‹ Souvenirs d'un émigré de 1797 à 1800Chapitre 17 sur 26 · Elles ont été bien malheureusement déjouées en · texte numérisé non relu

Elles ont été bien malheureusement déjouées en

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aboutir la plupart des spéculations de commerce; on y reçoit avec célérité et exactitude les nouvelles de TAUemagne et de tout le Nord. C'est de Hambourg qu'ont été et que sont même encore expédiés des approvisionnements, tant pour la marine que pour l'armée de terre de la plupart des puissances belligérantes, ainsi que des chevaux , des fusils , des habillements et des grains. Les Hambourgeois, essentiellement commerçants, s'attachent à ceux qui servent le mieux la marche de leurs affaires, à ceux avec lesquels il peuvent établir les relations les plus fructueuses. Sous ce rapport, la France, dans des temps ordinaires, a peutêtre quelques droits à leur préférence. Hambourg en tire des denrées coloniales, des vins et des eaux-de-vie. Ce port nous fournit une grande partie des marchandises du Nord; enfin c'est dans la place de Hambourg que se solde une grande partie de nos comptes avec le reste de TEurope.

Si je faisais un livre , je le répète, je crois

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que j'indiquerais quelques abus d'administration et un certain esprit mercantile qui quelquefois s'étend au-delà des justes bornes. Mais j'aurais tort de trop insister sur mes observations critiques, fondées ou non; quand on vit forcément éloigné de sa patrie, et que Ton sent un très-vif désir de la retrouver, le lieu où Fon est retenu parait difficilement sous un jour avantageux.

Les lettres de France devenaient encore plus intéressantes pour moi depuis qu'à Paris la révolution du 30 prairial (18 juin 1799) avait commencé à ébranler le directoire. Lies nouvelles de la grande journée du 18 brumaire se répandirent promptement à Hambourg où, entr'autres réfugiés, tout prêts à saisir le premier moment de revoir leur pays , se trouvait l'ex-directeur Barthélémy. Je conçus alors l'espérance d'être réuni à ma famille; mon attente impatiente de voir luire le beau jour du départ fut remplie à la fin de l'hiver.

Je ne dois pas oublier de dire que , pendant

la durée de mon séjour , survint un événement qui n'occupait les émigrés que dans] la crainte que ce ne fût une occasion pour la république française de chercher querelle au sénat de Hambourg. Quatre Anglais qui , dans leur patrie, avaient ourdi des projets attentatoires à la sûreté du gouvernement et à la constitution de l'état, s'étaient réfugiés en France; ils y avaient pris du service militaire et on les y avait reconnu citoyens. S'étant trouvés plus tard sur le territoire bambourgeois, leur arrestation fut requise par le consul d'Angleterre. Après quelques incertitudes, il fallut les livrer au gouvernement anglais. Delà, plaintes amères et menaces du directoire exécutif de France qui déclarait l'emprisonnement de Napper- Tandy et de ses compagnons d'infortune un attentat contre le droit des gens, une grave offense faite à une république avec laquelle on était sur le pied de la neutralité. Cette affaire dura de la fin de septembre , à la fin de l'année 1799. Le gouvernement consulaire, qui

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remplaçait le directoire exécutif ^ se montra encore plus sévère que lui dans sa correspondance avec les autorités de Hambourg; mais il n'en résulta pour elles et pour le pays rien de fâcheux. Ce qui se passait en France^ par suite du retour de Buonaparte de TËgypte, absorbait Tattention de tous.

Ce fut le 22 mars 1800 que, sur l'appel de mes parents, je me mis en route avec Charles de Vielcastel, bon jeune homme du Périgord que M . de Baudus , rédacteur du Spectateur du Nord, m'avait fait connaître et aimer pendant un exil commun à tous trois. Nous traversâmes, mon compagnon et moi, en traîneau, la partie encore glacée de l'Elbe qui sépare Hambourg de Harboui^. Là, nous comptions prendre place dans le postHvagen. Faute de pouvoir y être admis, nous montâmes, en grelotant , dans une charrette découverte qui suivait ce chariot de poste, et nous arrivâmes le 15, pour dîner ou plutôt souper, àOsnabruck.Nous y couchâmes dans d'assez bons lits, ce qui nous

