‹ Souvenirs d'un émigré de 1797 à 1800Chapitre 14 sur 26 · Voyez les Pièces Justificatives · texte numérisé non relu

Voyez les Pièces Justificatives

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téressés à l'apprendre ne s'en cloutaient pas. Le 17 vendémiaire (10 octobre) mon nom, celui de l'homme respectable dont je viens de parler, et au moins cinquante autres, avaient passé au directoire dans une de ces fournées de maintenues sur la liste de proscription , auxquelles Le Carlier, ministre de la police, prenait tant de plaisir : c'était lui qui, depuis le fameux 18 fructidor, avait succédé à Sotin et à un nommé Dondeau.

En vain François de Neufchâteau avait écrit à ce Le Carlier une lettre ostensible pour confirmer ce que mes parents cherchaient à prouver, que mon voyage d'Italie n'avait eu d'autre but que de perfectionner mon éducation : bien plus il ajoutait qu'on m'avait fait partir de France par son conseil.

C'était tout aussi inutilement que nous produisions la rétractation de Fouchard, député de Loir-et-Cher, obtenue de lui presque aussitôt que sa dénonciation nous avait été connue. J'ai dit que ses allégations, adressées

au ministre de la police ; avaient fait ajourner mon affaire au mois de mai , et cela dans le moment même où j'espérais déjà, une première fois, être rayé. Le nouveau rapport que ce ministre présentait était appuyé par une foule de certificats des différents lieux où j'avais habité depuis le mois d'avril 1792; tout fut sans effet. François de Neufchâteau , présent , comme ministre , à la séance du directoire où parlait son collègue Le Carlier, y montra en ma faveur, une énergie un peu tardive, qui aurait dû cependant m'être encore fort utile. Malheureusement son zèle fut paralysé par l'opposition du ministre de la police, et je perdis le fruit de l'espèce de bonne volonté qu'on pouvait, par anticipation, supposer à mes juges ' .

1 . Tai découvert plus tard que le véritable motif ou considérant de ma maintenue avait été une liste , produite par Le Carlier , des Français qui s'étaient présentés à Vérone chez Louis XVIII. Mon nom, ou un nom semblable au mienr, se trouvait sur cette liste formée par M. Alvise Mocenigo^ podestat vénitien de cette ville, et qui y exerçait ses fonctions depuis 1795. Ce n^gistrat avait envoyé au sénat de Venise la liste dont il s'agit; et soit que le sénat l'eût livrée lui-même,

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Ce fut le lendemain de la visite de ma sœur à Saint-Prix qu'elle apprit la fatale nouvelle , chez le directeur Treilhard, qu'elle était venue solliciter, parce qu'elle croyait qu'il était encore temps de le faire. Treilhard, n'osant lui annoncer lui-même ma sentence, en avait chargé un des assistants, l'ex-mar-

dans le temps, au ministre français Lallemen t, soit qu'on Peut saisie dans ses papiers , après la révolution du mois de mai 1797, elle était parvenue à Paris entre les mains du ministre de la police. — Ainsi, Tarrét du Directoire, qui en 1798 m'a obligé de quitter une seconde fois la France, et qui, par suite, a fait dans la fortune de mes parents une brèche difficile à réparer, semble bien devoir être attribué à cette seule inculpation. Au reste, on aurait tout aussi bien inventé un prétexte différent pour me condamner ; mais d'autres que moi et les miens ont dit que François de Neufchâteau, instruit de tout, ou se trouvant en mesure de Tétre, soit comme directeur, soit comme ministre, pouvait écarter les obstacles, tout au moins nous avertir plus tôt de ce qui devait évidemment nuire à mon affaire , et en compromettre le succès. J'eusse attendu une année, caché en France , et mon père n'aurait pas été forcé de faire avec la nation un partage de prèsuccession qui l'a dépouillé d'un tiers de sa fortune, sans parler de tant de tourments de cœur et d'esprit bien péniblement prolongés pour lui, pour ma mère et pour moi.

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quis de là Salle, attaché, si je ne me trompe, à la garde du directoire ', en qualité de commandant d'une cohorte de vétérans. Celui-ci, dès qu'il eut rempli sa commission, laissa madame de Sal... exhaler sa colère et son indignation devant trente ou quarante personnes dont plusieurs pensaient tout ce qu'elle disait, sans avoir autant de courage pour l'exprimer. Je dois d'ailleurs ajouter que Treilhard, au moment où elle sortait de l'appartement de réception, ne crut pouvoir se dispenser de lui témoigner un vif intérêt sur ma position , et sur le chagrin amer avec lequel elle l'envisageait.

