‹ Souvenirs d'un émigré de 1797 à 1800Chapitre 16 sur 26 · I. Devenue depuis madame Finguerlin · texte numérisé non relu

I. Devenue depuis madame Finguerlin

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fait honneur, sous le rapport des talents , à la fameuse institutrice des enfants du fameux duc d'Orléans.

Le 27, jour de mon installation dans une chambre vilaine et obscure, louée vingt-quatre marks par mois (38 francs 40 centimes de France), je fis un excellent dîner chez M. Pope qui, du moins , celui-là, ne repoussait pas les recommandés. On m'avait prévenu qu'en sortant je devais, suivant l'usage , payer mon écot entre les mains d'un des domestiques de la maison; je tenais, à cet effet, une pièce toute prête, mais personne ne se présenta dans l'antichambre ou vestibule. Peut-être était-ce par l'ordre du maître, et en faveur de notre petit comité qui se bornait à la famille et à deux autres émigrés.

Une aventure ridicule m'arriva , ce jour-là , dans la maison dont il s'agit. Si je la rapporte ici, c'est pour égayer mon journal où la tristesse domine peut-être un peu trop. Le fait est que, pendant que l'on y prenait le café, un mouve-

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ment, un geste irréfléchi de ma part, fit sauter, et par suite tomber le moule d*un des boutons de mon gilet dans la tasse de mademoiselle Pope, grande fille de dix-huità vingt ans,qui avait la vue très-basse. Ce petit morceau de bois s'était trouvé pressé avec force dans le moment où je voulais lâcher tout le bouton. Pareil tour ne réussirait peut-être pas en le faisant exprès. Le point de départ du projectile étant inconnu, ma maladresse ou ma petite infortune ne fut pas mise sur mon compte , mais attribuée à Tun des deux émigrés habitués de la maison , qui fut grondé pour moi , sans qu'il y pût rien comprendre : je n'eus donc pas à faire une excuse bien gauche et assez embarrassante à l'offensée, mademoiselle Pope.

Lorsqu'on arrive à Hambourg, le nom des nouveaux débarqués est inscrit par eux sur un registre d'auberge qui est aussitôt porté chez le magistrat appelé préteur ; de plus , ce nom est imprimé dans une gazette allemande , avec les qualités qu'on a prises et l'indication du lieu

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d'où l'on est parti. Cette méthode a un véritable avantage dans une vUle où se trouve constamment un grand concours d'étrangers. Bien des recherches sont ainsi épai^ées; et dans ces jours de proscription^ de malheors publics, on peut apprendre l'arrivée d'un ami que l'on croyait perdu. Quant à ùioi, je m'étais donné, sur le registre^ le nom de Petit que j'avais toujours porté à Saint-Prix et dans tout mon voyage. Je l'avais aussi gardé chez M. Pope ; et le ùombre fort restreint de personnes que je voyais (M. Hamoir et sa famille exceptés) ne me connaissaient pas autrement. Encore tout rempli des inquiétudes et de la mélancolie qui depuislongtemps ne m'avaient pas quitté, je croyais devoir vivre en solitaire à Hambourg. Après être resté cinq ou six jours fidèle à ce système, j'allai, le diitianche, à une messe qui se disait datas la maison du ministre d'Espagne, le chevalier d'Ocariz. Lé culte catholique n'étant en exercice que chez cetambassadeur et chez celui de l'empereur , la chapelle d'Espagne, principalement, attirait un

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grand nombre de Français. Comme je sortais de la messe , je reconnus M. de Mons de DtktMà, ancien officier au régiment français de royàir^ cravates , avec lequel, comme émigré , j'avais passé plusieurs années â Vicence, dans Féfetf de Venise; puis ensuite une ou deux personnes que j'étais bien aise aussi de revoir. Dès lors , mfe voilà sur la voie de faire connaissance avec madame de Neuilly , ancienne lectrice de la reine , de retrouver M. d'Espinôhal , l'homme le pîte propre à mettre au fait de tout urf arrivant de France ; bientôt après, de renouveler mes rapports d'amitié avec lafamiRe Le Aebours, établie à Yandsbeck , très-beau village dépendant dû Holstein, et situé à une lieue de Hamboui^. lé dirai, en passant, que M. de ^mmelmàrinf, it\i^ rié à une Française , mademoiselle de Lowettdal, est seigneur de Yandsbeck , et qu'il y possède un parc assez beau.

Quelques jours après , j'eiïs la jouissauce de découvrir à Han]!n, autre village sur la route qtH conduit à Berlin, mon cousin Edouard de Melforf;

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qui y demeure avec sa belle-sœur, lady Caroline Melfort, née Barrymore. Le baron de Breteuil habite aussi Hamm^ où il a acheté une belle maison pour lui et pour sa famille. Il l'a même arrangée avec beaucoup de goût, ainsi que le jardin qui en dépend. Comme ambassadeur sous Louis XV, comme ministre de Paris sous Louis XYI , c'est un homme qui appartient à notre histoire moderne. On connaît généralement la réputation d'esprit , l'espèce de célébrité même, que sa fille , madame de Matignon (mère de la baronne de Montmorency) doit à son talent si original pour raconter à merveille des riens charmants , à sa bonne grâce toute particulière et à son élégance du grand monde. LaY*exerce une noble et aimable hospitalité.

