CHAPITRE TROISIÈME
S |>ol y technique Adi ■ ■■
S au m: HE. L'Écnl
— Le chiteau da Pont-S»le. — Le géa Combat k Salnle-Anae d'Auray.
Celte prise d'armes du colK-ge de Vannes est un fait peut-être unique dans l'histoire. L'année précédente, en 1814, les élèves de l'École polytechnique avaient glorieusement coinbaitu pour la défense de Paris. C'est nn titre d'honneur que cette illustre école pourra ajouter à ses fastes.
Mais plus heureux que les collégiens de Vannes, les élèves de l'École polytechnique, en combattant en 1814, trouvèrent protection et sympathie dans le gouvernement, dans l'armée, dans leur famille et dans
D'dN ECOLIER EN 181S 93
toate la popnlalion. L'ennemi seul a dû ne pas applaudir à leur patriotique élan.
Il n'en tiit pas ainsi, en 1815, pour les collégiens de Vannes. Ils vont prendre les armes pour défendre un roi rejeté dans l'exil , faire obstacle à la puissance de celui qui a été te maître du monde, et qui peut le devenir encore, combattre des soldats aguerris et dévoués : ils se sont levés , organisés et armés contre un gouvernement qui le» tenait en suspicion et les surveillait de près. Il leur a fallu écbapper à sa police et tromper jusqu'à la vigilance deleurs maîtres, de leurs professeurs et de leur famille. Ils trouvèrent dans l'énergie de leurs convictions le courage et la force de surmonter tant d'obstacles, et d'aller affronter une mort qui eût été flétrie par le triomphe de la cause qu'ils combattaient.
C'était vraiment un grand bonheur et un grand succès d'avoir pu, pendant trois semaines de conspiration, échapper aux dangers de toutes sortes qui nous menaçaient. Cependant il restait encore à prendre une dernière et importante mesure, grosse de tempêtes et de périls. Comment donner l'ordre du départ, comment en fixer le moment, comment l'effectuer? Comment empêcher, dans ce moment suprême, toute manifestation, toute démarche imprudente? Voici le parti qui fut pris et arrêté : Le mercredi, 24 mai, on laisserait les élèves assister, comme à l'ordinaire, à la classe du soir. (Ce jour de mercredi fut choisi, parce qu'étant la veille du jour de congé, on ne s'apercevrait peut-être pas aussi promplement du départ des écoliers. ) Â l'issue de la classe, l'ordre se-
rait donné, avec injonction de ne partir qu'à la nuil tombante et isoli^ment. Sortis de la ville, ces élèves devaient aller prendre leurs fusils dans les différents villages où ils avaient été déposés. Alors divisés en! petites bandes, afin de pouvoir plus facilement se dérober aux poursuites, et en suivant des chemins dari traverse bien connus de ceux des élèves chargés de' conduire et de guider leurs condisciples, ils devaient se trouver réunis le vendredi 26, au village de Keohan (en Borric), à six lieues de Vannes.
Cet ordre fut ainsi donné, et reçu avec joie, carnous savions que depuis quelques jours nous vivions sur un volcan. Personne ne manqua à l'appel, pei^ sonne ne recula au moment de l'exécution ; on eût beaucoup de peine à empêcher de pauvres enfants, trop jeunes, trop faibles de tomplexion, ou appartenant à des familles bonapartistes, de suivre l'élaa général. Mais petits et grands, ceux qui partaient comme ceux qui restaient, Turent d'une admirable discrétion.
Cependant les inquiétudes et les dangers de ce moment suprême et décisif furent terribles; car, il faut bien le dire , dans ces derniers préparatifs de départ , dansées moments d'inévitables agitations, il y eut des joies et des larmes indiscrètes; il y eut d'iaiprudcnts adieux, des séparations solennelles ou trop affectueuses ; il y eut des élèves qui poussèrent la témérité jusqu'à faire entendre des chants provocateurs, jusqu'à essayer des démonstrations menaçantes.