En quittant le Luxembourg, elle pria le bon Dampierre de partir aussitôt pour Saint-Prix , afin de me préparer par degrés à un coup aussi inattendu. Je le vois arriver; mais ne soupçonnant aucun motif extraordinaire à cette visite de mon ami , je prends part deux ou trois fois ,

1. Taî ridée quil est l'auteur d'une jolie petite comédie jouée ayant 1789, et qui était intitulée rOf/?ctruar. Il est mort fou à Charenton en 1818.

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dans la soirée , à une contre-danse qu'avait arrangée madame R*** pour amuser sa société.

Dans un des intervalles où , de bien bonne foi, je parlais à Dampierre de ce que ma sœur m'avait autorisé à espérer, il commence à ébranler ma confiance, mais si fortement, que je me retire avec un sentiment profond de tristesse. Il partageait, pour la nuit, ma chambre, couché sur un simple matelas. Le lendemain , à mon réveil, je reçois de lui un nouvel assaut, mais si bien conduit que plus d'une fois j'avais demandé : « Serais-je donc condanmé ! » avant de savoir la cruelle vérité !

A un 02// décisif de mon ami, des larmes, que le seul intérêt personnel ne m'arrachait pas , soulagèrent l'oppression de mon cœur. Bientôt survinrent ma sœur et Armand de Bartillat Après m'être encore attendri avec eux , je me montai au point de résignation qui m'était nécessaire. Je reçus, au bout de très-peu de jours, des lettres de mon père et de ma mère, peignant leur àme et exprimant toute leur tendresse pour

moi. On était généralement d'avis que je quittasse la France. Outre les risques terribles que j'y courais comme émigré , et qui pouvaient augmenter , on s'exagérait les avantages d'un établissement. quelconque à Hambourg, où il fut convenu que je me rendrais tout de suite. Cette résolution une fois prise, je ne devais plus être retardé que par quelques mesures de sûreté , et par la recherche du meilleur moyen d'atteindre la frontière. Douze jours sufQrent à tous mes arrangements, et, muni d'un passe-port pour Bruxelles et Anvers, je fis, le 27 octobre 1798, mes adieux à madame R*** et à Saint-Prix.

Ma sœur, qui avait regagné Meslay, sans pouvoir attendre mon départ de Paris , avait exigé de moi que je ne m'y montrasse point , à moins de nécessité absolue pour mes derniers apprêts de voyage. Peu s'en fallut qu'au moment même où j'y débarquais , un factionnaire de la rue Notre-Dame des Victoires ne m'arrêtât , tenant dans ma main un portefeuille dont le contenu m'aurait trahi. J'étais allé là , c'est-à-dire au

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bureau des messageries nationales , pour parler à un de mes camarades de collège, qui était au nombre des administrateurs de cette grande entreprise. J'ignorais qu'il fût défendu de sortir à la nuit de l'hôtel des messageries , avec des effets. Heureusement mes jambes me servirent bien à la minute même où le factionnaire m'appelait, et je me rendis bientôt , tout tranquillement, au logement qui m'était préparé.

Guermantes, alors établi à la campagne, prêtait, dans sa maison de Paris, une petite chambre à Armand de Bartillat, et celui-ci m'y attendait. Je passai près de deux jours avec lui sans mettre le pied dehors. Dampierre venait nous voir dès qu'il pouvait disposer de sa liberté, et la douceur des derniers instants qui s'écoulèrent ainsi dans le sein de l'amitié, fut telle, qu'il m'en restera toute ma vie le plus agréable souvenir.

Le froid à subir dans ce logement assez peu comfortable, la paresse et plus encore la commodité, me faisaient garder mon lit presque toute la matinée. Armand restait aussi

couché à peu de distance de moi. Des lectures ou quelques travaux de plume nous occupaient en commun et coupaient nos conversations toujours intéressantes. Il fallait voir Dampierre y allant successivement de Tun à l'autre lit et s'associant à tout l'emploi de nos journées : les heures s'écoulaient dans le plus doux oubli. — A cette époque, tous deux m'adressèrent des vers beaucoup trop aimables pour que je les rapporte ici , mais ma réponse ne paraîtra peut-être pas déplacée, après l'éloge que j'ai tracé d'eux. Elle a droit de figurer dans le tableau de tout ce qui précéda ma réémigration forcée.

A peine Tamitié m'avait ouvert son temple :

En vous j'avais trouvé le précepte et l'exemple, Tout ce qui parle à l'àme ou peut charmer l'esprit. Près de vous un instant le bonheur me sourit... Faible roseau, je dois céder à la tempête :

Sous les coups du destin je dois courber la tête. Mais il me reste encor, pour braver sa rigueiur. L'espérance et surtout la mémoire du cœur.

Ce cœur vous est connu ; seule votre tendresse

Sut tromper ses ennuis, adoucir sa tristesse. Vous me faisiez chérir jusqu'à l'adversité, Elle est mon lot; le vôtre est la félicité, £t s'il ne m'est donné de la rendre complette, Au ciel mes vœux ardents transporteront ma dette. Vous l'augmentez ici par vos soins si touchants. Avant vous le bonhomme taynit dit dans ses chants ; « Qu'un ami véritable est une douce chose ! » Douce et rare en effet! sans craindre qu'on en glose, JeÊtis bénir mon sort , il est sans doute heureux : Car, au lieu d'un ami, moi, j'en ai trouvé deux *.

