‹ Souvenirs d'un émigré de 1797 à 1800Chapitre 15 sur 26 · Paroles de Dubuîsson, musique de Dediayes. Cette · texte numérisé non relu

Paroles de Dubuîsson, musique de Dediayes. Cette

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le talent de madame Schreuzer le faisait beaucoup valoir. Le sujet est un mari qui a épousé deux femmes; il se trouve aux prises avec l'une et l'autre, ayant trahi la première et trompé la seconde. Madame Schreuzer était chargée du rôle de l'épouse délaissée qui vient réclamer auprès de sa rivale, de sa remplaçante, ses droits comme étant les plus anciens et les seuls légitimes, et cette actrice tirait des larmes de tous les yeux : quelques amateurs enthousiastes lui jetèrent une couronne à la fin de la représentation.

Madame Gavaudan-Remival paraissait dans la même pièce avec son mari. C'est elle qui, en 1791, jouait si naturellement Pétronille^ dans le Sourd du théâtre Montansier. Elle a un accent méridional assez prononcé, et elle le fait sentir dans tous ses rôles, soit qu'elle parle,

pièce fiit jouée, pour la première fois, au théâtre L'ouvols, le 29 octobre 1791.

soit qu'elle chaDte. Du reste , je lui trouvai sur la scène de Taisauce et de la gaieté, car son personnage d'aubergiste {madame Tatillon) lui permettait d'opposer un contraste au ton toujours tragique de Zélia.

Je regrettai de n'avoir pas vu sur la même scène , dans la même enceinte (je dis vu^ faute de pouvoir l'entendre ou du moins la comprendre ) , une actrice hollandaise du grand théâtre d'Amsterdam , dont le jeu , l'art et l'ensemble d'exécution intéressent, dit-on, très vivement, ne f!t-on même attention qu'à sa pantomime : telle était du moins l'idée que m'en donnaient mesdames Schreuzer et Gavaudan.

Il est temps de reprendre la suite de mon voyage. La ville où j'avais fait la rencontre qui vient de me fournir cet épisode théâtral n'était pas mon but, et j'avais grande hâte de l'atteindre. Il me reste , pour compléter cette partie de mon journal , à entrer dans quelques

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détails sur la route d'Amsterdam à Hambourg.

Le 15 Je montai dans la barque de Naarden, place forte où Ton prend le chariot de poste pour gagner le pays d'Hanovre ; ce chariot est une détestable voiture , bien différente des diligences de France. Il était dix heures du soir, lorsque je m'y colloquai , résigné à souffrir du froid ainsi que des cahots sur un trè»^ mauvais chemin. Du reste , jusqu'à Deventer, je n'éprouvai aucun retard, ni demande impor^ tune de passe-port. Ce fut là que je fis mes adieux à la Hollande , qu'assurément j'aurais été heureux de visiter dans une meilleure saison et sous des auspices plus favorables.

J'allais donc me trouver en Allemagne, pays dont il serait permfs de conserver une bien désagréable idée, s'il ressemblait en tout et pour tout à la Westphalie et au cercle de basse Saxe. Malheur à qui est obligé d'y voyager en hiver, par les voitures publique»; outre que dans le post-^wagen on est mal défendu des injures de l'air, qu'on est ter-

liblemeDt secoué et que les chevaux vont le plus habituellemeot au pas sur la terre et à un trot très dur sur le pavé, on a l'ennui de faire forcément y de deux heures en deux heures , une station dans de soi-disant auberges.

Que Ton soit pressé ou non ^ il faut laisser les postillons boire. à loisir du schnick (eau-devié extraite du blé, où l'on met du genièvre) : il faut aussi donner le temps aux chevaux de manger du pain tout à leur aise. Du moins , les personnes qui prennent Xextror-post ou des voitures particulières, y trouvent l'avantage d'avancer un peu plus vite et de pouvoir, si elles le veulent , se reposer la nuit ; mais on voyage, dans ces voitures-là , presque toujours à découvert , Vêxtra-post n'étant autre chose qu'une charrette sur laquelle on met des bancs. Il est assez rare qu'on y adapte un souflQet ou capote , destiné à couvrir deux personnes seulement , c'est-à-dire celles qui occupent les places du fond.