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fit grand plaisir et grand bien : les trois nuits précédentes nous avaient paru si rigoureuses dans la maudite charrette ! De là, nous nous rendîmes à Munster, où je dormis moins à mon aise. La foire qui s'y tenait depuis quelques jours remplissait les auberges ; et tous tant que nous étions de voyageurs, il fallut nous arranger, pour quelques heures, sur des bottes de paille. Nous avions à gagner ensuite, non pas Dusseldorf, place de guerre française, mais Wesel, qui appartient au roi de Prusse, et d'où nous espérions passer plus commodément à la frontière de France. En conséquence, à Âltern, qui est à moitié chemin de ces deux villes , nous quittâmes la diligence dirigée sur Dusseldorf, et nous arrêtâmes à notre compte un extra-post.Vhx dit, et peut-être trop dit ce que c'est : je m'abstiendrai donc de revenir sur de semblables détails. D'ailleurs, une meilleure température commençait à se faire sentir, et le désir, l'impatience de revoir notre patrie, nous auraient fait trouver

bonne la plus mauvaise de toutes les voitures destinées à nous ramener en France.

Le 28, nous dtnâmes à Wesel : nous partagions toujours les frais de poste entre trois, nous étant, Yielcastel et moi, assurés d'un jeune compagnon qui était dans la même position politique que nous. Nous passâmes le Rhin avant la nuit, ainsi que la frontière, qui paratt toujours un peu redoutable pour des émigrés ; mais nous ne fûmes pas inquiétés ni même retardés pour Texamen de nos passe-ports.

Le 29 au soir, comme nous étions arrêtés à Reichem, dernière poste avant d'arriver à Maëstricht, un honnête homme qui nous jugeait sur la mine ce que nous étions en réalité, nous conseilla d'éviter celte place de guerre, où les voyageurs étaient assujettis à des formalités gênantes. Nous nous décidâmes donc à ne reprendre qu'après Liège la grande route, celle qui conduit de Maëstricht à Bruxelles. On peut aboutir àTirlemont par Tongres et Saint-Tron,

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tout aussi bien que par la direction que je viens d'indiquer. Il y a dix-neuf lieues de traverse. Nous finîmes par nous trouver, le 30 au soir, à l'une des portes de l'ancienne capitale du Brabant.

Ayant couché dans le faubourg ^ j'entrai à Bruxelles pédestrement, le 31; et, pendant toute cette journée, j'eus infiniment à me louer des attentions qu'eut pour moi et pour mes compagnons le maître de l'hôtel du Prince de Galles^ nommé Follet. Cet hôtel est une espèce de palais donnant sur le parc. Je ne manquai pas, à peine arrivé à Paris, d'indiquer par correspondance mon obligeant aubergiste à tous les Français que je connaissais disposés à rentrer de ce côté-là.

Le 1*""* avril, nous primes, Yielcastel et moi, des places dans le courrier de Paris ; et n'ayant fait halte, dans toute la route, qu'à Saint-Quentin, pour y dtner, nous fûmes rendus dans la ca» pitale le 3, entre huit et neuf heures du matin. J'y descendis dans la même maison d'où j'étais parti dix-sept mois auparavant. Madame de Yfl-

lemarest me causa, tout d'abord, un transport de joie, en m'annonçant que j'allais être rayé de la liste des émigrés y par l'intervention de son ami et peut-^tre parent , Âbrial y devenu ministre dé la justice ou grand-juge.

Cette heureuse nouvelle ne s'est trouvée vraie que plus tardy c'est-à-dire le 8 floréal an vm (28 avril 1800). Mais sauf l'impatience excessive avec laquelle j'attendais ma radiation, tout redevenait jouissance et satisfaction pour moi : je puis donc compter cette époque de mon second retour en France parmi les moments les plus doux de ma vie. C'est du jour de ma radiation y et surtout de l'établissement que je vins former à Meslay y vers la fin du mois de juin, que date une ère nouvelle pour moi et pour les miens.

Ici le voyageur dépose ses ex votoy ses souvenirs d'exilé, sa plume et ses esquisses. Il n'avait jamais été enfant prodigue , mais les bras du père de famille lui sont ouverts : mère, sœur et beau-frère s'occupent de cicatriser ses plaies : le

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veau gras même ne manque pas à la fête. Bien tôt, à ses yeux, mal passé n'est plus que songe. On lui demande souvent des récits de ce qui fut pour lui toute autre chose qu'un rêve ; et alors il raconte , raconte , raconte , quitte à exposer quelquefois son bienveillant auditoire à dormir debout. N'est-il pas assuré qu'on lui ferait, au réveil, entendre ces douces paroles :

Heureui, twii près de nous^ voulez-vous voyager? Que ce soit aux rives prochaines I

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