Je reviens à mes dispositions pour m'éloigner de Paris et de la France. Il fallait bien, à la fin , sortir de la retraite que j'ai décrite, et voir en secret quelques personnes. Je donnai • tout un jour à des devoirs et à des intérêts de cœur. Ayant fait à peu près tout ce qui

1. Ces deux amis et moi, nous étions également liés avec le malheureux Guermantes, mort à la fin de 1800. U a laissé une femme, deux enfants, de la fortune, et il était à peine âgé de vingt-cinq ans.

Hélas ! j'ai eu aussi à pleurer en 1802 la perte de cet excellent Damplerre, cruellement moissonné à Saint-Domingue, où rien ne Tobligeait à aller exposer une existence précieuse à tant d'individus auxquels il était si cher dans son pays.

me paraissait indispensable , je profitai , le l**" novembre, d'une chambre que m'avait offerte , dans sa maison , madame de Yillemarest, amie dévouée à ma famille dans tous les temps. Elle était voisine de l'hôtel des messageries d'où je devais partir. Ce fui là que je pris congé de mes deux jeunes amis; et le 2 novembre, à cinq heures du matin, j'adre^ de sincères remerciements à mon obligeante hôtesse , en recevant ses vœux pour mon voyage. Me voilà donc , le 2 novembre , dans la diligence de Bruxelles; je ne devais y avoir le cœur ni l'esprit tranquilles, mais par bonheur, les lazzi d'un de mes compagnons de voyage, que j'avais vu souvent à Saint-Prix , et qui se trouvait en voiture avec moi pour la plus petite partie de ma route, enchantèrent tellement ma mémoire et mon imagination, que je pus rire, et môme d'assez bon cœur, une ou deux fois pendant cette première journée. Le pays ne m'offrit d'ailleurs aucun intérêt local avant le beau pont de

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Pont-Saint-Maxence , que j'allai visiter en attendant le dîner. Peu après , j'entrevis aussi avec plaisir , mais sans sortir de voiture , l'ancienne possession du marquis de Villette, ce courtisan de Voltaire, devenu plat courtisan de la révolution. Un jardin anglais qui en dépend borde le grand chemin ; il offre beaucoup d'eau, des îles, de magnifiques plantations, des fabriques; enfin on y reconnaît l'art et le goût concourant avec la richesse à orner et à mettre en valeur les dons de la nature.

Nous étions, le 3, pour déjeuner à Cambrai, ville où la tristesse semble avoir établi son empire parmi les ruines. On pense à Fénelon, en voyant tant d'églises détruites. — A Valenciennes, ce ne sont pas seulement les dévastations révolutionnaires qu'on observe avec douleur : des rues entières , et principalement du côté de la porte de Mons, offrent les traces du siège que la ville soutint, en 1793, contre les Autrichiens.

On nous avait menacés d'un long retard et

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d'un examen long et ennuyeux de nos passeports dans cette place de guerre. Tout se réduisit heureusement à une visite que la carrossée alla faire dans la boutique d'un boulanger. Son garçon , qui suivant l'apparence était membre du bureau de police de la municipalité , nous rendit le service de donner assez proraptement son visa et nous continuâmes notre voyage , après avoir pris seulement le temps de dîner.

En entrant dans le Brabant , je remarquai le changement de sites : je vis des hommes qui ont toujours différé des Français et qui, probablement, en différeront longtemps, malgré la réunion de leur pays à la république.

Comme nous ne nous arrêtions pas pour coucher, la diligence ne fit que traverser Mous peiv dant la nuit , et le 4 , de grand matin , nous étions à Bruxelles.

C'est une belle ville , très-florissante et qui mérite bien tout l'intérêt d'un voyageur; mais, dans la position d'esprit où je me trou-

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vais , j'accordais peu à la curiosité et je ne voulus perdre que le moins de moments possible pour sortir du territoire français.

En conséquence , avant la fin de la matinée et sans m'être reposé, je montai, moi douzième ou treizième, dans une voiture publique du pays, qui allait à Anvers. La Belgique était, depuis quelque temps, en proie à des troubles civils qui inquiétaient le directoire de France, ainsi que les Brabançons ou Belges en général, et il y avait plusieurs jours qu'aucune diligence n'avait osé prendre cette route. Ma préoccupation ne m'empêcha pas d'admirer les beautés matérielles qui s'offraient à moi en quittant Bruxelles. Le canal qu'on suit assez longtemps, dans la direction de Malines , me rappela celui de la Brenta, dont j'ai parlé à propos du chemin de Padoue à Venise. L'architecture italienne, qui a orné les bords de ce dernier fleuve , a plus de majesté , mais, dans la partie du Brabant dont il est ici question , l'aspect riant

des paysages et Vart qui décore les jardins ont, je crois, un avantage marqué. Rien de plus beau que Schonenberg , maison de plaisance ou palais qu'occupait le gouverneur du Brabant. Il est situé sur une hauteur et oiïre, dans son ensemble , un coup d'œil superbe.