J'aurais plus d'intérêt encore à m'étendre sur le compte du bon et respectable M. de la Minière, ancien intendant des ponts et chaussées, débarqué peu de temps après moi à Hafnboui^ et y partageant désormais ma destinée. Mais

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il est temps de suspendre ce journal , qui doit s'arrêter lorsque ma vie devient sédentaire, uniforme et par conséquent sans événements , sans observations qui méritent tout à fait d'y trouver place.

Meslay, Juillet 1800.

Quand M. de la Millière, ami de ma famille, arriva dans la ville où je l'avais précédé , il venait de passer à Riom treize mois, détenu comme émigré , lui qui sortait de France pour la première fois, et qui avait à produire, comme certificats de résidence , les écrous de ses différentes prisons pendant la terreur. Ayant été, par grâce, disait-on, déporté à la frontière , du côté de Genève , en raison de son inscription sur la fatale liste et de son défaut involontaire d'obéissance à la loi de proscription du 19 fructidor an v, il lui restait , pour dernière épreuve , à traverser la Suisse et l'Allemagne dans des voitures de poste telles que je les

ai décrites , et cela par un hiver non moins rigoureux que celui de 1794 à 1795. L'extrémité de ses doigts était gelée, et sa poitrine y déjà affectée , se ressentira , tant qu'il vivra, de ce cruel voyage. Son projet d'établissement à Hamboui^ avait été, pour moi, une des raisons les plus décisives de m'y rendre en quittant la France.

Ma^ré la différence de nos âges et de nos habitudes, nous désirâmes nous Ic^er ensemble , ce qui s'effectua aussitôt que je fus débarrassé de ma première vilaine chambre. Nous convînmes aussi de ne point nous séparer pour le dtner qu'il fallait aller chercher au dehors. Combien de motifs, d'ailleurs, devaient nous rapprocher! Tout, sans exception, m'attirait vers cet homme vertueux , éclairé , modeste , toujours de bon conseil et de bon exemple , moi qui avais tant à gagner avec lui. Cette association a duré dix mois, au bout desquels M. de la Millière est parti pour Anspach^ et de là pour la France, où j'ai eu le plus grand

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plaisir à le retrouver ^ . A peine arrivé , il me présenta chez M. de Chapeau Rouge , Gène* vois d'origine , chef d'une grande maison de commerce , et dont M. Auguste Doumerc a épousé une fille. Cette maison nous fut à l'un et à l'autre de grande ressource , et j'eus surtout à me louer du ménage Doumerc. Le village de Hamm , où M. de Chapeau Rouge a une belle habitation , devint, pendant l'été de 1799, un but habituel de courses pour nous. La nombreuse famille de ce riche négociant se rassemblait chez lui , les dimanches et fêtes, ainsi que toute sa société. Ces JQur&r là j'étais, ainsi que M. de la Milliëre, prié de fondation; et le voisinage très- rapproché de la maison du baron de Breteuil était un attrait de plus pour nous faire répondre trèsexactement à l'appel.

1. Il est mort à Paris le 10 octobre de cette année 1800. (Voyez les Pièces Justificatives.) Sa nécrologie, insérée dans le Pubticiste du 21 octobre , a été composée par Suard , de rAcadémîe Française. Moi-même, j*ai donné un article Inographique à son sujet dans le dictionnaire de M. Michaiid.

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Je veux y maintenant , détailler ma vie de Hambourg. N'ayant qu'un logement petit , incommode et non échauffé , je passais toutes les matinées du premier hiver auprès du compagnon que je peux aussi bien appeler mon ami.

Mais M. de la Millière me quitta au mois d'octobre 1799 ; je trouvai alors un autre lieu de travail où j'allais m'établir de bonne heure^ pour étudier l'allemand ou pour m'occuper selon mes goûts. Je continuais à prendre, chaque jour, mon dîner chez un des restaurateurs français que fréquentaient tant d'étrangers et sur tout d' émigrés. Après avoir fait quelques visites , je finissais ma soirée avec des compatriotes , dont quelques-uns étaient en état de réunir du monde chez eux, et même de donner de temps en temps un petit souper frugal , où ne manquaient au surplus ni l'appétit ni la gaieté.

J'avais encore à profiter d'un spectacle français assez bon ; mais l'intérêt le plus réel de ma vie d'exilé, c'était lattente des courriers de la France sur lesquels on pouvait compter deux

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fois par semaine. Quelle impatience . quelle contrariété, lorsque je lisais, aux jours marqués, sur le petit carton d'annonces suspendu en dehors du bureau de poste, ces mots allemands : nœh nicht ange/commen {ipo'mi encore arrivé)! Mais aussi , quelle joie , quand le courrier m'apportait de bonnes nouvelles de mes parents, de mes amis de France !

