envahissements de sa politique, et la poursuivit depuis le congrès d'Aix-la-Chapelle jusqu'au congrès de Vérone; depuis son établissement jusqu'à son triomphe. Le continent tout entier était alors placé sous sa vaste compression. Elle avait triomphé, fi. Carlsbad, de l'indépendance de l'Allemagne ; à Troppau et à Laybach, des soulèvements de l'Italie; à Vérone, delà révolution d'Espagne. Elle croyait dominer toujours ceux qu'elle avait soumis un moment. Mais Tintrépide et confiant défenseur des États opprimés, M. Bignon, fit entendre aux princes victorieux ces menaçantes paroles : « J'ai suivi des yeux le cours d'une « guerre de sept ans entre les cabinets et les peuples. « Je ne suis que le rapporteur des pièces de ce grand « procès. Le congrès de Vérone serait lui-même dans « l'erreur, s'il se croyait appelé à le terminer par une « sentence définitive... Ses décisions ne seront que desi