Heureusement enfin, les collégiens avaient la clef des champs, et ce ne fut qu'au milieu de la nuit
D'UN ECOLIER EN 1815 n'en commença à s'apercevoir et à s'inquiéler e leur absence. Quatil à eux, pleins de joie de se roorer enfin en liberté, ih se hâtent de s'éloigner Kmr échapper aux poursuites et uux colères que leur bile a soulevées. Le moment de leur départ fut U kmière heure de cette vie si insouciante d'écolier^ ai . à dater de co jour, commença pour ces généreux Eu&nts de la Bretagne, pour ces pauvres colli^giens insurgés, une vie d'épreuves, de fatigues el de combats. Leur dévouement esl ^^rand sans doalc, la foi en la justice de leur cause est vive el sincère; mais la force et le couiage ne leur manqueront-ils pas? A l'âge qu'ils ont, si peu habitués qu'ils son! à de ioDgaes &IÎ(,'ue5, pourront-ils résister aux privations ^ui les attendent, supporter des marches forcées, toulenir des combats se renouvelant chaque jour, privés qu'ils sont maintenant des soins dont hier enflore ils étaient l'objet, désormais incertains s'ils re- Irauveront les caresses d'une mère, s'ils pourront le reposer encore au fover paternel ?
Avant de retracer cette vie aventureuse , je vais laconler ta manière dont vécurent en campagne ces écoliers devenus soldats. Le bagage ne se composait <|tie des habits qite chacun avait sur le corps en ^uillant le collège, et, d'après l'expresse recommandalioa qui en avait été faite, d'une chemise et d'une paire de souliers de rechange. Un fusil, quelques cartouches renfermées dans un mouchoir qui servait de c«ntare , complétaient l' équipement et l'armemeul de chacun. Ce ne fiil que plus lard que nous eûmes les gibernes et des sabres. Le collège n'ayant pasd'u-
M SOVTENIBS
niFonne adopté, chaque élève était habillé à sa guîs^. Les officiers portèrent, comme insignes de leur grad^, un trassard blanc à franges d'or, dans le genre <i*3 ceux que portent les enfants à la première commii-
Dans les premiersjours, lorsqu'on avait un peud*ac^ gent, on s'inquiétait peu des distributions de vivres ; mais on ne larda pas à se trouver dans ta nécesstlé de recevoir la ration de pain et de viande, et defeire militairement ta soupe. Qui sera marmiton'^ D'abord. quelques-uns voulurent bien se dévouer; maïs tl serait impossible de donner une idée de cette malencontreuse cuisine de bivouac, faite par des écoliers dont c'était le coup d'essai. Force fut donc de prendre de suite le sage parti d'attacher à la compagnie quelques bons paysans chargés de leur préparer à manger.
Dans les villes et les bourgs que l'armée royale occupait, la mairie distribuait des billeis de logement. Les officiers et sous-officiers collégiens élaient presque toi^ours logés chez les curés et les ecclésiasliques. Gomme ces bons prêtres avaient soin de nous ! comme alors aussi nous savions bien nous dédommager de nos jeûnes forcés! Partout et toujours les écoliers furent bien reçus ; il n'y a eu qu'une seule exception que je raconterai en son lieu.
Les collégiens intéressaient beaucoup par leur jeunesse, par leur dévouement et leur bonne conduite, qui fut toujours à l'abri de l'ombre même d'uh reproche. Telle fut toujours la confiance qu'ils inspiraient , que les paysans leur demandaient desconseiU
et des avis, et les prenaient souvent pour arbitres et pour juges de leurs différends. L'intérêt qu'on leur témoignait était si général , que , dans leurs courses à travers les campagnes du Morbihan , on accuuraii des villages, des hameauï, avec des provisions do pain, de fruits, de laitage, pour les écoliers, disait-on; et les braves royalistes, qui souvent étaient pressés par la faim et la soif, tout en regardant d'un œil d'envie, applaudissaient à cette sollicitude empressée et n'é- I laienl pas jaloux de ces préférences. Depuis le coiniiiencement jusqu'à la fin de la guerre, les collégiens otti été les enfants gâtés des cliefs et des soldats, chéris de nos vénérables prêtres, accueillis avec distinction dans les châteaux , avec empressement dans les chaumières. Les vieux chouans applaudissaient à nos succès, les grognards de l'Empire assuraient que nous n'allions pas trop mal pour des conscrits; les vieux loups de mer, ces intrépides marins du Morbihan, qui avaient passé leur vie h lutter contre l'Océan et l'Anglelerre, nous félicitaient à Ici donnaient des poignées de main ious terre.