On me demandera si je ne pouvais pas tirer un parti plus utile de ma jeunesse et de mes loisirs à Hambourg. Je répondrai que j'avais, par bonheur , non - seulement de quoi suffire à mon existence et à mon entretien , mais aussi de quoi sacrifier un peu à mes plaisirs. Ensuite, pour apprendre facilement, à l'âge de vingt-huit ans, la banque et tout ce qui tient à la science du commerce , pour commencer le simple métier de commis qui était la ressource commune, il eût fallu d'autres dispositions , soit naturelles , soit acquises , que celles que j'apportais. D'ailleurs dans la ville où je me trouvais, il se présente six à huit sujets

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tout formés et exercés pour une seule place vacante. Ne me sentant pas pourvu des connaissances et des iivantages qui rendent propre au commerce ou bien à quelque métier d'industrie, je tourn^ii mes vues vers la littérature . Elle n'est pas très en vogue à J^ambourg, au moins la littérature française. Cependant, beaucoup de mes compatriotes enseignaient notre langue à des Allemands. Pour moi, c'est tout au plus si, après un an de séjour parmi ceux-ci, et de lecture de leurs ouvrages , j'aurais pu me faire assez entendre pour donner des leçons de français. Rien , au surplus , ne m'obligeait à m'occuper de l'idiome du pays comme je l'eusse fait si j'avais eu plus de relations avec les nationaux. Le plus souvent, dans toute la durée d'une journée, la seule personne à qui je n'eusse pas à parler ma langue naturelle était la servante qui venait faire ma chambre.

Lorsque j'eus vu débarquer de France Esmenard l'ainé , Esmeoard le poëte , échappé ,

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disait-il, de la prison du Temple , et qui m'apparaissait bien déchu de l'état brillant où je l'avais connu à Paris ; lorsqu'il eut conçu le projet d'un nouveau journal politique et littéraire, j'acceptai l'offre qu'il me fit de prendre part à cette entreprise. Si elleavaitréussi, j'y aurais trouvé quelque utilité pécuniaire ; mais il était difficile qu'une publication périodique, écrite en français, rivalisât avec l'estimable Spectateur du Nord, fondé par M. de Baudus. Bientôt des scrupules , des considérations diverses , empêchèrent de tenter cette nouvelle spéculation : le projet s'en alla donc en fumée, et je continuai à végéter jusqu'à ce que j'entrevisse la possibilité de retourner voir mes pénates.

J'avais beaucoup à me plaindre du climat qui est humide, inconstant et très-froid. Quand je m'installai, au mois de novembre 1798, il me fallut subir l'hiver cruel dont j'ai parlé. Quelquefois, à l'heure où je rentrais chez moi, le soir, je souffrais à un tel point de la neige et d'un vent glacial, que, même à quinze pu

vingt pas de ma porte que je trouvais trop éloignée , je me retenais pour ne pas crier.

Outre l'inconvénient de la température et ce qu'y ajoute le défaut de bon ne police pour le balayage des rues qui sont encombrées par les neiges, par la boue , le peu d'Allemands que je voyais par nécessité me déplaisaient, et même, le plus souvent , me donnaient de l'humeur. Quelle différence d'un aubergiste, d'un marchand et d'un domestique français à un lourd, flegmatique et quelquefois brutal Hambourgeois ! II vous coudoie si désagréablement dans la rue pour ne pas se déranger d'un pas ! Il répond si peu à la politesse que vous lui faites , ou bien à la question la plus pressante que vous lui adressez ! Mais ne tombons pas dans la satire qui, je l'ai déjà dit, devient injuste lorsqu'elle généralise avec trop de rigueur.

Une autre source de mécontentement , c'était la cherté qui portait sur presque tous les articles dont j'avais besoin, et, par conséquent, augmentait mes privations : j'étais forcé de

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m'en imposer de plus d'une nature; mais pas autant que quelques-uns des compatriotes dont j'étais entouré. D'ailleurs la société d'un bon nombre d'entre eux plus ou moins intéressants, plus ou moins aimables , m'offrait bien des consolations et même du charme. Cette colonie des émigrés était extrêmement nombreuse ; j'ajouterai qu'elle était à la fois très-bien et très-mal composée. Il serait trop long, et inutile je crois, d'entrer à ce sujet dans beaucoup de détails, mais je ne puis passer sous silence deux hommes dont la connaissance me procura beaucoup d'agrément.

Ce serait peut-être le cas de m'étendre d'abord sur ce qui regarde l'abbé Delille qui, dans l'été de 1799, arriva de Brunswick à Hambourg voulant se rendre de là en Angleterre. J'aurais à citer ses bons mots , quelques-uns de ses beaux vers ; à vanter le charme de sa conversation et surtout la bonhomie de son caractère; à parler de ses rencontres avec Rivarol; à montrer ces deux personnages si spirituels ,

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se recherchant avec une coquetterie réciproque 9 et jouant tout leur jeu à qui mieux mieux , mais sans se soucier au fond Tun de Fautre, c'est-à-dire sans s'aimer. Il y avtfîl des deux parts ^uvenir de la jolie satire le Chou et le Nai^et où Rivarol s'était tronïpé éû disant à Delille :

Ta gloire passera... les navets resteront.

