AGES
DATES D’OUVERTUR E
B Charles V .
en i38o
de 42 ans
16 octobre
C Charles VI .
en 1422
de 54
D Charles VII .
en 1461 en janvier 1 589
de 5g de 70
G Catherine de Médicis.
F Charles IX .
en 1574
E Louis XII .
en 1 5 1 5
de 53
A Philippe-le-Bel .
en 1 3 14
de 46
Les trois qui suivent sont écrits au crayon :
B bis Bertrand du Guesclin
en i38o
Bureau de la Rivierre....
en 1400
Hugues Capet .
en 996
Dans le carton vert du
Louvre où ils
sont aujourd’hui
pêle-mêle,
plusieurs des ossements ont perdu leur petite étiquette; mais ceux d Hugues Capet, Philippe-le-Bel, Charles V, Charles VI, Charles VI I, Louis XII, cardinal de Retz l’ont conservée, bien énigmatique en vérité, et l’on comprend que le jeune dessinateur, neveu de Mme Ledru, les ait prises pour des signes scientifiques: H. Cap. — Ph.-le-B. — Ch, 6. — Ch. y. — Re{, — ni plus, ni moins. Cela suffisait sur l’heure, à Al. Lenoir, et sans le compromettre, pour se rappeler plus tard les noms de ces grands déterrés, dont il ramassait la poussière au milieu des éclats de leurs monuments funèbres.
La pièce suivante n’est pas moins curieuse et n’offre pas de preuves moins incontestables d’authenticité. Elle se compose d’une double feuille de papier, reliée par un ruban de soie verte fixé — par un double cachet de cire rouge portant les initiales A. F. entrecroisées, — à la mâchoire inférieure dont elle raconte la trouvaille. En haut de la première page est collé un petit morceau fripé de papier de vieille apparence et d’écriture ancienne, où sont tracées les trois lignes suivantes :
Partie inférieure de la mâchoire d’Anne d’Autriche. C’est moi qui l’ai détachée dans le cercueil meme de cette reine.
Puis vient cette explication détaillée d’une autre plume et beaucoup plus moderne :
« La note ci-dessus est de la main de ma mère, Adélaïde Bernier, née Quatremère, qui avait recueilli elle-même la mâchoire inférieure de la reine Anne d’Autriche dans les circonstances suivantes.
« L’abbé Saucerotte, ami intime de mon père, avait été contraint, dès
le commencement de la Terreur, de renoncer ostensiblement à l’exercice de son ministère ; il avait fait dans sa jeunesse quelques études de médecine et à ce titre il avait pu obtenir une place dans le service médical du Val-de-Grâce. Dans cette position, ce fut lui -qui me donna les premiers éléments d’instruction chrétienne pendant les plus mauvais jours de la Terreur, et c’est dans une des visites que je lui a fis avec ma mère pour cet objet qu’il nous conduisit dans les caveaux, de l’église du Val-de- Gràce. Là se trouvait déposé le cercueil d’Anne d’Autriche brisé, mais contenant encore une partie du corps de cette reine. Ma mère, voyant que la mâchoire inférieure était presque entièrement détachée de. la tète, acheva de l’en séparer, et l’emporta comme un souvenir de la triste visite que nous venions de faire. „ . , , .....
« Depuis lors ce reste précieux, sauvé, par le hasard, de la destruction, est resté entre les mains de ma mère, qui me l’a transmis à sa mort,
« AG. ANGRAND,
« Née Bernier. »
A-t-il été possible à Mmc Bernier et à sa fille, malgré leur bonne foi évidente, de recueillir au Val-de-Grâce la mâchoire d’Anne d’Autriche? Piganiol de La Force et tous les descripteurs du Paris de l’autre siècle vous affirmeront que non. Son cœur, à la bonne heure, comme les cœurs des autres Princes et Princesses de la Maison de France en ce temps-là; mais les mâchoires avec les corps (sauf un que nous allons dire) étaient à Saint-Denis.
