‹ Souvenirs d'un diplomateChapitre 12 sur 28 · XXII NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE HISTORIQUE

« ajournements. Il est un autre congrès auquel est ré- <c servée cette grande mission : c'est le congrès des na- « tiens civilisées. Séparées et absentes, les nations sont « unies dans leurs vœux, et, avec vingt idiomes diffère rents, elles parlent la nréme langue. Dans ce congrès <f immortel des nations, trois puissances aussi domi> « nent : ce sont la raison, la justice, l'humanité. Ce « congrès suprême casse souvent les décisions des con* c grès temporaires des cabinets. Il est permanent , ina- « movible, indestituable. Le même ministre qui le pré* « side est seul chargé de l'exécution de ses arrêts : c'est «r le temps. »

En attendant l'assistance de cet auxiliaire infaillible du bon droit, M. Bignon partagea le sort du parti constitutionnel, vaincu en France aussi bien qu'en Europe. Pendant trois années, il cessa d'être envoyé à la Chambre, d'où disparut l'opposition presque entière. C'est durant cette inaction politique que M. Bignon travailla au livre qui, par son occasiou comme par son objet et par sa valeur, est son plus beau titre à la renommée.

Napoléon avait voulu récompenser ses services et honorer son intégrité après les missions délicates qu'il avait remplies en administrant la Prusse, l'Autriche et la Lithuanie. — ^Je sais, lui avait-il dit^ qu'en faisant mes affaires, vous n'avez pas fait les vôtres. Je m'en charge. — Ses revers et sa chute ne lui avaient pas permis de tenir sa promesse; il s'en souvint à Sainte-Hélène, et Pacqtiitta sur son lit de mort. Il nomma M. Bignon l'un de ses légataires. Il fit plus. Ce grand écrivain qui avait raconté lui-même, sur Je rocher de son exil, la plupart de ses campagnes; ce puissant esprit dont le regard s'était porté avec une sûreté si tranquille sur le passé, et avait plongé avec une clairvoyance si profonde dans l'avenir; ce juge pénétrant du mérite des hommes char-

SUR M. BIGNON. xxui

gea, par son testament, M. Bignon d'écrire l'histoire diplomatique de son temps. Glorieuse confiance, mandat immortel que M. Bignon accepta en admirateur reconnaissant, et voulut remplir en véridique historien.

Il entreprit donc le grand ouvrage qui devait s'étendre des premiers jours du Consulat jusqu'à la £n de l'Empire, sans séparer l'histoire intérieure de la France de ses rapports avec toute l'Europe. Etait-il dans des conditions favorables pour l'exécuter ? Comment en douter? Il allait parler de ce qu'il savait, raconter ce qu'il avait vu. Jl avait approché les principaux personnages qui avaient dirigé les événements ou y avaient concouru ; il avait visité les lieux divers où les plus mémorables de ces événements s'étaient accomplis; il pouvait pénétrer jusqu'aux documents secrets et certains qui devaient mettre sous ses yeux et rendre clair pour son esprit ce qu'il aurait imparfaitement aperçu, ou obscurément compris; en un mot, il était à portée de tout reproduire avec exactitude, parce qu'il était en mesure de tout connaître avec précision. Quel avantage pour un historien! Mais, d'autre part, quelle difficulté pour lui d'être narrateur impartial après avoir été spectateur inévitablement passionné, de devenir juge lorsqu'il a été acteur! Comment se séparer des impressions qu'il a reçues, revenir sur les condamnations qu'il a prononcées, oublier les enthousiasmes qu'il a ressentis , se mettre en garde contre les attachements qu'il a éprouvés, remplir pour ses contemporains et pour lui l'office sévère de la postérité ?

M. Bignon sut échapper en partie à ces difficultés, et c'est avec le sentiment élevé des devoirs de l'historien qu'il entra dans les récits de cette grande époque, et en retraça les merveilles. Merveilles, en effet, que les événements de ces quinze années, toutes remplies de créa-

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