Le personnel de celui-ci et sa vie sont généi^lement connus. Je me bornerai à dire que je courus sans cesse après les occasions de voir et d'entendre le chantre des Jardina^ de t Imagination; et que je le suivis partout , jusqu'au moment où il partit pour Londres. Je continuai p^k ta fin de mon séjour à ccilti^ ver Rivarol ' , qui me chargea d'une commis^ sion pour son frère à Paris.

1. Ici, j'avais consigné beaucoup de choses sur Rivarol. Mais,ayant recueilli, depuis mon retour en France, de nouveaux documents sur son compte, j'ai cru qu'il devait fournir la matière complète et très-détaillée d'une iVoftce que j'ai fait imprimer en 1829 (cinquante-deux pages rn-8<>). Je

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Je fis à Hambourg une autre connaissance agréable et qui aurait dû être honorable , en tout et pour tout, celle du prince Louis de Prusse, fflb aîné du prince Ferdinand, et par conséquent neveu du grand Frédéric. II est âgé de vingt-ciniq à vingt-six ans; la nature a tout fait pour lui, et l'éducation a beaucoup ajouté aux dons qu'il avait reçus en naissant. II est très-bel homme, spirituel, aimable ; réunit, en fait d'instruction, le solide à l'agréable, et possède plusieurs talents, celui de la musique surtout. On lui en accorde un réel pour l'art militaire, ou du moins une grande aptitude. Il est au côu^ rant de ce qui concerne les bons Httérateuihs français, nos savants les plus distingués et leurs ouvrages, comme s'il avait passé sa vie avec eux; il pourrait même souvent leur donner des idées. La fortune ne l'a pas moins bien servi en le faisant nattre prince pardessus le

citerai seulement dans mes Pièces JusUpcaiives , à propos de lui et même diaprés lui , un passage qui se rattache à la ville de Hambourg.

marché (comme le lui disait un jour une Française 9 femme de beaucoup d'esprit) , et qui plus est 9 prince du sang , dans un pays où cette condition n'offre, habituellement, que des avantages ; enfin en le destinant à une grande fortune. Il semble que toutes les conditions du bonheur et du succès soient à sa disposition : cependant il n'est pas. plus heureux qu'il n'est sage et considéré. Ce qui lui manque , ce sont ces principes , bons et bien arrêtés , en l'absence desquels les moyens , soit naturels , soit acquis , ne sont que des armes de plus pour malfaire. Il faudrait au prince Louis des occasions de sortir d'une vie que l'on pourrait qualifier sévèrement et qui est , tout au moins , inutile. Il aurait peut-être égalé l'archiduc Charles d'Autriche, s'il eût été élevé comme lui , et si les circonstances l'avaient aussi bien servi : il se bornait à en être jaloux. On ne voit presque généralement, quant à présent, dans le prince auquel je consacre cet article, qu'un jeune

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homme décrié; et encore, une partie de ce que, d'après ma propre conviction, j'ai rapporté ici à sa louange , serait-il contesté par beau^ coup de personnes, tant il s'est nui dans l'opinion publique. Il vivait à Hambourg, en émigré français, plutôt qu'en prince de Prusse. Il y venait de son cantonnement qui n'était que peu éloigné, et toujours sans l'aveu du roi son cousin. 11 courait les rues à pied, ne portant jamais qu'une mauvaise redingote et uh chapeau rond ; il dtnait avec nous chez nos restaurateurs, et fréquentait régulièrement le parterre de la comédie. Un besoin perpétuel de changements quelconques, d'émotions et de connaissances nouvelles, faisait qu'il s'accrochait au premier venu. Les émigrés à côté desquels il avait combattu, en 1792, dans la campagne de France, ne lui plaisaient qu'en leur qualité de Français; et le plus habituellement il préférait ceux de nos compatriotes que, pour les distinguer, on appelait à Hambourg les républicains, f ussent'^ils , même de son aveu, des gens très-

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obscurs, et en tout assez peu dignes de lui.

J'eus mon tour pour l'intéresser, et pendant quinze jours ou trois semaines, il ne voulait pour ainsi dire pas que je le quittasse. Cette liaison, soit dit en passant, me fit quelque tort dans l'esprit de bien des gens qui ne connaissaient pas à fond mon caractère. Le seul soupçon d'avoir avec lui quelque analogie d'opinion ou de conduite, laissait une impression défavorable pour moi. A la vérité , le prince Louis paraît quelquefois n'avoir pas une meilleure manière de penser en politique qu'en morale ; mais pour ne l'envisager que sous ce dernier rapport, je rappellerai que c'est d'après sa mère qu'on a commencé à le juger désavantageusement hors de son pays. Quiconque a lu la cor-^ respondance originale des émigrés y rendue publique en 1792 après la prise de Verdun, ne peut pas avoir entièrement perdu la mémoire d'une lettre bien ridicule de la princesse Ferdinand de Prusse. C'est la seule partie piquante de ce recueil imprimé par ordre de la convention;

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on y reconnatt une bonne mère, j'en conviens, mais une Allemande très-bornée et ayant reçu une mauvaise éducation. Il faut voir comment, en disant beaucoup de mal de son fils au gouverneur qu'elle lui avait donné, elle établit, dans son français de cuisinière, sa théorie sur l'amour, sur les femmes, et sur V usage pour lequel elle veut bien permettre au jeune prince de communiquer avec elles.