Je ne savais pas l'allemand^ mais comme

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je faisais route depuis Amsterdam avec un Suisse qui le parlait passablement ^ je m'adressais à lui lorsque j'avais une demande à faire. On désirerait, en pareil cas, ne pas toujours être à charge aux autres : je tâchai donc de me faire enseigner, ou plutôt d'attraper à la volée quelques mots ou des phrases courtes d'un usage indispensable, afin de m'en servir sans truchement II résulta du premier essai de mes forces que, lorsque, j'entrepris dans un café , devant la porte duquel le post-wagen s'arrêtait pour quelques minutes , de m'informer d'un lieu qu'on évite souvent de nommer, mais dont il est difficile de se passer longtemps, la maîtresse crut de bonne foi, d'après la manière dont j'estropiais le mot nécessaire à dire, que ce que je cherchais, c'était... un chirurgien I.... J'en ris encore de souvenir. Je trouvai garnison prussienne à Rheinau, petite Ville de l'évèché de Munster ; rien à citer jusqu'à Osnabruck où nous étions rendus le 19 pourdiner. Après une courte prome-

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nade qui ne me présenta aucun intérêt particulier, je me trouvai à table d'hôte avec beaucoup d'officiers, et j'y pris une première idée de la lenteur des domestiques allemands. J'observai surtout l'impression que faisait sur l'hôte la quantité de pain que je prenais, ainsi qu'un ou deux Français, mes compagnons de voyage.

Dans toute l'Allemagne, la Hollande et l'Angle*^ terre, nous excitions le même étonnement:

personne n'y est aussi panivore que nous; mais ces pays-là prennent leur revanche pour la boisson.

Nous eûmes, à Osnabruck, le bonheur de nous débarrasser du mauvais chariot de poste hollandais. Celui où nous allions monter était mieux établi, garni de coussins, et fermait suffisamment; mais il ne marchait pas beaucoup mieux que le premier. J'y rencontrai un jeune Français parti de Paris à peu près en même temps que moi, mais par une route différente. Sa destination, comme la mienne, était Ham-.

bourg où il avait déjà séjourné; nous oausàines,

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sans trop nous ouvrir l'un à l'autre , sur tous les sujets qui se présentaient à nous; toutefois, je fus peu tenté, pour mon compte, de me dévoiler, lorsqu'il me parla du tas d émigrés que j'allais trouver. Il n'avait rien de commun avec eux, ne quittant, me disait-il, la France une seconde fois, pour retourner à Hambourg, qu'afin d'éviter la conscription et de s'y occuper de commerce. Le sujet de conversation le plus commode entre lui et moi, c'était les spectacles que nous avions vus à Paris. J'y revenais souvent : je ne dissertais peut-être pas trop mal sur les pièces nouvelles et sur les acteurs ; et puis je questionnais beaucoup sur la troupe que je devais voir au théâtre Français de Hambourg. Mon nouveau compagnon, en homme fin et pénétrant, conclut (je l'appris plus tard, de lui-même) que si j'avais abandonné la France, c'était pour venir m'engager parmi les comédiens émigrés. J'ai rencontré souvent, par la suite, ce jeune homme, Benoît Montessuy; il m'a pardonné de faire partie du tas d émigrés

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et nous avons ri^ ensemble , de sa méprise. J'ai même fini par contracter avec lui une sorte de liaison d'amitié.

Je n'aurais pas grand' chose à dire sur l'électorat de Hanovre qui réveille chez un Français plus d'un souvenir de nos dernières guerres sous la monarchie^ mais dont on ne peut parler convenablement que lorsqu'on en connaît le chef-lieu. Il me sembla que les troupes destinées à défendre le pays étaient sur un excellent pied, bien tenues, et composées de beaux hommes.