En entrant à Malines, comme avant d'en sortir, nous fûmes obligés de produire nos passe-ports. On ouvrait et fermait successivement les portes de la ville pour laisser passer chaque voiture. Un appareil formidable d'artillerie était déployé sur une des places , à l'eflFet de contenir les insurgés qui menaçaient les environs. La crainte de la conscription , mesure qui , sous un autre nom, a toujours éprouvé des difficultés en Brabant, avait armé beaucoup de paysans; mais aussi l'on voyait beaucoup de brigands, de véritables pillards , prendre de là occasion de se livrer à mille excès. Ainsi , l'insurrection , qui semblait organisée contre les troupes françaises, retombait sur le pays même et sur ses habitants.

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Je trouvai, au pont de Valins, un retranchement, construit sur la route, pour arrêter ces malfaiteurs. Ils avaient, dans un autre endroit, mis, en travers, des arbres qui coupaient le passage, et on était encore occupé à les enlever. — La distance de Bruxelles à Anvers est de neuf lieues. J'arrivai Taprès- dîner dans cette dernière ville, qui captiva peu mon attention. Elle est régulièrement bâtie, et me parut fort triste. Les Français n'ont pas laissé un seul des beaux tableaux de l'école flamande qu'on venait y admirer, et l'on cherche surtout avec regret la fameuse descente de croix de Rubens, qui a été transportée au musée de Paris.

J'avais compté gagner de là Breda, première ville de Hollande, mais mon passe-port ne me menait qu'à Anvers. Sur le refus que me firent les autorités de cette ville d'étendre au dehors de la France la faculté de voyager qui m'était accordée, je retournai à Bruxelles pour y tenter la fortune. J'aurais mieux fait de la brusquer en passant toutde suite la frontière, avec deux Danois que je

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n'avais pas quittés depuis Paris. On avait, pendant les quarante-huit heures qu'avait duré mon absence, déclaré Bruxelles en état de siège; il devenait indispensable de faire viser cette fois mon passe-port par le commandant de la place, et je craignais de ne pouvoir, sans quelques difficultés , repasser par une des portes. En attendant que je fusse en mesure de me présenter devant ce commandant , je parcourus la superbe promenade appelée le Parc , j'admirai la grande place et plusieurs magnifiques palais. Tout semble, ici, rappeler la richesse des Espagnols , longtemps souverains du Brabant Quel heureux séjour devait offrir sa capitale, lorsque son gouvernement tirait parti de toutes les ressources d'un pays beau, riche et fertile ! A la vérité , l'esprit naturellement remuant des Brabançons contrariait quelquefois leurs moyens de bo::heur , et le bonheur semble avoir fui loin d'eux, avant même la révolution française. L'année 1787 fut l'époque d'une grande insurrection contre l'autorité de l'empe-

reur , alors souverain des Pays-Bas; ils n'ont , depuis, recouvré qu'à de courts intervalles leur ancienne tranquillité.

La première invasion des républicains français, en 1793, n'était, pour ainsi dire, qu'une visite engageante. Dumouriez ménagea beaucoup tout ce pays; les événements subséquents de la guerre qui ont fait désirer la réunion à un bien petit nombre d'individus et qui, plus tard , l'ont amenée , ont été trop tôt suivis d'exactions, de détériorations de toute espèce , enfin de regrets et de repentirs qui ne peuvent s'effacer qu'avec le temps ; mais il en faudra beaucoup, avant que le Brabant revienne à l'état de prospérité auquel il semblait avoir été destiné, avant qu'il sache bien lui-même ce qui lui convient.

Pour finir ma journée, j'allai à la comédie de Bruxelles. La salle de spectacle est assez ordinaire; mais je fus très -content de Baptiste cadet qui , faisant dans les départements sa tournée d artiste dramatique de Paris ^

était ainsi arrivé à ce théâtre. Il jouait le principal rôle, ou plutôt les principaux, dans une pièce à tiroirs, de Patrat, intitulée : les Déguisements amoureux. Un amant, pour vaincre certains principes ou préjugés de sa maîtresse, s'offre à elle , tour à tour^ comme peintre allemand, virtuose italien, philosophe anglais et vieux poëte français. Ce dernier travestissement amène le dénouement qui est aisé à deviner.

