SH SOUVENIRS
élève, à genoux ei )a main sur le crucifix, s'engpa-
{■eait par le serment suivant :
H Je Jure devant Dieu , et sur l'image sacrée du Roi, " de rester fidèle et dévoué au roi Louis XVIIl et è. Il ses légilimes successeurs; de répandre jusqu'à la Il dernière goutte de mon sang pour défendre ses Il droits et sa cause ; de plutôt mourir, que de jamais Il abandonner mes camarades, et de garder le secret " envers et contre tous. "
Le succès surpassa toutes les prévisions. Grands et petits accouraient à l'envt prêter ce serment, auquel tous ont été fidèles. Le collège tout entier, à l'exception des enfants au-dessous de quinze ans, ne pensa plus qu'à se préparer aux combats el qu'à se procurer
L'ordre fui donné de suivre, avec la plus grande attention , les exercices et les évolutions militaires de la nombreuse garnison , de s'exercer au maniement des armes et de se procurer de la poudre et des fusils; et aussitôt les voilà Itnis qui veulent vendre à tout pris leurs livi-es, leurs montres, leurs effets précieux, pour acheter un fusil quelconque. On environnait de toute espèce de séductions les soldats qui logeaient chez les habitants, pour en obtenir de la poudre; on passait les nuits à fbndre des balles, à confectionner des cartouches ; les membres du comité purent se procurer une assez grande quantité de fusils par l'entremise d'un armurier dévoué à noire cause.
Comment toutes ces manceuvrcs ne furent-elles pas découvertes? L'ange du collège veillait sans doute
sur ces pauvres jeunes gens , que l'on croyait abattus et vaincus! Et les préoccupations des grands événements qui se préparaient faisaient qu'on nous avait peut-être oubliés !
Il fallait mettre en sûreté les fusils que nous nous procurions y et pour cela il (allait les faire sortir de la ville ; on les démontait donc pièce par pièce ; on portait sur soi les plus petites, très-soigneusement numérotées; quant aux canons, aux crosses et aux bag[uettes, on les transportait bors de la ville par le moyen de voitures chargées de paille et de foin, pour être déposés en lieux sûrs. Gomme toute la population était royaliste, nous avions pour cela de grandes facilités, et dans toutes les circonstances, de grandes preuves de dévouement.
Quand et comment éclatera l'insurrection? C'était une immense difficulté à résoudre , enfermés comme nous étions dans une ville déjà en état de siège. Les imaginations ne laissaient pas d'être en travail : on discuta sérieusement des plans et des projets impossibles. Les uns auraient voulu s'emparer par surprise du fort Pentbièvre, citadelle qui commande la presqu'île de Quiberon ; d'autres voulaient enlever le préfet et le garder comme otage... Heureusement qu'avec les difficultés à surmonter venait aussi l'expérience. On comprit la nécessité de se mettre en rapport avec quelques-uns des chefs que l'on savait se préparer à l'insurrection royaliste. Nous nous adressâmes à M. de Margadel qui habitait une maison de campa*jne aux portes de la ville. M. de Margadel, qui avait fait les grandes guerres de la Vendée, était aujourd'hui le
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cheF adoré d'une nombreuse famille. C'était un preux et loyal chevalier que ses ennemis mêmes estimaient; une députation se présenla chez lui. 11 nous accueillit avec bonté; et dès ce jour il devint, pour les écoliers, un ami , un guide et un père.
Jusqu'alors rien n'avait transpiré de la conspiration, mais ce calme apparent ne Ait pas de lon^e durée. Tout à coup on apprend que deux écoliers viennent d'être arrêtés, emprisonnés et mis au secret. L'alarme est grande parmi nous. Quelle peut-être la cause de cette arrestation? Âvaient-ils été trahis, avaient-ils commis quelque indiscrétion? C'est là ce qu'il &ut savoir k tout prix , et de suite t Mais comment pénétrer dans leur cachot?
Un jeune écolier est transformé en jeune fille. Sous les auspices et comme nièce supposée d'une dame chaînée de visiter les prisons, et que l'on appelait, à juste titre, la mère des prisonniers, cet élève, sons ces habits de femme, parvient jusqu'à ses condisciples. Quelques mots échangés avec eux suffisent pour rendre la sécurité et donner la certitude qu'ils seront inébranlables dans leur fidélité. Voici la cause de leur arrestation : nue domestique les avait dénoncés comme ayant beaucoup de poudre. C'était vrai. Ils furent arrêtés en conséquence, et passèrent en prison trois longs mois de captivité.
A la suite de ces premiers indices, on venait d'ordonner des visites domiciliaires , et sans doute on allait faire de nouvelles arrestations, quand on apprît enfin que l'insurrection venait d'éclater sur plusieurs points du département.
DDN ÉCOLIER EN 18IS C'était aussi le signal si désiré de noire départ nous attendions ce jour comme la fin di vage, comme le commencement d'une autre fat fixé au surlendemain, 24 mai 1815.
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