Il exista toujours, pour les plus jeunes élèves ,
puisement. C'était le poids des hués après le prei avaient les épaules
Lorsque les élèves se trouvaient blessés, malades ou trop fatigués, on les conduisait dans des fermes éloignées et isolées, et là, bien en sûreté, ils recevaient les soins de la plus cordiale hospitalité. Vue
s l^ibles et les plus e fatigue et d'éds fusils distrir débarquenient : beaucoup en
s et déchirées.
SOUVENIRS s'était ainsi réfugié i
n jenne élève délactement z à temps de ans. Aussitôt
ni cachés homme
fermier.
fois, la ferme c
malade, fut tout à coup visitée par un de soldais ennemis. On fut prévenu asst leur arrivée par un petit garçon de dix les habits et le linge même de l'écolier fure avec soin hors de la maison, et le jeum passa facilement pour un des jeunes Gis du Enfants et douestiques furent aussi prudents que dis- , crets dans cette circonstance, qui pouvait compromettre tant de personnes. Le Morbihan esl bien, comme l'a dit Chateaubriand, la terre du royalisme et de la fidélité.
Excepté dans quelques circonstances trop malheureuses , une franche gaieté n'a cessé de régner parmi les collégiens. On racontait des histoires, des légendes; on improvisait des chansons qui faisaient rire aux larmes , car elles faisaient toujours allusion à des désappointements , des maladresses ou des mésaventures de quelques-uns parniinous.il y avait un chant héroïque, que nous appelions notre chanson de mort. Rien, au surplus, ne troubla Jamais la bonne et toute fraternelle union des collégiens. Abandonnés à eux* mêmes, ils comprirent la nécessité de se protéger, de s'encourager et de se soutenir mutuellement. Les plus forts se disaient un devoir de venir en aide aux plus faibles, les plus grands aux plus petits. Plusieurs prenaient sur leur sommeil, pour laisser reposer quelques heures de plus leurs plus jeunes compagnons , montaient la garde pour leurs camarades plus fatiguûs, et se privaient presque du nécessaire [wur leur procurer quelque adoucissement. Ceux de nous qui sui^
Il'nN ECOLIER EN 18 vivent encore pourraienl-ils oublier les noms de leurs :liers condisciples que l'on trouvait toujours prêts à reolire service, et ils étaient en grand nombre ; MM. Simon, aujourd'hui curé deDely, Le Faucheux, MU vicaire ; Le Bail, curé de Meslan, au caractère si obligeant; Le Guhennec, cflré deQiiistinu; Le Danlec, curé de Landol; Laigo, curé de Plœren ; Klhuel, curé de Braudriou ; Le Tarnec, curé d'Arradon; Lorbo, curé de Bubry, etc., etc.
L'écolier le plus jeune était recommandé et confié siiz soins d'un élève plus Agé. C'était un frère aîné qui avait pour un plus jeune frère la soilicilude d'une &mille abi^enle. De temps à autre, nous étions les lémoîns de scènes quelquefois attendrissantes : c'était l'arrivée d'une mère, qui venait de très-loin et à travers bien des dangers embrasser son lils, lui apporter de l'argent , des vivres, dit linge , avec les encouragements de la famille et les bénédictions d'un vieux pÈre. Nous pleurions, nous les témoins de ces tendres ipancbemenis , de ces douces effusions ; mais souvent l'en&nt qui on élaitl'objet ne pleurait pas, lui, dans la crainte de laisser croire à quelque découragement, soupçonner quelques regrets, ou pour ne pas con- Irister l'ami auquel de pareilles consolations n'étaient pas réservées.
Mais quelle joie on éprouvait si on apercevait de loin le clocher de sa paroisse, si ou devait passer fi une petite dislance de la inaison paternelle! Après quelques beures heureuses passées ainsi an sein de sa tamille, on revenait tout consolé, tout réconforté, reprendre son rang parmi ses camarades moins heureux.
