XXVIII NOTICE HISTORIQUE
M; Bignoa le suivit dans un pieux recueillement depuis l'arc consacré à ses yictoires jusqu'au glorieux asile marqué pour son tombeau. Mais , à peine fut-il arrivé sous le dôme des Invalides, qu'oppressé par ses souvenirs, succombant à ses émotions, il défaillit. Quelques jours après, il n'était plus, et nous assistions uous-même à ses funérailles.
C'est le 6 janvier 1841 que se termina, à soixante-dix ans, la vie de M. Bignon. Elle ne pouvait pas avoir été mieux remplie. Soldat sous la Convention ; diplomate sous le Directoire, le Consulat et l'Empire ; administrateur financier de la Prusse après léna, de l'Autriche après Wagram ; ministre des relations extérieures dans les Cent-Jours ; publiciste habile et spirituel orateur de Topposition libérale sous la Restauration; tour à tour soutien expérimenté et conseiller prévoyant du gouvernement de 1830, et dans ses vieux jours devenu, par une illustre désignation, l'historien de son pays, et par votre juste choix , l'un des ornements de cette Académie, il n'a pas cessé de servir l'État et d'honorer les lettres. D'un goût fin, d'un commerce aimable, d*une âm3 élevée, il a uni le savoir à l'intégrité, la distinction du talent à la noblesse du caractère, et chez lui l'honnête homme ne s'est jamais séparé de l'homme d'esprit.
Les souvenirs que notis offrons aujourd'hui à nos lecteurs sont extraits des mémoires posthumes laissés par M. le baron Bignon.Ils ont été publiés pour la première fois, en 1862, dans un recueil justement estimé, la Revue contemporaine.
^intéressante notice sur la vie et les travaux du baron Bignon, notice dont l'illustre auteur, M. Mignet, a bien voulu autoriser la reproduction en tête de ce volume, constate que M. Bignon a rempli un rôle honorable dans la diplomatie de la France, de 1797 à 1815, et dans ses affaires intérieures, depuis cette dernière époque jusqu'en 1840. Sous le Directoire et le premier Empire, il a représenté successivement la France en Italie, dans diverses parties de TAlle-
magne, et finalement en Pologne. Placé souvent dans les circonstances les plus difficiles, il se comporta toujours de manière à justifier la confiance et Taffection de l'empereur Napoléon, qui l'inscrivit à Sainte- Hélène parmi ses légataires, en le chargeant d'écrire Thistoire diplomatique de son règne.
M. Bignon est resté toute sa vie un partisan fidèle et important de la nationalité polonaise, dont il regardait le maintien comme une question «d'honneur européen. » Même dans les plus mauvais jours, il ne désespéra jamais de l'avenir de la Pologne. Il la défendit constamment par ses discours comme par ses écrits, et entretint toujours d'affectueuses relations avec ses plus illustres exilés. On trouvera \m nouveau et'précieux témoignage de cette sympathie dans les pages qu'on va lire, pages auxquelles les circonstances présentes donnent en quelque sorte une vie nouvelle.