Je m'éloignai volontairement de lui quand je le vis oublier son rang , quelquefois même sa dignité d'homme. Combien je regrettais alors de l'avoir trouvé si séduisant , d'avoir laissé mon cœur se prendre pour lui , ma vanité jouir par lui, car je ne dois pas dissimuler que sa société intime avait d'abord produit ce double effet sur moi. Il était encore à Hambourg dans le courant de février de cette année (1800), lorsque le roi de Prusse, ne voulant plus supporter ses manquements et désordres , envoya un officier pour payer ses dettes et pour le ramener à son régiment. Je lui fis alors mes

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adieux , étant moi-même sur le point de me diriger vers la France. Tout en plaignant le prince Louis de ses travers , tout en blâmant sa conduite habituelle ^ je me souviendrai toujours de lui, et il conservera des droits à mon vif intérêt, à mes vœux pour son bonheur.

Je ne parlerai pas en détail des dames françaises établies, par suite de la révolution et de rémigration , à Hambourg et à Altona, ou bien dans les environs de ces deux villes , quoique quelques-unes fussent fort distinguées. Mais la belle Sophie de Tott ' fera exception. Elle n'est plus dans Tâge où sa protectrice, madame de Tessé ^ , faisait graver au ba3 d'un buste d'elle ce vers de TArioste :

Naiura la fece^ e pot ruppe la stampa

mais elle a encore de l'éclat et tout ce qu'il

1 . Elle estïlle du baron de Toit, officier très-distingué, qui a servi longtemps en Turquie , et a laissé d'intéressants Mémoires à ce sujet.

2. Fille du dernier maréchal de Noailies et dame du palais de la reine Marie-Antoinette.

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faut pour plaire. Madame ou plutôt mademoiselle de Tott , séparée de son ancienne patronne , vit en grande partie de son talent pour la peinture. C'est sous ce rapport principalement que je la nomme dans mon journal. On reconnaîtra peut-être ici la petite manœuvre d'un auteur qui, très-loin de se croire un Rivaroi, aime assez, comme lui, à citer ses propres écrits, et qui a voulu amener encore, bien ou mal , des vers de sa façon. Ils auront tout au moins le mérite de mettre quelque variété dans mon récit. Le sujet s'explique de lui-même.

A vos bontés autant qu'à vos talents De mon Rolland* je dois l'image.

D'un tel bienfait deux cœurs reconnaissants Chérissent à la fois et l'auteur et l'ouvrage.

1. Rolland du Roquan, fils de Tancien juge-mage, de Garcassonne, avec qui je m*étais lié à Venise , et qui, rapproché de mon âge, de mes goûts, devînt pour moi à Hambourg un inséparable, dès le moment où il vint s*y établir, en 1799. Membre du conseil général de TAude à plusieurs reprises, et receveur général du même département sous la restauration, il est un des hommes les plus considérés, comme les plus capables de son pays.

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Ah I lorsqa'en m'offraât ce portrait, L'amitié chaque jour d*un plus aimable attrait

Charmera mon àme attendrie,

Dans ses yeux et dans chaque trait

Je croirai retrouver Sophie.

Et si quelqu'un, me surprenant

Près de cette image fidèle.

Cherchait pourquoi toujours, en la voyant.

J'éprouve une ivresse nouvelle.

Aussitôt des amis lui montrant le modèle, a Je répondrais : Regarde et juge d'après toi :

Ce portrait-là, c'est lui^ c*est moi. »

Mais pour m'exphquer mieux, je dirais: Ilestd^elle.

Je passe à quelques faits, à quelques observations, que ma mémoire me fournit encore sur Hambourg. Depuis que cette ville est devenue, par la guerre, le centre d'un commerce considérable et Tasile d'un grand nombre d'exilés, la cherté y va toujours croissant. Telle maison qui valait, il y a deux ou trois ans, 12 ou 1500 francs de loyer, se paie à présent trois fois autant. Presque tout est dans cette proportion. La nourriture est peut-être l'objet le moins onéreux pour un étranger , s'il veut

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régler sa dépense et profiter des ressources que lui fournissent les Français. Parmi eux , des gentilshommes émigrés, entre autres des gardes du corps et un conseiller au parlement de Bretagne, se sont établis restaurateurs. On se met en pension chez eux, ou bien on s'abonne par un arrangement tout particulier. Celui qui paie d'avance, pour un mois, sur le pied d'un marc ou 16 schellings par jour, se fait servir un dîner de la valeur de 20 schellings : il choisit les mets sur la carte, jusqu'à la concurrence de ce dernier prix. C'est 40 sous de France au lieu de 32. J'ajouterai que les cuisiniers émigrés sont , pour la plupart , excellents.