Nous a
légien;
c p su les é ént mpue au n
; repreDOB où les c
, et fa&Ion3-n rendus à ce d^rnii prenant son épée, Sailli- Louis
I e re se nent de la ville.
tes neuf he s du so e \ (| a a ont dû t les dern e po r e lier le départ et prévoir 1«*
accidents ajant acqu lac rt t do q 1 s'était > tue sans e combre e cj e I alarn e avait pas donnée, se rendirent, comme cela avait été arréU chez M. de Marjjadel, qui avait attendu ce momei pour se rendre lui-même à son poste, ir Partons doi 11, dit-il, lorsque nous fum' ■t danjjereux rendez-vous. Et cocarde blanche et sa croix d arracha aus embrasse m en ts et au adieux de sa famille. Moins de trois heures après notre petit délacliemenl parvenait , par des routes di tournées , au château de Pont-Sale , à deux lieues d Vannes, où nous élions altendus.
La guerre était commencée, il ne fallait plus rer de repos ! A peine étions-nous à table , que li linelles en vedeltcs accourent annoncer que lechâteai est cerné par les bleus. Ce détachement arrivait di Vannes sur nos traces? Au moment où les derniers écoliers avaient quitté celte ville, il y avait à peine trois heures, la fuite des collégiens avait été connue, la générale avait été battue , et des colonnes mobil avaient élé envoyées à leur poursuite dans toutes les directions. On avait suivi notre petit détachement comme à la pisle, car les bleus étaient déjà dans le vestibule du château au moment mêine oti on nous annonçait qu'il était cerné.
D-UN ECOLIER EN IBIS Ml
Le cbâteaa de Poot-Sale appartenait an colonel Le ^Dt, commandant alon une dÏTiiiou royaliste, kt depuis commandant le département do Horbik. Ce cbAteau de Ponl-Sa)e était un lieu rempli de ^enirs pour les habitants du pays. Il avait apparu
fi à Pierre (Le GooTello) de Kériolei, qni Ait cée par les désordres de sa jenoesse, et |4ds encore la sainteté de sa vie pénitente, terminée par une iinte mort eii 1660; des l^endes qui nous étaient iea connues disaient que H. de Kériolet avait vaincu jllerrassé, danscecfaiieaudePont-Sale, Satan en perjinne. Nous pouvions donc espérer de n'être pas troujÙësdans ce séjour dont le diable, dit-on, est exclu à tout jamais, et de pouvoir profiter de la gracieuse hospitalité de M. Le Rident, sous la protection du vénérable M. de Rériolet, qui, lui aussi, avait été élève de Qolre colI^^,ily avait quelque deux cents ans. Nous n'eûmes que le temps de sortir dans le jardin par les fenêtres, et avant que nous eussions pu atteindre le parc , nous avions reçu une décharge générale partant fe toutes les croisées du château. On voit que notre (ébut n'a pas été très-heureux. Je ne sais pas si les /eus mangèrent notre bon souper, mais ils emnienèsnt prisonnier un jeune neveu de la dame châtelaine. uant h nous, pour comble de malheur, nous dîmes bli^és de traverser une petite rivière, et de nous lefti-e en route tout mouillés et mourant de htm pour ler rejoindre, à Brecb, le principal corps des royautés , sous les ordres du généra) en chef de Sot de ■rigoles.
74<7us oubli Ames bientôt notre mésaventure nocliirne
FF
à la vue de l'armée royaIe;iin bivouac, et un bivou de chouans, élait chose nouvelle et curieuse pour d écoliers. Quand nous arrivâmes, ou allait manger soupe. Celait le jeudi 25 mal , par une belle mati d< de printemps. Les royalistes occupaient une collii au pied de laquelle coulait la jolie rivière de Brect aux sites si pittoresques; là, sous le drapeau blar qui venait de se relever dans les landes du Morbîbar étaient réunis de viens cbouans qui avaient combatt contre la République; de vieux soldats qui, apré avoir pris leur part det (glorieuses guerres de l'Em pire, étaient redevenus Bretons, comme leurs père et comme leurs frères; d'intrépides marins, à peini échappés aux pontons de l'Angleterre, tous volon taires , obéissant à des chefs qu'ils se sont choisis eux' mêmes dans tous les rangs de la société. Le généra! en chef de toute l'armée du Morbihan était de Sol dt Grisoles, ancien compagnon d'armes de Georges CadoudaK Pendant toute la durée de l'Empire, il avait été prisonnier d'Ëlat dans un triste cachot de Vincennes et de Bicétre, dont il n'était sorti qu'en 1814.
