‹ Souvenirs d'un diplomateChapitre 14 sur 28 · XXVI NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE HISTORIQUE

lontaire frémissement : « J'ai compris que le sort ea « était jeté, et que cette Providence invisible, dont je « reconnais les droits et l'empire, avait décidé de cette « affaire comme de tant d'autres. »

La Providence, qui punit les grands emportements par de grands revers, avait décidé contre lui. Ses terribles arrêts, M. Bignon les fait pressentir; mais il n'eut ni le temps ni la douleur de les enregistrer dans son histoire. Il a, en quelque sorte, légué cette pénible partie de sa tâche à son gendre, M. Ernouf, qui, resté dépositaire de ses documents et de ses pensées, s'est consacré avec un soin pieux à Tachèvement d'un ouvrage qu'il continue sans le déparer.

M. Bignon était rentré dans la Chambre des députés un peu avant l'époque où, avec un élan magnifique, le pays avait transformé en majorité triomphante les onze membres de l'opposition qui y étaient restés plus de trois ans comme l'arrière-garde de la liberté. Il avait fait cette mémorable campagne de 1827 à 1830, ouverte à la tribune^par les conquêtes de la loi, et, lorsque la loi fut méconnue et violée, terminée dans les rues par la victorieuse insurrection du peuple. Après la révolution de Juillet, M. Bignon fût nommé ministre de l'instruction -publique , et devint ensuite membre sans portefeuille du premier cabinet qui dirigea la politique difl&cile de 1830; mais il ne tarda point à reprendre sa place sur les bancs de la Chambre élective, d'où il porta plus tard son expérience dans la Chambre des pairs. A l'une comme à l'autre de ces assemblées, il resta fidèle aux nobles causes qu^il avait constamment soutenues. Il regardait la monarchie représentative comme le gouvernement le plus propre, s'il était bien observé, à donner la liberté en modérant le pouvoir. Aussi désirait-il qu'au dedans elle s'affermît par des concessions

SUR M. BIGNON. xxvi

opportunes, qu'au dehors elle s'honorât par des hardiesses généreuses, et que, tout en soignant les intérêts de la France, elle ne méconnût jamais ses idées et recherchât toujours sa grandeur.

La place de M. Bignon était marquée dans l'Académie des sciences morales et politiques. Il fut un des premiers qu'elle s'associa, après avoir été rétablie, en rattachant à la section d'histoire, où l'appelai^t ses ouvrages. Outre un mémoire de l'ordre le plus élevé et de la forme la plus élégante qu'il communiqua à l'Académie sur la Conciliation •progressive de la morale et de la politique^ et que l'Académie inséra dans son recueil, M. Bignon prît à nos travaux une part assidue. Après avoir traversé l'agitation des afifaires et les luttes de la politique, il se reposa dans les plaisirs sans trouble de l'étude et les affections pures de la famille.

Ces affections, il les éprouva tard, mais il ne les goûta que mieux. Marié dans un âge un peu avancé, il avait trouvé une femme que son cœur avait choisie, de parfait accord avec sa raison, et de cette union il avait eu une fille, objet de toute sa tendresse , et dont il disait avec joie et avec grâce qu'elle avait changé ses hivers en printemps. Il était heureux ; mais le bonheur ne dure pas longtemps dans ce monde, où tout passe si vite ; M. Bignon perdit sa compagne à lasuite d'une douloureuse maladie. Le coup qu'il en ressentit altéra profondément sa santé et abrégea sa vie.

Il vécut néanmoins assez pour voir la patrie ouverte, par un grand gcte de réparation nationale , aux restes du héros qu'il avait admiré, de l'empereur qu'il avait servi, de l'immortel exilé qui lui avait recommandé sa mémoire. Lorsque, dans ce retour funèbre et triomphal, le cercueil du plus grand des morts traversa la France au milieu des Ûots pressés des populations émues ,

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