Il n'y a guère de ville en Europe où les Français, forcés de s'expatrier et repoussés de beaucoup d'endroits, aient trouvé un asile plus sûr, plus commode et plus paisible. Cet accueil est venu essentiellement de l'intérêt qu'inspire l'infortune supportée avec résignation. Ces réfugiés ont éprouvé , de la part du

sénat qui régit Hambourg et son territoire, protection constante pour tous et encouragements à ceux qui ont voulu exercer leur industrie : aussi, proscrits ou non proscrits, beaucoup de nos compatriotes, soit négociants, soit ouvriers ou artistes, ont-ils prospéré dans leurs entreprises. Les Hambourgeois eux-mêmes, dont les besoins ont augmenté en même temps que leur fortune, en ont profité, et nommément dans tout ce qui est du domaine du goût ; car loin de s'effaroucher de notre éli^ance quelquefois frivole, ils l'ont prise pour modèle et ont laissé naturaliser chez eux , outre les restaurateurs et les cafés , des cabinets de lecture , des bals publics et jusqu'à un spectacle français. Quelques-uns des nouveaux venus ont été chargés de décorer les habitations, d'autres de dessiner des jardins , plusieurs d'élever des enfants allemands.

Pas un coin de rue , pas une maison , pour ainsi dire , qui n'offrent un magasin , une boutique. De tous côtés l'on construit Qt

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l'on agrandit. Cette ville protège l'industrie comme le malheur. On assure qu'un sixième des maisons y a été rebâti depuis quatre ans. On rencontre, à chaque pas, des Français; car, partout , nous avons l'habitude de nous remuer beaucoup , de nous faire entendre et reconnaître très promptement. Les boutiques les mieux arrangées sont tenues par eux : ils ont multiplié, à Hambourg, les superfluités de même que beaucoup d'objets de nécessité, mais ils auraient bien mieux fait de ne pas y fonder des maisons de jeu.

Ce sont des Français encore qui ont appelé une troupe composée de comédiens de notre nation et qui est surtout agréable aux étrangers : elle a été formée principalement du fonds de celle qui était établie à Bruxelles et dont plusieurs acteurs avaient quelque réputation avant d'émigrer. Cette troupe se recrute tous les ans , et même à Paris , parmi les sujets ,

hommes ou femmes , dévoués à l'art théâtral, mais dans le second ordre seulement, qui

s'absentent avec permission du gouvernement de France. On était bien attristé de voir figurer, dans cet amas de comédiens, M. de Monlau, oflBcier au régiment des gardes-françaises, jeune homme intéressant auquel la passion du théâtre a fait tout oublier. Il ne portait pas son nom; on mettait celui de Duhreuil sur les affiches, mais tout le monde le connaissait.

Outre le répertoire courant qui était assez bien monté en tout genre, on donnait les principales nouveautés des spectacles de Paris , en choisissant celles qui n'étaient pas trop disparates avec les opinions politiques prédominantes à Hambourg. D'un autre côté, l'on évitait, autant que possible , de laisser représenter des pièces, soit anciennes , soit modernes, qui auraient pu choquer les agents du directoire de France. Le sénat observait la neutralité jusque dans ces petits détails, ce qui était tout au moins prudent, car un grand nombre des Fran^ çais établis dans le pays, et, par conséquent, des

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spectateurs, étaient républicains réfugiés ou du moins appartenaient à dés familles républicoles.

Il y avait aussi un4héâtre allemand; or, ayant le choix des deux théâtres, il était naturel que je donnasse la préférence à la troupe et aux pièces qui me rappelaient mon pays. Je n'allai que deux fois à l'autre spectacle, où deux opéras de Mozart, V Enlèvement du Sérail et la Flûte enchantée j me firent le plus grand plaisir.

J'ai déjà dit que le service des domestiques allemands est souverainement incommode pour un Français. Il faut bien que l'on s'en contente, lorsqu'on n'en a pas à soi , et surtout lorsqu'on se loge chez un particulier de Hambourg. Il y a nécessité alors de se résigner à la maussaderie de la plupart des servantes : c'est dommage, car elles sont presque toutes jolies. On les fait venir communément du pays d'Hanovre, et elles ne s'engagent qu'avec la liberté de pouvoir sortir, pendant deux ou trois heures, tous les jours. Quelques-unes en profitent pour faire, le matin, des courses en ville, ou bien, le soir, pour aller

au théâtre allemand. Jamais on ne les rencontre dans les rues sans qu'elles aient, sous leur bras, un panier carré et recouvert d'un mouchoir d'indienne , panier où , d'ordinaire , elles ne portent rien ; il ne leur sert que de maintien, et elles vont souvent le déposer dans la cave de quelque fruitier de leurs amis, d'où il résulte que les malins donnent à ce panier le nom de prétexte. Il est à observer que les boutiques , proprement dites, sont des caves : c'est, pour ces filles, un lieu de réunion, et il est rare qu'où les y voie arriver sans un compagnon. Il resterait à savoir si celui-ci sort d'un tel lieu de rendez-vous aussi content qu'il y est entré , et s'il ne doit pas payer, au prix d'un repentir , des plaisirs trop faciles et bien courts.