Le chef d'état-major était le général marquis de la Boëssière, type d'honneur et de loyauté, dont le coup d'oeil militaire élait si sûr, dît M. Crétinean-Joly , et dont la mémoire sera longtemps vénérée en Bretagne. Les collégiens de 1815 lui doivent une vive reconnaissance pour l'intérêt qu'il leur a toujours porté et témoigné, pour la justice qu'il s'est plu à leur faire rendre. Mort dans les premiers jours du mois d'aoùl 1846, le généra) de la Boëssière, dans une lettre du
D'TIS ÉCOLIEB EN 1815 103
juillet précédent (la dernière lettre sans don te de vie) adressée à celui qui écrit ces lignes, lui léguait, devoir et uoe obligation de la position qa'il a occupée dans la campagne de 1815, comme âëve da collège de Vannes, le soin de protester hautement contre terril de mutinerie et de basse jalousie antàtobiliaire que leur a prêté un écrivain. Ce n'est donc que pour obéir à des prescriptions si vénérables, et non, certes, pour célébrer des discordes civiles, que cet ancien collégien de Vannes, aujourd'hui ideux prêtre, a pu se décider à retracer des événements déjà si éloignés de nous, mais dont il a précieusement gardé le souvenir, s'honorant encore aujourd'hui, même dans l'ombi-e du sanctuaire, d'avoir combattu pour le maintien des libertés nationales.
Ce corps d'armée que nous venions do rejoindre était déjà considérable, quoique n'ayant que quelques jours d'existence. Au premier signal, au premier appel , la population entière était accourue à la voix de ses chefs.
Au premier rang, était Joseph Cadoudal, dès lors honoré et chéri des paysans bretons, comme il le fut depuis par la légion du Morbihan dont il fut colonel, et par les régiments français qu'il commanda , comme général en 1823, dans les campagnes de la Catalogne; le vieux et respectable La Thiec, l'ami et le compagnon de Guillemeni, ie roi de Biguan; les deux filsde ce dernier, si dignes de leur valeureux père; le comte de Francheville, nom , sous tous les rapports, si cher à la Bretagne; l'intrépide Gambert, qui commanda ce bataillon de vieux soldats, que nous surnommions
Jîii
lOft SOUVENIRS
)a vieille garde-, Galles, jeune et brillant officier <]ue rachera bientôt à une épouse g à une famille
I, chefs si célèbre
désolée; Laitié, Rohu, de Cécilloi dans les souvenirs des vieux chouans.
Là encore, les premiers au poste de la fidélité et du dévouement aux Bourbons , était de Moëslieu , aide-major général, qui ouvre la liste trop nombreuse des officiers d'état-major tués ou blessés. Pendant celte campagne de trois mois, périrent glorieusement :de Sainl-Pérn ; de Langourla; de Guerry, le dernier de sa race; Ducoijdic, un des illustres noms de la marine française; de Langle, le troisième frère mort au service de la cause royale; Maillard et Dagone, officiers de distinclion. Et si l'on ajoute à ces noms ceux de MM, de Courson,dc Breleché,du commandant Pierre Le Car, du jeune Hervieu, qui reçurent de graves blessures, on verra que les officiers de l'état-major ont largement payé leur part et n'ont pas été épargnés.
Si noire élonnemont fut grand à la vue d'un spectacle si nouveau, notre appétit n'en souffrit pas, et nous acceptâmes avec empressement l'invitation de manger militairement la soupe. Nous étions tout fiers d'avoir rejoint l'armée avant tous nos camarades, et nous eussions désiré faîi-e le coup de feu avant eux, pour gagner notre droit d'aînesse et réparer à leurs yeux notre fuite précipitée du château de Pont-Sale. Cette bonne fortune nous était réseri'ée , et nous allions gagner nos éperons.