La pièce, assez bien écrite, fait plaisir au total, surtout jouée comme elle l'est par Baptiste. On hii reproche de reproduire toujours sur la scène M. Danières ^ parce que c'est le rôle auquel il a dû sa réputation dans le genre des caricatures ; mais je lui trouvai une singulière mobilité de masque et une grande netteté d'expression en se déguisant ainsi de différentes manières. H était à peine reconnaissable à chaque changement de personnage, et je fus encore plus étonné, lorsque je le vis ensuite, dans le petit opéra de Biaise et Babet^ rendre aussi bien la caducité et le tremblem^t du

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y'xQxxx Mathurin : il vo^Zm/^ parfaitement sa taille presque gigantesque et peu propre à représenter le dernier âge d'un vieillard. — Je ne puis pas oublier que, dansla même pièce, l'acteur chargé du rôle de Biaise interpella le public qui sifflait son entrée : Citoyens^ dit-il, si je vous déjdais^ je vais me retirer; sinonlaissez-rnoifaire usagg de mes moyens. Alors quelques mains applaudirent et il ne se retira pas, quitte à continuer de déplaire par l'emploi de ses moyens.

Le lendemain 7, je me présentai chez le commandant de la place; et le seul désagi^ment de cette visite fut de l'entendre répéter aux employés qui l'aidaient à examiner Jies passe-ports divers : Fourrez-moi ces gaillanfy^ là en prison^ s'ils ne sont pas bien en rè^ gle. Ensuite j'eus à essuyer \&& lazzi d'un jeune employé sur les centimètres et miUimètres de mon signalement, langage nouyeUement adopté parles administions françaises et que presque personne n'entend encore dans la Belgique. Bref, j'obtins le visa dont j'avais besoin. J'avais vu qu'il était moins commode «t ifjim

long de gagner la Hollande par Bruxelles au lieu de passer par Anvers ; je repris donc la route de cette dernière ville, regrettant trois jours perdus, et je descendis, le 8, dans une auberge appelée le Bon Laboureur. Me dirigeant, d'après les conseils de Taubergiste qui ne pouvait que gagner à m'en donner de bons , je louai chez lui un cabriolet à deux chevaux pour moi seul, au lieu de prendre une place dans la diligence de Breda; il m'avait assuré (du reste, avec fondement) qu'ainsi je serais dispensé de toute formalité, soit à la porte d'Anvers, soit à la frontière. Le Brabant , ou du moins ce que j'en avais vu, ne m'avait offert que de laides figures sur lesquelles des nerfs apparemment trèscorwuhihlès peignent à tous moments le rire de Silène. Aucune idée ne se montrait à moi sur la plupart des physionomies, mais seulement une teinte de bonhomie apathique. Le hasard m'a probablement mal servi ; mais je n'ai pas entendu, dans la bouche d'un seul des naturels du pays, un mot qui eût du sel ; et leurs témoignages de gaieté ne m'ont jamais permis de

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supposer quelque chose de plus saillant dans leurs pensées. Mais j'ai vu faire une énorme consommation de bière, que je trouvais fort mauvaise; j'ai vu beaucoup fumer et prendre ou donner du tabac avec une obligeance assez importune.

Peut-être est-ce là seulement l'histoire de mes deux voyages dans la diligence de Bruxelles à Anvers, ou bien ce qui m'a le plus frappé dans les rues , les cafés oji les auberges du Brabant; je n'aurais tracé, par suite, qu'un tableau peu fidèle des mœurs et du caractère des habitants. Au surplus, je ne m'arrêtais pas le temps nécessaire pour juger en connaissance de cause; je ne rencontrais que des gens du commun , et sans parler de ma disposition au chagrin , à l'humeur même, je pouvais ressembler un peu trop à cet Anglais, tant de fois cité, qui, à la fin d'une seule journée qu'il avait passée tout solitairement et sans voir d'autres personnes que son hôtesse, écrivait sur ses tablettes : « A Blois, « il pleut toujours : les femmes^ sont rousses « et acariâtres. »

Prêt à quitter Anvers et par conséquent la

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France , j'adressai ces derniers adieux à tout ce qui y excitait mes regrets:

Mélancolique sympathie, Des bons cœurs véritable aiman^ Dans mon existence flétrie.

Rappelle quelque doux instant, A mes yeux retrace l'ivresse Qui, faisant trêve à mes douleurs, D'une ingénieuse tendresse M'offrit les rêves séducteurs :

Peins-moi ceux dont l'heureuse adresse Charmait, par d'aimables erreurs.

Mon ftme soufirante et craintive; Lui montrait, par un tendre soin, Les maux passés déjà bien loin, Et le bonheur en perspective.

J'ai vu les premières lueurs De ce destin digne d'envie ; Mais quand la fortune ennemie Pour moi redouble ses rigueurs, Parmi les écueils de ma vie, L'amitié sème encor des fleurs.