A propos des désagréments que je reproche au service domestique des Allemands et des Allemandes, je me rappelle les auberges d'Italie. Les étrangers plaisantent souvent , au-delà des Alpes, sur le degré de patience qu'il faut montrer lorsqu'à une demande quelconque, leca/ne-

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riere (garçon d*auberge) vous répond : Adesso^ signor (tout à llièure , monsieur). Suivant que ce mot a été prononcé par lui un peu plus ou un peu moins vite ^ vous savez d'avance à quoi vous en tenir. Là, il en est des serviteurs de place et des cochers connue des camerieri. Si l'homme auquel vous vous adressez a répété deux fois et articulé adesso, adesso, ce peut être la différence d'un demi-quart d'heure à un quart d'heure d'attente. Voilà pour les Italiens, si naturellement paresseux, chacun le sait, et appréciant plus qu'aucun peuple, // dolcefar niente. Mais sur quelque ton qu'ils parlent ou qu'ils chantent le fatal adesso , jamais ce mot n'exprimera le temps que vous aurez perdvien Allemagne, soit que l'on vous reconnaisse comme patient par nature , ou bien que vous soyez né impatient à l'excès. Dès qu'il s'agit d'obtenir le ])lus léger secours d'un flegmatique Allemand, votre désir fût-il plus qu'aisé à satisfaire, il vous laissera le loisir d'en oubUer vous-même l'objet. A table d'hôte, les quarts d'heure se succèdent entre un

plat servi et celui qui doit veair après. Souvent on ne peut obtenir à boire que tout à la fin du repas. Le paisible Keller a tant à faire pendant que son maître sert les convives et mange avec eux ! Ce serviteur se hâte si lentement pour donner à -chacun ou sa bière ou son vin, jusqu'à ce qu'arrive le reste !

Un autre inconvénient de l'Allemagne, c'est que les couchers ^ sont détestables : il est difficile qu'un étranger s'accoutume à la transpiration malsaine que procure un énorme coussin d'édredon qu'on lui donne pour couverture. — A propos de ce coussin d'édredon , c'est au maréchal de Richelieu, je crois, que l'on prête l'histoire d'un Fraisais qiif ne voulait pas s'endormir , attendant toujours celui qui devait venir se coucher sur le coussin malencontreux à lui superposé, et qu'il croyait ou feignait de croire destiné à recevoir un nouveau dormeur. Bien heureux quand le bois de lit n'est pas trop court. Il faut presque toujours se contenter , non pas d'un seul matelas , mais d'un

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simple lit de plume très-mince posé sur de la paille : ajoutez la petitesse des draps qui est une incommodité de plus. Le drap de dessus est ordinairement arrangé de telle manière qu'il n'arrive jamais jusqu'aux pieds, et que le coussin, soi t-disant couverture, étant une fois remonté jusqu'aux épaules , peut fort bien vous laisser toute l'extrémité du corps à découvert pendant la durée d'une nuit entière.

J'aurais encore à m'expliquer sur la tourbe que l'on brûle et qui, étant de mauvaise qualité, fait bien regretter aux Français l'usage du bois. Le charbon de pierre est cher à Hambourg, et les cheminées de fonte dont se servent ceux qui préfèrent cette espèce de chauffage, sont beaucoup moins communes que les poêles de fayence destinés à l'emploi de la tourbe.

Je suis de l'avis de cette princesse de Gonzague qui, dans un voyage en Allemagne ^ dit que « les poêles y ont l'air de tombeaux autour a desquels on semble plutôt être réunis pour a s'attrister que pour se chauffer. »

Lorsque y ainsi pendant longtemps, on n*a guère senti dans les maisons qu'une chaleur qui porte à la tète ; lorsqu'on a barbette tout le long d'un hiver éternel , dans la boue horrible des rues, on est loin de prévoir que cette affreuse saison fera tout à coup place au plus bel été. Eh bien! la transition de l'une à l'autre est à peine marquée, et l'œil, qui croyait n'avoir jamais à s'arrêter que sur la neige, jouit avec une agréable surprise de la rapidité, de la force qu'a la végétation , de l'éclat charmant de la verdure. Tout s'embellit alors, tout se pare dans les environs de la ville , qui sont véritablement enchanteurs par leurs points de vue, et par la réunion de belles maisons et de jolis jardins. On trouve, particulièrement sur les bords de l'Elbe et au-delà d'Âltona , des habitations et des parcs, dans le genre anglais, qui mériteraient que l'on vînt de loin pour les visiter. Il en est plus d'un où quelque émigré serait tenté d'aller graver, sur un arbre, ces deux vers inspirés à l'un de nos

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compagnons d'infortune par la belle promenade de Vienne, qu'on nomme le Prater :

Artiste, j'y dessine; amoureux, j'y soupire; Philosophe , j'y pense; et proscrit, j'y respire.»

Je n'ai fait jusqu'ici que nommer Altona.

C'est un but habituel de promenade pour les habitants de Hamboui^. Le rapprochement de ces deux cités , qui rappelle celui de Genève et de Carouge, offre une singularité piquante par la différence de gouvernement : à une portée de fusil, un Hamboui^eois se trouve transporté en Danemark ^ et peut y aller , peut en revenir, bien des fois dans un jour. Du reste , Âltona n'a rien de curieux; beaucoup d'émigrés préféraient ce séjour comme plus tranquille et un peu moins cher. Ils y éprouvaient la protection des magistrats danois; et quelques-uns d'entre eux qui exercent toutes sortes de professions, obtenaient différents genres de succès : d'autres recevaient des secours de différentesr nâ(Sii)Ar^La ville, qui compte cin-

Stïk souvroiRS

quante mille habitants, est très-commerçante, mais a moins de mouvement, moins d'activité apparente que Hambourg.