Harboui^, petite ville sur l'Elbe, fait partie de cet électorat; c'est le lieu où l'on s'embarque pour gagner Hambourg. J'aurais voulu arriver, sans perdre de temps , à ce terme de mon voyage; mais quoique descendu de voiture vers deux heures de l'après-midi, le 22, je ne pus profiler d'une barque qui était prête à partir. J'ignorais qu'il y eût à Harbourg de bonnes aubei^es , et je passai la nuit dans une détestable gargote dont le mattre, sourd à n'entendre pas Dieu tonner, savait tout juste ce

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qu'il fallait de langue française pour m'impatienter. C'est ce qui m'arrivait lorsqu'à table il criait sans cesse : « Mais^ Monsieur^ mettez donc de la viande dans votre assiette^ » comme

si je n'avais pas eu , à cet égard , mon libre arbitre. La viande^ qu'il me recommandait tant, n'était qu'un plat de bœuf, dur, presque impossible à manger, et qui cependant composait tout le souper. Le coucher était à l'avenant.

Nous nous embarquâmes le lendemain 23 ^ à neuf heures du matin. L'Elbe commençait à être pris par les glaces, et après une heure environ de navigation nous descendîmes au port d'ÂItona; je franchis à pied la petite dislance qui sépare cette ville danoise de la porte de Hambourg, et je m'arrêtai à l'auberge du Cigne blanc située dans le Stein Weg.

Dès le premier abord , je fus assez favorablement prévenu par le mouvement des rues, par l'air d'aisance, d'industrie et d'activité qu'on y remarque. J'avais un extrême besoin

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de réparer bien des nuits blanches, et de me reposer, au moral comme au physique; mais avant tout je me fis conduire à la Bourse pour y chercher le plus tôt possible mes points d'appui. C'était l'heure du rassemblement des négociants* Un des premiers de la ville est M. Pope, pour lequel j'avais pris, à Paris, une lettre de la maison Perregaux. Je fus fort content de son accueil, et encore plus de celui de M. Hamoir, réfugié de Valenciennes qui avait transporté à Hambourg son commerce de batiste.

C'était mon ami Dampierre qui avait désiré me mettre en relation avec lui. Les jours suivants, j'allai porter des recommandations moins essentielles chez trois autres négociants. Je fus bien désappointé d'apprendre , de l'un d'eux, la banqueroute d'une maison de banque de Paris, au moment même où je présentais une lettre qui venait de ses chefs, comme moyen d'introduction et de crédit. Au reste; il n'y aguèresde places de commerce où ceslettres,dont les voyageurs prennent grand soin de se munir , aient

aussi peu de valeur qu'à Hambourg, à moins qu'elles n'annoncent , dès les premières lignes, qu'on y \ieut pour /aire des affaires. Ceux à qui je m'étais adressé en quittant la France , n'avaient demandé pour moi que des^^ewew/if pendant le séjour du citoyen^ etc. Je fus donc reçu poliment, mais je jugeai bien qu'on ne ferait pas droit à une requête si mal secondée par la nouvelle de la banqueroute parisienne; je me promis alors de ne pas produire plus d'une fois ma figure devant ces trois négociants hambourgeois. Je n'avais pas, à la vérité , besoin d'eux rigoureusement ; je regrettais seulement l'occasion que je perdais, par-là, de connaître particulièrement M. Matbiessen ainsi que sa femme, Henriette de Sercey, nièce et élève de madame de Genlis. C'est celle-ci qui avait fait ce mariage pendant son séjour à Hambourg. Son autre élève,la jolie Pamela, lady Fitz Gérald, demeure avec madame Matbiessen ^ On les dit aimables toutes les deux; on ajoute que leur éducation

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