En vain, tout m'accable, m'oppresse :

Sous son égide enchanteresse Je puis à toute heure, en tous lieux^ Attendre ou défier Forage ; C'est la planche dans le naufrage Que m'offre la bonté des cieu]^.

En sortant , le 9 , par la porte qui mène à Breda, je remarquai avec plaisir les beaux arbres et les belles prairies que Ton trouve eu commençant cette route; mais bientôt après je traversai des bruyères fort tristes, au milieu desquelles est situé fFeste^fVese. Contre mon attente, je n'éprouvai que de la politesse de la part des commis établis à cette frontière : ils témoignaient avoir beaucoup plusde peur des insurgés qu'ils n'en avaient jamais eux-mêmes causé aux contrebandiers. La vue de certain poteau qui marquait la séparation des deux républiques, française et batave, me donna d'abord un doux sentiment de ma sécurité et me causa presque de la joie ; mais bientôt ces impressions furent troublées par un retour sur moi-même et par l'idée de tout ce que j'abandonnais , idée qui n'était guère moins pénible que n'avait pu l'être jusqu'alors la perspective de la fusillade doi^t enfin, après quatorze mois, je cessais de courir les chances comme émigré.

Quoique le Brabant soit une gradation entre

la France et la Hollande , j'eus^ à observer en voyant ce dernier pays pour la première fois. Tout m'y parut d'abord plus analogue et plus assorti, dans les ouvrages des hommes comme dans ceux de la nature , parmi les êtres animés ou inanimés. Tout m'y présentaitridée de l'ordre et de la régularité, mais sans élévation et sans grand mouvement. Rien,du reste, ne me surprenait absolument : la végétation, les maisons, les paysages , la taille des hommes et des femmes, leurs habillements enfin, se montraient à mes yeux tels que je me les étais toujours figurés, d'après les tableaux de l'école hollandaise.

L'approche de Breda était animée par le retour d'une foire. Les fortifications, les ponts et les canaux dont cette ville est environnée excitèrent beaucoup mon attention. Il est à noter qu'en 1795 la garnison qui défendait Breda se rendit à la première sommation des Français. La population est de 12,000 âmes.

La seigneurie de ce pays appartenait à la maison d'Orange, comme bien patrimonial; elle y avait

un grand nombre d'emplois à sa nomination, ainsi qu'à Bois-le-Duc et à Berg-op-Zoom.

Je ne sortis de l'auberge où j'étais descendu que pour aller chez un curé auquel on m'avait chargé de remettre une lettre de Paris. C'était même en raison de cette commission qu'au lieu de suivre la route la plus courte qui mène d'Anvers à Amsterdam , j'avais pris par Breda. En causant avec ce bon ecclésiastique , je fus fort content de ses principes et de l'esprit qui l'animait , soit comme prêtre, soit comme Hollandais. La religion catholique s'exerce librement dans la république batave : le clergé n'ayant pas de biens, il n'a, en révolution, tenté la cupidité de personne. Chaque pasteur vit de son patrimoine et des offrandes volontaires de ses paroissiens.

Le 1 0, je partis dans une des barques qui, tous les jours, font le voyage de Breda à Botterdam. Le début de celui que j'entreprenais par eau fut pénible , en raison du temps qui était fort

mauvais et surtout de la noDchalance du patron. Après sept heures de marche, il nous avait à peine fait faire trois lieues. J'appris un peu plus tard, pour la justification de ses talents comme pilote, que les paysans ne lui fournissaient qu'à regret des chevaux de tirage et qu'ils avaient résolu d'avance de les lui faire beaucoup attendre. Le fait est qu'il était regardé comme patriote batave , et que dans toute

l'étendue du rivage de Breda à Rotterdam , on regrettait l'ancien pilote /;n/îce-/wû/i, c'està-dire orangiste , qu'il était tout nouvellement venu remplacer^ J'en conclus que dans les campagnes la disposition générale du peuple n'était pas très favorable au gouvernement actuel de la Hollande.

L'impatience me prit , ainsi qu'à trois autres passagers, en voyant que nous. avancions aussi peu , et nous nous décidâmes à gagner pédestrement un village où la barque devait nécessairenient s'arrêter. Nous y arrivâmes après

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deux heures de marche : ce village était fort joli , comme le sont presque tous ceux que la Hollande offre de ce côté-là.

J'allai, avec mes compagnons, prendre place auprès d'un bon feu , dans une auberge ou café. En y attendant un souper composé uniquement de bœuf et de pommes de terre , je fus suflisamment occupé, sinon amusé, par les graves ligures de six ou sept personnages assis auprès de la cheminée , qui fumaient, presque sans dire un mot, et buvaient tour à tour de la bière qu'ils prenaient soin de faire dégourdir dans des vases d'étain. Enfin , la barque restée en arrière parut vers minuit , et elle nous recueillit. Les ténèbres n'étaient rien moins que favorables à l'observation; je ne pensai donc qu'à tâcher de bien dormir , et je n'aperçus même pas la mer que l'on traverse , ainsi que plusieurs rivières et canaux. Je me réveillai , le lendemain 11, sur un large bras de la Meuse qui conduit à Rotterdam.