Je reviens à cette dernière localité. C'est un spectacle amusant de voir, le dimanche, pendant Tété , la quantité énorme de voitures et de gens tant à pied qu'à cheval, qui sortent et rentrent par toutes les issues. Il faut surtout s'y rendre comme observateur au coucher du soleil, qui est le moment où l'on ferme les portes, car on met à les fermer la même exactitude que dans les places de guerre les mieux défendues. Il me semble pourtant que c'est une mauvaise plaisanterie de traiter celle-ci comme susceptible de défense. Son camp retranché, les remparts qui l'environnent et sa garnison n'arrêteraient aucune armée. Ce n'est pas que la troupe réglée, à laquelle la garde de Hambourg est confiée, ne soit sur un bon pied; mais elle est principalement établie pour la police intérieure. On rencontre partout xles dépôts de cette garde; je ne sais pas'poftrquoi les sol-

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dats portent plus souvent des bâtons ferrés que des fusils. On a fort bien dit que cette espèce d'arme ressemble à un crayon ; et les Français, qui plaisantent de tout, même dans Texil , appellent les hommes entre les mains desquels ils les voient, des porte-crayons.

Il y a, de plus, une troupe bourgeoise dont le rassemblement et la marche prétendue militaire offrent, chaque soir, un tableau grotesque qui n'est pas à dédaigner. Un enfant Français, Achille de Septeuil, voyant tous les jours passer les ouvriers souvent contrefaits dont est composée cette espèce de garde nationale, ne les appelait pas autrement que les bossus de Hambourg. On dit que Garât le chanteur, sorti un moment de France et séjournant dans ce pays, reproduisait parfaitement la caricature d'un de ces gardiens de la cité. Ils sont, pour la plupart, vieux, affublés d'une mauvaise perruque noire et d'habits très-plaisamment bigarrés, avec des épées ou bien des fusils rouilles; enfin, ils grattent le pavé beaucoup plus qu'ils ne marquent le pas.

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En troisième lieu, il y a des gardes de nuit ou veilleurs [watchmen)^ chargés d'avertir en cas de feu, et qui crient les heures. Je fus bien étonné, la' première fois que j'entendis cette espèce de chant nocturne et le bruit des crayons , car ils ont, eux aussi , de ces bâtons ferrés qui retentissent sur la pierre des rues.

J'ai maintenant à donner une idée de la cérémonie des enterrements.

Les bières des gens riches sont en bois d'acajou, avec des istgrafes d'argent; et souvent on met en dehors , pour servir d'inscription , une plaque gravée avec soin, laquelle est du même métal. Elles sont portées sur les épaules par six ou huit bedeaux, coiffés, tous , d'une perruque ronde bien poudrée, à plusieurs rangs de boucles; aucun d'eux n'a son chapeau sur la tète : tous ont une fraise à la Henri lY. Un petit manteau est attaché à leur habit noir trèsample et se rapprochant un peu, par sa forme, du costume espagnol. Enfin ces bedeaux ou porteurs ont l'épée au côté; Malgré la tristesse des onctions qu'ils remplissent, le dandinement ré-

gulier et pour ainsi dire cadencé auquel ils sont en quelque sorte forcés par leur fardeau, donne un peu envie de rire au passant qui les voit ainsi cheminer d'un pas très-lent et toujours mesuré.

J'ajouterai que le respect des sépultures paraît ne pas être dans ce-pays là une loi sans exception : on prétend même que le bois des bières (probablement les plus communes) sert à fumer ce bœuf de Hambourg qui a une réputation si étendue et si justement méritée auprès des gastronomes septentrionaux. Peut-être ceci n'est-il fondé que sur l'obligation où l'on est de vider de temps en temps l'unique cimetière de la ville, pour faire place aux derniers venus ; mais il n'est pas très-positif que, dans ce cas, on brûle l'enveloppe des morts : je crois que l'on se contente de transporter leurs restes ailleurs.

Si je voulais faire un livre, au lieu d'un simple recueil de souvenirs, j'entrerais dans quelques détails sur le gouvernement de Ham-

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bourg, qui, dans sa faiblesse relative, est sage, bien constitué, et dont la surveillance n*est jamais inquiétante. Là, règne une liberté qui, grâce à l'influence d'un climat froid et nébuleux , ne dégénère jamais en licence , et une égalité telle que peut la comporter une grande réunion d'hommes dans une étroite enceinte. Je parlerais des étabUssements publics fondés pour les pauvres, établissements que l'on regarde comme admirables; enfin de la police, qui pourrait à plusieurs égtirds, servir ailleurs de modèle; qui est surtout active et prévoyante dans les mesures qu'elle prend pour remédier aux incendies'.

Je dirais que Hamboui^ est, depuis plusieurs années surtout, un des points les plus importants pour la politique. Ce n'est pas proprement un centre de négociations; mais une excellente position pour observer, au milieu de l'agitation devenue universelle. Là viennent

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