Par une marche de nuit, tes royalistes se portèrent sur Sainte-Anne. Sainle-Ânnc d'Auray est pour tout Breton une terre sacrée, le plus saint des asiles. C'est
D'DN ËCOLtEH EN 1B15 105
le sanctuaire vénéré de la patronne de la Bretagne. Chaque année, cent mille pèlerins viennent lui porter leurs prières et leurs voeux, et, dans ces lieux bénis, ils ont trouvé assezdejoiesetd'espérances pour être long' temps heureus et consolés. I) n'y a pas que le sentiment religieux qui fasse aimer au Breton le nom de sa céleste patronne; ce nom a été porté par sa dernière souveraine, Anne de Bretagne, qui, deux fois Reîne de France, n'a pu se consoler de la perte de sa couronne ducale.
Une première victoire nous y attendait : un succès important devait y couronner nos premiers eflùrts Je crois que cela devait être ainsi , car la foi en sa patrie et en la justice de sa cause inspire le plus indomptable courage. Si une armée française avait un jour à combattre ane seconde fois à Marengo ou à Austerlitz, les Français pourraient- ils être vaincus dans ces glorieux champs de bataille? Une colonne d'impérinux, avec un bataillon de gardes nationaux, étaient sortis de Lorient, au premier bruit de l'insurrection royaliste. Ils sont venus, et ils vont attaquer les blancs, avec cette conviction qu'ils n'auront qu'à se montrer pour dissiper et mettre en fuite tout ce rassemblement d'insurgés. Ce fut tout le contraire qui arriva. Renverser les bleus , les disperser, fut l'affaire d'un moment. Joseph Cad oudal ,à la tête deses braves marins d'An ray , s'était précipité comme un torrent sur celte malheureuse colonne, dont à peine cinquante hommes purent se sauver, et dont le colonel blessé fut bit prisonnier.
Les écoliers qui assistèrent à ce combat de Sainte-
*ies
fil
!06 SOUVENIRS D'US ÉCOLIER EN 18t5 Anne avaient espéré en retirer l'avantage de grandir par là aux yeiiïde leurs camarades qui n'avaient pas encore fait le coup de feu, et de s'en prévaloir pour se donner une certaine importance, lis furent, liélds ! bien cruellement désenchantés, et bien punis de leurs vaines prétentions; un jeune homme de Lorient, faisant partie de la colonne si complètement battue, se mourait d'une blessure qn'il venait de recevoir. Le malheureux , avant de rendre le dernier soupir, veut savoir si les écoliers de Vannes avaient combattu , et si son frère, qui était parmi eux , avait assisté à ce combat... Heureusement, il n'en étaitrien, son frère n'était pas là! Il put donc mourir tranquille.
Cette triste et déplorable scène, cet affrens spectacle d'un frère mourant, heureux de ne pas succomber par la main et sous les coups d'un frère, nous inspira un vif sentiment de tristesse. Les joies d'un premier triomphe pour notre cause , les heureuses conséquences qui allaient en résulter, ne purent effacer de notre esprit les impressions douloureuses que nous venions ■ d'éprouver : nous nous hâtâmes donc de demander la permission de nous éloigner et d'aller rejoindre nos condisciples, dont nous étions séparés depuis deux jours. Eux nous attendaient aussi, pour compléter la réunion de tous les élèves échappés du collège et aux dangers de leurs premières excursions.
MUSILLil"], LE 10 JUIN.
BoKlIitiitE. Réunicin de tous les oolle^iens à Keohan. — Homination des offitiera et soui-oFËciers. — Le eergenl itntnicteur. - — Dn grand nombre d'élèves refusent les Brade). — La bataille des Trenle. — L'aubergiste de Jciaidiii. — La procession de la Fêle-Dieu à Bedon, — Combat de Musillac. — Mort dn capitaine Nicolas et du sergent Le Tbiec. — Les écoliers prennent soin des blessés abandontiéa. — Honneurs funèbres rendns au capitaine Nicolas.
Le déparl des écoliers, leur însurreciîon et leur Fuite avaient produit uue {jraude sensation dans tout le département : c'était un événement important ponr les royalistes de trouver des défenseurs dans l'élite de la jeunesse, et de se rattacher ainsi tes ihuiilles auxquelles appartenaient ces jeunes élèves. Cette manifestation donnait une grande consistance à l'élan général de la population. Mais, d'nn autre côté, le désappointeinenldes autorités eut des conséquences funestes ponr