Piganiol de La Force, au tome VI de sa Description de la Ville de Paris, donne la liste des princes et princesses dont les corps reposaient, en 1765, dans le caveau ou dans la chapelle de Sainte-Anne de l’abbaye royale du Val-de-Grâce depuis l’année 1662. Quand vient à sa date, « Anne d’Autriche, reine de France et de Navarre, épouse de Louis XIII,, mère de Louis XIV, fondatrice de cette maison, décédée le 20 janvier 1666, âgée de 64 ans et 4 mois », Piganiol dit fort nettement : « Son cœur fut apporté le 22 par messire Fleuri de La Mothe-Floudancourt, archevêque d’Auch, son grand aumônier, accompagné des Petites-Filles de France et des Princesses du sang. » Il ne peut donc être question, à propos de cette mâchoire détachée d’un crâne dans la chapelle de Sainte-Anne, d’une relique de la reine; mais Piganiol, après avoir raconté qu’Anne d’Autriche avait obtenu du roi son fils, en 1662, que; comme les corps des princes et princesses de la famille royale reposaient dans l’abbaye de Saint-Denis, leurs cœurs seraient déposés dans
JALONS DÉPLANTÉS, PROJETS AVORTÉS
la maison du Val-de-Grâce, ajoute I « Depuis ce temps-là, tous les cœurs de princes et princesses de la famille royale qui sont morts reposent dans l’abbaye du Val-de-Grâce. Ils furent d’abord déposés dans la chapelle Sainte-Scholastique; mais, le 20 janvier 1676, ils furent transportés, par ordre du roi, dans la chapelle Sainte-Anne, qui est dans le dôme de cette église, du côté de l’Evangile .et vis-à-vis du chœur des religieuses... Tous ces cœurs., aussi bien que le corps de Mademoiselle de Valois , fille aînée de Philippe d'Orléans, pour lors duc de Chartres, et de Marie- Anne de Bourbon , furent transportés, par ordre du Roi, dans le caveau qui est sous cette chapelle Sainte-Anne, le 17 janvier 1696. Ce caveau est incrusté de marbre, et autour sont de petites niches où sont les cœurs. Celui d’Anne d’Autriche et celui de Philippe de France, duc d’Orléans, son fils, sont les seuls qui sont restés dans le tombeau qui est dans la chapelle Sainte-Anne. » Voilà donc le vrai personnage, « Mademoiselle de Valois », d’où vient la relique sauvée pendant la Terreur par Mmc Bernier. Il s’agit, sans aucun doute possible, du crâne de l’arrière-petite-fille de la fondatrice du Val-de-Grâce, la seule de la Maison royale- dont le corps ait trouvé place dans cette partie de l’église, dans le caveau dont parle Mmo Angrand, au-dessous de la chapelle Sainte-Anne, où reposaient les cœurs de la bisaïeule et du grand-père de la jeune princesse.
Le premier soin de la République de 71 fut de disperser le musée des Souverains, et les ossements remis à M.de Nieuwerkerke par M. Le Maire, et la relique crue d’Anne d’Autriche, qui n’avaient pas jusque-là trouvé place dans ce musée décrété par l’Empereuf, demeurèrent, avec les feuillets à l’appui, dans le casier bureaucratique où la conservation du Louvre les avait déposés, sans guère plus de façon que les restes -de Molière et de La Fontaine, sur les planches poudreuses du bureau de l’administration municipale du troisième arrondissement; — et ce petit carton banal les garde toujours au fond d’un placard des archives du Louvre, et les gardera jusqu’à la lin, c’est-à-dire jusqu’à ce que les menues étiquettes qui les désignent aient été rongées par la poussière ou par les vers, et qu’un honnête garçon de bureau les balaie innocemment à la voirie. Une nation respectueuse de son histoire ne devrait-elle pas faire pour ces reliques de nos rois et de nos reines ce qui fut fait, en décembre 1866, pour le plus grand ministre de la monarchie, alors que le crâne de Richelieu fut réintégré solennellement, et avec toutes les pompes de l’Église et de l’Etat, archevêque et ministre en tête, dans le cénotaphe vide de la chapelle de la Sorbonne ? Quels applaudissements de la conscience publique n’accueilleraient pas aujourd’hui le ministre
qui rendrait à l’abbaye de Saint-Denis les ossements de Hugues Capet, de Philippe-le-Bel, de Charles V, de Duguesclin, de Charles VII, de Louis XII, de Catherine de Médicis, et au Val-de-Grâce celui de l’arrière petite-fille d’Anne d’Autriche, et ordonnerait aux architectes de ces monuments de rouvrir pour ce qui reste de ces grandes ou intéressantes figures, au nom de la reconnaissance nationale, les tombeaux dont elles furent arrachées en un jour d’aberration farouche, qu’il importe d’effacer à jamais pour l’honneur de la France !