Cette ville est imposante par sa régularité,

par ses canaux et par la quantité de navires et barques dont ils sont couverts. Mes affaires avec M. Vanderhœven , négociant , pour lequel j'avais une lettre de crédit , n'étaient pas longues à terminer. Dans l'après -dîner, j'allai voir une promenade publique, à la sortie de la porte qui conduit à La Haye. L'aspect en est délicieux : des deux côtés d'un canal bordé par de belles rangées d'arbres , on trouve de fort agréables petites maisons. Le dimanche avait attiré dans cet endroit un assez grand concours. Je fis ensuite le tour du Cingle^ autre promenade qui n'était pas moins fréquentée : c'est une espèce de rempart garni, avec la même régularité, de beaux arbres et orné aussi , dans toute sa longueur, par d'assez belles constructions.

L'intérêt commercial qui, en Hollande, fait spéculer sur tout, même sur les plaisirs publics, multiplie, entretient, dans chaque ville, des musicos , établissements de fort peu d'édification , mais apparemment nécessaires à des hommes qui ne sont pas flegmatiques en tous points.

J'avais rencoûtré^ dans les rues, un petit nombre de femmes, dont quelques-unes fort jolies, et je r^ettais que leur toilette ne les rapprochât pas un peu plus de nos modes françaises : rien de gothique comme les chapeaux noirs et surchargés de rubans pareils , que je rencontrais à chaque pas. La coifTure de la plupart des Zélandaises , qui paraissaient appartenir à la classe du peuple , me choquait encore plus : à l'exemple des habitants de Rotterdam, elles portent des chapeaux , mais avec des ailes d'une ampleur si énorme, que j'aurais pu les prendre pour de vrais parasols.

Je fus frappé, toujours en me promenant, d'un usage qui me parait être reçu dans toute la Hollande. On peut voir de l'intérieur des maisons sans être vu. L'étranger qui ne fait que passer se croirait presque dans une ville déserte, d'après la manière dont les fenêtres sont fermées ; mais des jours , bien ménagés à travers les volets , épargnent à qui est dedans la privation imposée à qui est dehors. De plus, sur

l'un des côtés de presque toutes les fenêtres, est appliqué un miroir dirigé de manière à répéter toutes les scènes de la rue.

J'étais pressé de finir une journée où mes jambes ne s'étaient pas beaucoup reposées ; j'avais surtout besoin de dormir plus commodément que je n'avais pu le faire dans la barque, la précédente nuit. Bref, je venais de me coucher, vers sept ou huit heures du soir, lorsqu'on entre tout à coup pour me demander d'écrire, sur une feuille imprimée, mes noms et qualité, le point de mon départ et le but de mon voyage. Cette formalité assez simple étant remplie, voilà qu'on m'annonce la visite de deux membres de la municipalité. Us apparaissent aussitôt dans ma chambre avec un officier français qui prend mon passe-port , l'épluche mot par mot, me fait toutes les difficultés qu'il ne devait pas me faire et omet la seule qui pût être fondée : c'était que ce passe-port m'avait été donné pour voyager en France et non pas pour aller en Hollande. De chicane en chicane , et par une suite de bruta-

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lités, je me vois forcé de me lever pour être conduit, disait l'officier, chez le commandant de la place. Préalablement, il m'envoie en prison entre quatre fusiliers. Là , je trouve un conscrit de Bruges et deux ouvriers d'Amsterdam , qu'on avait arrêtés , sans papiers , dans un cabaret. Après un rigoureux examen des croisées garnies de barreaux, on nous consigna, tous les quatre, au caporal de garde. J'obtins , avec quelque peine , un matelas dans la chambre que nous partagions , et où le factionnaire s'établit avec nous. Il ne nous perdait pas plus de vue que s'il s'était agi de prisonniers d'état. A la fin, quand il se fut lassé d'appeler successivement tous ses camarades , et de faire le coup de poing avec quelques uns , il permit à chacun de nous de céder au sommeil. C'était bien jouer de malheur que de me voir ainsi privé de ma liberté, en pays étranger, et fort inquiet des suites d'une telle aventure, moi qui, pendant si longtemps, avais échappé, en France , à de véritables dangers. Cependant , la nuit se passe ; une matinée

triste lui succède, et nous attendons jusqu'à près de midi une décision quelconque de notre sort. Alors les quatre prisonniers sont accompagnés militairement chez le commandant français. Nous traversons toute la ville, excitant, d'une manière fort désagréable, la curiosité du peuple : a Quel a est celui d'entre vous, demande d'abord ce a commandant , qui est porteur de tel passe- « port de l'intérieur? — C'est moi, lui dis-je. « — Eh bien ! reprend-il , couvrez-vous. » Ce œuvrez-vous^ prononcé d'un ton assez peu rassurant, me paraissait signifier : « Ton affaire est « mauvaise, je penserai à toi , quand je serai « débarrassé des autres. » Bientôt la tournure du sermon adressé au conscrit fugitif par le général Lardenne (c'était son nom) me fait comprendre qu'il est beaucoup plus facile en arrangements que je ne l'avais jugé d'abord ; je devine qu'il veut jouer son rôle et rien de plus. Après la liberté rendue à mes trois compagnons , mon tour arrive, et toutes mes prévoyances sinistres aboutissent à un renvoi chez le consul de France.

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Le général croyait ou feignait de croire j'avais le projet de retourner à Anvers :

devais, en conséquence, disait-il^ faire viser mon passe-port par le consul français ,0)u bien lui en demander un nouveau, afin de regagner avec sûreté la route de France, et n'être pas pris pour un émigré. (II s'adressait bien !)

Je ne fus pas aussi content du consul que du commandant. Escorté chez lui par un caporal, je lui alléguais, pour me tirer de ^es mains, que des affaires de commerce m'avaient conduit à Rotterdam : il voulut absolument que son secrétaire m'accompagnât chez M. Yanderhisrven , afin de constater la vérité ou la fausseté du fait. C'était déjà beaucoup de n'avoir plus ni les fusiliers qui m'avaient mené au général Lardenne, ni le caporal qui m'avait présenté au consul; il me restait à me débarrasser du secrétaire, aussi peu aimable que son patron. J'en essuyai beaucoup d'injures, lorsque après enquête chez

«t)anquier^ le frère de celui-ci produisit la pie lettre de crédit dont j'avais été porteur, comme la seule affaire que j'eusse avec leur maiso%Quoi qu'il en soit^ je fus assez heureux pour obtenir la faculté de retourner à mon auberge, la Fille de Bruxelles, avec promesse que je reviendrais^ raprè&-dtner, faire viser mon passeport; mais j'avais trop à cœur d'éviter tout inconvénient semblable pour rester à Rotterdam au-delà du temps rigoureusement nécessaire.

D'après le conseil de mon hôte , je pris le chariot de poste de Gooda : c'est le lieu où l'on s'embarque sur un canal qui mène à Amsterdam.

Parti à huit heures du soir, j'atteignis le but de mon voyage, le' lendemain 13, vers six heures du matin. Je n'avais garde d'aller m'exposer encore aux recherches vexatoires que le gouvernement français mattre absolu de la république batave , y faisait faire de ville en ville. Je gagnai, tout de suite, un logement qui m'avait été indiqué dès Paris ^ par un ami :

c'était la maison d'un Français, mattre d'armei^ et qui, depuis longtemps, avait quitté son pajfS; Une remarque assez singulière, faite depuis la révolution de 1789, c'est que presque tous ceux de nos compatriotes qui, longtemps avant qu'elle eût éclaté, s'étaient établis en pays étranger sont devenus démocrates. J'ai trouvé, pour ma part , bien peu d'exceptions sur ce point en Italie; et la justesse de mon observatio me fut confirmée à Amsterdam, en écoutait mon maître d'auberge lui-même; dès les pre^ miers mots, je lui reconnus, ainsi qu'à sa femme, un patriotisme assez prononcé ; je ne crus pas, pour cela , être tombé en mauvaises mains. lU tenaient une pension plutôt qu'une auberge, et je jugeai que je pouvais jouir chez eux delà sûreté et du repos dont j'avais besoin, en attendant qu'il se présentât à moi une occasion pour Hambourg.

Ici, les visites domiciliaires n'étaient pas dirigées contre les conscrits seulement; elles concernaient aussi les insurgés brabançons;

mais quiconque Be paraissait pas aux agents du gouvernement être suf&^mment en règle, pouvait éprouver des désagréments réels. Pour éviter toute inquisition, j'avais résolu de rester à Amsterdam en retraite absolue. Bientôt, sans sortir de la maison , je profitai de la société de madame Schreuzer, actrice de la Comédie dite Italienne^ de Paris, et d'une demoiselle Gavaudan mariée à un acteur nommé Rémival.

U avait été arrangé que je dînerais avec ces trois personnes dans l'appartement même qu'elles occupaient , au lieu de manger à table d'hôte. De cette manière, je restai deux jours presque sans les quitter, et par conséquent je passai bien mon temps , je fus distrait de mes peines. Ces deux actrices, engagées alors au théâtre Français d'Amsterdam , me déterminèrent, le second jour, à les y suivre. Je ne regrettai pas d'avoir vu jouer Zélia^ quoique ce soit un mauvais opéra soi-disant comique ou plutôt un drame en musique^ ' parce que

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